Laisser sa marque, au-delà d’Arcade Fire

Dans ses chansons, Will Butler parle beaucoup de l’avenir, de la mort, de l’inconnu devant lui.
Photo: Source Merge Records Dans ses chansons, Will Butler parle beaucoup de l’avenir, de la mort, de l’inconnu devant lui.

Les choses vont rondement pour Will Butler, multi-instrumentiste dans la formation Arcade Fire. Son groupe, certainement un des plus connus du monde en ce moment, connaît un succès retentissant autant en magasin qu’en spectacle. Qu’à cela ne tienne, le Montréalais d’adoption a eu envie de se plonger dans la création en solo, en quête d’éclectisme et de liberté. Et, pourquoi pas, pour laisser sa marque au-delà de celle de sa célèbre bande.

Will Butler, le frère du chanteur d’Arcade Fire Win Butler, fait paraître mardi qui vient Policy, un court album aux inspirations fort diversifiées. Ça roule comme les Rolling Stones d’entrée de jeu avec Take my Side, puis ça vire Talking Head sur Anna (dur de ne pas faire de liens avec Psycho Killer). La ballade qui suit fait penser à du doux John Lennon, avant que ne commence Son of God, très Violent Femmes dans les guitares. Voyez le genre.

« Je voulais clairement que les gens continuent de ne pas savoir à quoi s’attendre !, rigole Will Butler au bout du fil. Pour moi, la hiérarchie de l’art, c’est d’abord surprendre, deuxièmement être inoubliable, et troisièmement être bon ! »

Sur le qui-vive

L’auditeur de Policy reste certainement sur le qui-vive pendant les huit titres du disque. « Je crois que d’être surpris ouvre l’esprit. Quand tu es étonné, ton esprit s’ouvre un moment, comme quand tu ris ou quand tes yeux s’écarquillent. L’esprit est en quelque sort ouvert pour recevoir le prochain concept, prêt à apprendre quelque chose. C’est le même mécanisme que les métaphores. »

Ce qui est étonnant, c’est que malgré le va-et-vient musical, Policy se tient d’un bloc, lié par une certaine simplicité, par l’évident plaisir de Butler à jouer de la musique sans nécessairement vouloir épater les connaisseurs. Le coeur y est, et ça marche. « J’ai essayé d’avoir du plaisir », résume-t-il.

Enregistré avec son collègue batteur Jeremy Gara et quelques amis de passage dans une petite pièce à l’étage au célèbre studio Electric Lady, Policy a été « libérateur » pour Will Butler. « Il y a des choses que tu ne peux accomplir qu’en collaborant avec d’autres, et Arcade Fire est un formidable groupe avec qui travailler. Je suis heureux d’encore avoir ça dans ma vie, je ne voudrais pas toujours être seul avec moi-même ! Mais je crois que j’avais besoin de le faire. J’avais envie de laisser un héritage qui n’est pas uniquement lié à Arcade Fire. C’était attirant d’essayer ça, d’avoir quelque chose avec son nom dessus, quelque chose à rajouter à ma pierre tombale. »

Dans ses chansons, Butler a développé quelques idées autour de personnages ou autour d’émotions. Il parle beaucoup de l’avenir, de la mort, de l’inconnu devant lui. Dans ses documents de presse, il évoquait également son rapport à l’Amérique. « Je suis un Américain qui vit au Canada depuis longtemps, mais je suis très conscient de mon statut de citoyen, et aussi à la fois ma fierté et ma responsabilité face à ce que l’Amérique a fait, pour le meilleur et pour le pire. C’est certainement une des émotions qui est sur l’album. »

28 minutes et puis s’en vont

Les boulimiques musicaux ne seront pas gâtés toutefois avec Policy, qui ne s’étire que sur 28 petites minutes. En concert — il sera à Montréal les 28 et 29 mars —, Will Butler promet de jouer de nouvelles chansons, des reprises en plus des pièces enregistrées tout récemment à l’invitation du journal anglais The Guardian.

« Mais j’aime les courts disques, beaucoup des grands disques sont courts, comme Rubber Soul [des Beatles]. Et sachant que les chansons étaient assez éclectiques, je voulais que ça puisse tout tenir en tête. Quand l’album se termine, tu n’as pas d’indigestion et tu peux te souvenir de chaque saveur. C’est comme un court poème, duquel tu peux te souvenir de chaque ligne et garder l’image d’ensemble dans ta tête. »


Will Butler - Finish What I Started

Policy

Will Butler, Merge Records, en magasin mardi



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