Errances créatrices en toute intimité

Bïa fait paraître son premier album studio en plus de six ans.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Bïa fait paraître son premier album studio en plus de six ans.

Ce mardi, Bïa fait paraître Navegar, un premier album studio en plus de six ans. Il s’agit presque d’un livre-disque tellement le livret évoque les intentions de la démarche en images et en mots. Musicalement, l’album marque un retour aux sources d’un son dénudé, ou habillé intimement. Le concept est simple, aéré et convaincant : pour chaque chanson, deux instruments autour de la voix. Les musiciens y sont de Rio ou de Montréal, et des artistes comme Andrea Lindsay, Alejandra Ribera et Gianmaria Testa se prêtent à des duos vocaux avec Bïa, qui assume la direction artistique, bien appuyée par Edu Krieger au sud et Érik West-Millette au nord.

Le livret trace la route « la Voie lactée autour du cou. Les deux hémisphères sur les yeux », pour paraphraser Blaise Cendrars, cité par Bïa. Les photos de Christina Alonso qui suivent sont saisissantes et sur elles se posent comme des haïkus les mots de plusieurs poètes, parmi lesquels Baudelaire, Vigneault, Veloso et Lhasa. Bïa résume : « J’ai voulu offrir le fruit de mes errances, mes voyages, mes coups de coeur, ma carte postale du Brésil. Pas celle qui est convenue, mais celle des gens bien en chair, des gens en sueur. Navegar, pour naviguer, pour se mettre en danger, se mettre en bonheur et se recréer. »

Le titre du disque permet également à l’interprète redevenue auteure-compositrice de renouer avec une grande partie de sa vie passée en mer et de bien traduire les voyages faits entre Montréal et Rio. « Deux villes de port, deux villes d’échanges, deux villes de création dans lesquelles j’ai de fortes attaches : mes deux piliers en ce moment. L’une qui est ma ville d’origine, l’autre, ma ville d’adoption. Le projet s’est réalisé dans un esprit d’exploration, de rencontres et de retours en arrière. C’est comme des cercles concentrés qui se sont plus ou moins trouvés à avoir un sens et une orbite communs. »

Et comment ! D’un côté, la famille musicale d’Edu Krieger à Rio avec sa panoplie d’artistes sensibles et brillants comme l’accordéoniste Marcelo Caldi, le violoniste Nicolas Krassik, la clarinettiste Joana Queiroz et le mandoliniste Luis Barcellos, entre autres. « Edu est devenu populaire en tant qu’instrumentiste. C’est un compositeur et parolier extraordinaire. Les dimanches à Rio, il anime un rassemblement de musiciens [roda] qui viennent jammer dans un bar. Quand ils sont en tournée, les plus grands artistes viennent y finir leurs soirées de 3 h à 6 h du matin. C’est sûr que les musiciens qui ont joué avec nous à Rio sont des collaborateurs habituels d’Edu. »

Il y a aussi ceux de Montréal : Éric West-Millette aux pulsions acoustiques, Joe Grass à la guitare aérée, Jordan Officer aux cordes magnifiquement minimalistes, Charles Imbeau à la trompette au ralenti sur Cucurucucu Paloma, Sarah Pagé à la harpe au creux de l’oreille sur du Villa-Lobos, Bernard Falaise aux petits éclats de guitare atmosphérique dans Eleanor Rigby des Beatles et Lévy Bourbonnais à l’harmonica tendrement livrée.

Principalement interprété en portugais, le répertoire de Navegar révèle également des moments en français, en anglais, en espagnol et en italien. Souvent, l’esprit de Rio se fait entendre avec ses cordes aux accords harmoniques, son groove de samba ralenti, ses quelques notes de choro et même… son forró plus nordestin. Ailleurs, ce sera un clin d’oeil à Cesaria Évora ou, à la fin, une chanson humoristique pour enfants. Partout, le son est limpide et la voix, en évidence. « Je veux travailler mes voix. Je veux qu’on entende chaque note. Je veux qu’on entende les doigts sur les cordes. Je veux qu’on entende la virtuosité des musiciens sans que ça envahisse », dit Bïa. Le pari est réussi.


Bïa - Beijo

Pour aller plus loin

Découvrir le disque «Navegar», en écoute intégrale jusqu’au 3 mars 2015

L’album Navegar sera en magasin le 3 mars. Lancement ouvert au public, comprenant une courte prestation le 4 mars au Lion d’Or dès 18 h. La tournée québécoise débute le 10 avril.