Créer entre amis, pour les amis

Daniel Isaiah n’est pas le plus connu de la scène musicale de Montréal, mais il est dans le décor depuis un bon bout de temps.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Daniel Isaiah n’est pas le plus connu de la scène musicale de Montréal, mais il est dans le décor depuis un bon bout de temps.

Dans une des bibliothèques de vinyles du musicien anglo-montréalais Daniel Isaiah, celle installée dans sa vieille cuisine lumineuse de l’avenue Fairmount, il y a quelques disques de Peter Paul Mary, un de David Bowie. Il y a aussi du Cohen et beaucoup de musique classique. « Ouais, mais ça, c’est juste une partie de ce que j’ai », dit en riant le musicien, qui vient de faire paraître Come Into Gone, son deuxième disque solo plongé dans un rock intemporel et confortable, aux racines folk.

« C’est pas mal l’héritage de mon père », raconte en français Daniel Isaiah, 35 ans, dont les deux parents sont nés dans le Mile-End. Il ouvre les deux portes d’un autre meuble, et montre rapidement le reste de sa petite collection. « Il avait tous les vinyles de The Kinks, il m’a donné ça. Petit, j’aimais l’odeur des disques, je sortais les livrets, je regardais les paroles. Mon père jouait beaucoup de chansons à la guitare dans la maison, les Beatles, Simon and Garfunkel, les années 1960, le début du rock’n’roll. Pour moi, c’est une grande influence. »

La musique d’Isaiah n’est pas trop faite de références évidentes, mais on sent bien un mélange de son amour pour la musique de Bob Dylan et consorts, avec une touche très années 1980. « C’est les années où j’ai grandi. L’été, on louait toujours un chalet alors on passait beaucoup de temps dans l’auto à écouter la radio. You know, Tears for Fears, Madonna, Phil Collins, Cyndi Lauper… Il y a quelque chose de cette époque-là, les synthétiseurs. »

Dans le décor

Daniel Isaiah n’est pas le plus connu de la scène musicale de Montréal, mais il est dans le décor depuis un bon bout de temps. Avant de plonger en solo en 2011, il a été des groupes Percy Farm, Shoot The Moon et The Harry Rags. Il a enregistré Come Into Gone au studio du batteur de Godspeed You ! Black Emperor, et compte parmi ses musiciens le batteur de Plants and Animal, Matthew Woodley.

Le guitariste et pianiste — qui travaille aussi comme scénariste au cinéma et qui a déjà réalisé un court métrage, Entre chien et loup — disponible sur Tou.tv — admet qu’il joue de la musique davantage pour lui et ses amis, son entourage, que pour rejoindre la masse ou pour atteindre la gloire. Manque d’ambition ? « Je pense que j’ai beaucoup d’ambition artistique, je veux toujours faire des choses différentes, je pense que cet album n’est pas comme le dernier, qui lui n’était pas comme le dernier. […] Au niveau de ma carrière, tu sais, l’album est sur un label, Secret City, on fait des entrevues, j’alimente Facebook et Twitter, je joue un peu la game quoi. Mais j’ai jamais fait un choix artistique pour avancer. »

C’est en studio avec ses amis musiciens Chris Flower, Josh Toal, Matthew Woodley et Jeff Louch qu’il a construit le son de ce disque. Come Into gone, un titre qu’il avoue ambigu, est fait d’un mélange d’un rock rond aux bases folk, avec un peu d’orgue et de synthétiseur. L’album coule doucement, joliment. « J’aime quand tout le monde joue, tout le temps, et que c’est dense. Et j’aime qu’à la 4e ou même à la 16e écoute tu te dises : “oh shit, il y a un piano dans cette piste-là !” »

Mais tout de suite Isaiah ajoute que le studio et la scène montrent deux facettes différentes de son groupe, qui sera d’ailleurs sur les planches de la Casa del Popolo à Montréal le 7 avril pour un spectacle-lancement. « Dans le contexte du studio, tout devient plus doux. Si tu vas voir le groupe live, c’est intense, un peu frénétique. L’enregistrement, ça donne juste un côté de l’histoire. »

La routine d’abord

La où d’autres musiciens vendraient leur mère pour une tournée, le très zen Daniel Isaiah n’est pas un grand «fan» de cet exercice. « Ça peut être ennuyant pour un papier rock, mais j’aime beaucoup aller au studio de yoga, chaque jour, ça c’est important pour moi. L’idée de tourner deux ou trois mois et pas aller au studio de yoga chaque jour, je ne sais pas trop ! » La musique n’est donc pas pour lui l’essence unique de sa vie. « L’important, c’est la stabilité, le calme, et le fait de grandir, avoir de bonnes expériences. Mais je suis quelqu’un de routinier et de discipliné. »

Come Into Gone

Daniel Isaiah. Secret City Records. En magasin mardi.