Pierre Boulez, 90 ans et des coffrets

Pierre Boulez fête ce 26 mars son 90e anniversaire. Handicapé par des problèmes de vue depuis deux ans, le compositeur devenu chef d’orchestre s’est fait rare sur les podiums des plus grands orchestres qui l’engagent depuis des décennies, son activité la plus lucrative. C’est à la fois le compositeur et le chef d’orchestre que célèbrent les éditeurs de ses disques.

Le coffret le plus rare et précieux n’est pas disponible ici et ne le sera qu’en importation : c’est la boîte de 10 CD publiée par Universal France, Pierre Boulez, le Domaine musical, des enregistrements de 1956 à 1967 réalisés pour l’étiquette de Lucien Adès. Le Domaine musical, c’étaient une série de concerts au théâtre du Petit Marigny proposant au public parisien de nouveaux répertoires. On espère que ce coffret nous arrivera un jour. Ce sont les débuts de chef de Pierre Boulez.

Une percée

La mutation entre le propagateur des nouvelles musiques et le chef d’orchestre de calibre international se fait par une percée au cours des années 60, lorsque le gagne-pain deviendra source de richesse. Bayreuth engage Boulez pour Parsifal en 1966, l’Amérique courtise le trublion français, auquel Columbia (CBS) confie un enregistrement de Wozzeck de Berg (Paris, janvier 1966). Columbia enregistre chez Columbia les derniers feux du Domaine musical (Messiaen, 1966), puis on retrouve Boulez à Londres et finalement Boulez à Cleveland, avec Images de Debussy en 1967 et Le sacre du printemps en 1969. La saga de Boulez avec la Columbia, qui s’est achevée par des disques Berg et Schoenberg dans les années 80, englobe l’étrange période où l’on confia à Boulez les rênes du Philharmonique de New York (1971-1978). Elle est documentée au complet dans un coffret Sony (67 CD, référence 88843013332), paru fin 2014 et dont nous vous avions parlé dans nos suggestions de fin d’année.

Deux coffrets plus récents viennent compléter le portrait. Warner publie l’intégrale des enregistrements Erato en 14 CD (référence 0825646190485). À part Et expecto de Messiaen (1966), qui se trouve aussi chez Columbia, il s’agit d’enregistrements réalisés entre 1980 et 1991 alors que Columbia ne veut pas documenter les enregistrements plus pointus (Kutag, Grisey, Ferneyhough, Carter…) avec l’Ensemble intercontemporain et que Boulez a l’occasion de réenregistrer sa propre musique avec l’Orchestre de la BBC (3 CD). Quelques belles prestations dans Schoenberg et Stravinski, dont une Histoire du soldat, avec Chéreau, Vittez et Planchon dans les rôles parlés !

«Monsieur XXe siècle»

Dans les mêmes années, et exclusivement depuis le début des années 90, Boulez est artiste Deutsche Grammophon, qui en fait son « Monsieur XXe siècle » et le laisse réenregistrer Ravel, Debussy, Bartók, Stravinski. Son nom sera aussi utilisé pour attirer l’oeil de l’acheteur vers des projets inattendus : Ainsi parlait Zarathoustra (affreux), 8e Symphonie de Bruckner (fabuleuse), Poème de l’extase de Scriabine (bof…), ainsi qu’une intégrale Mahler. En retour, DG consacre 13 CD à l’oeuvre de Boulez. En 44 CD (référence 4794261) le label jaune rassemble « Pierre Boulez, XXth Century », soit ses enregistrements Bartók, Stravinski, Berg, Schoenberg, Webern, Debussy, Ravel, Messiaen, Boulez, Ligeti, Birtwistle, Varèse et Szymanowski. Le nectar est là. Peut-être un autre coffret, XIXe siècle, suivra.