Quand Queen KA quitte son cocon

La slameuse Queen KA, entourée de ses deux musiciens Stéphane Leclerc (à gauche) et Blaise Borboën-Léonard.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La slameuse Queen KA, entourée de ses deux musiciens Stéphane Leclerc (à gauche) et Blaise Borboën-Léonard.

Elle a beau avoir fait paraître récemment deux courts albums numériques rassemblés sur les faces d’un même vinyle, c’est la scène qui intéresse franchement la slameuse québécoise Queen KA, de son vrai nom Elkahna Talbi. Un disque, bah oui, pourquoi pas, mais c’est au Quat’Sous qu’elle espère retrouver son public, alors qu’elle y présentera les 26 et 27 février dans le cadre de Montréal en lumière son nouveau spectacle, Chrysalides.

Le titre de ce troisième spectacle — avec elle on compte les spectacles, pas les albums — évoque cet état transitoire du papillon, la fin d’une chose et le début d’une autre. Un peu comme ses deux EP, qui ont des personnalités différentes. Les textes du premier, Les éclats, ont été écrits par Queen KA sur la musique de ses acolytes Blaise Borboën-Léonard et Stéphane Leclerc, tandis que le second, Dépareillés, a vu ses textes inventés sur des trames sonores faites par Marie-Jo Thério, Jorane, DJ Champion et Yann Perreau. « Les deux résultats ne sont pas du tout pareils. C’est tout le rapport de création qui est différent », explique la Montréalaise d’origine tunisienne.

C’est autour du mot « mutation » que Queen KA a jonglé pour la création de cette nouvelle série de spectacles, mais jugeant le terme « trop médical », elle a opté pour le titre Chrysalides, qui évoque à la fois le changement et le vivant. « C’est comme le show qui vers la fin s’en va vers quelque chose de plus nature, même musicalement. Stéphane et Blaise font beaucoup de musique électronique, et on essaie de mettre plus d’instruments organiques dans le spectacle, pour qu’on sente une mutation musicale aussi. »

Petit silence de la bavarde slameuse. « Pis aussi c’est un clin d’oeil personnel, je sens que je change. Les textes du début je les trouve sombres, on sent plus une douleur, et après on finit par en sortir, comme la chrysalide. La mutation c’est douloureux, mais en même temps ça amène à quelque chose d’autre. La vie c’est des petites morts, et des petites vies comme ça, en boucle. »

Écrire différemment

La plume de Queen KA — aussi actrice et animatrice — a gagné en concision avec les années. Elle explique que pour les concerts de slam, elle avait souvent jusqu’à trois minutes sur scène à sa disposition, ce qui demandait des textes-fleuves. Maintenant, elle se rapproche davantage du format chanson.

Et la jeune femme âgée de 35 ans trempe également sa plume dans de nouvelles sources d’inspiration. « Avant quand j’écrivais, c’était juste pour libérer ma douleur personnelle. Et maintenant que c’est devenu presque un métier, j’ai compris que je pouvais écrire sur des affaires qui ne me concernaient pas directement », même pour des commandes, sur des thèmes imposés, pour lesquels elle se surprend souvent à avoir de l’inspiration.

Sur Les éclats, Queen KA s’est même amusée avec un texte où… tout va bien. « Écrire sur le beau / sur le fun, l’ordinaire / Écrire sur le journal qu’en silence on se sépare / parce que tu sais que je commence toujours par la section des arts », offre-t-elle sur Écrire sur le beau.

« Quand c’est arrivé, j’étais… J’ai jamais écrit sur ça. Ça confronte le cliché de l’artiste torturé, qui est juste bon quand il ne va pas bien. En même temps, c’est pas parce que dans ma vie personnelle j’ai trouvé une certaine sérénité que je suis heureuse au sens large. Je vis dans une société, à une époque, où il y a des choses qui m’enragent, des situations d’injustice profondes sur lesquelles j’ai pas de pouvoir. Dans les nouveaux textes qui sont sortis, je réussis à comprendre ce qui se passe même si je ne le vis pas directement, que ce soit dans les relations amoureuses ou dans les relations politiques, sociales, économiques. Je vais pouvoir en parler parce qu’il y a toujours quelque chose qui cloche. Et que ça m’affecte. »

Queen KA est enchantée de pouvoir jouer deux soirs au Quat’Sous dans le cadre de Montréal en lumière, d’autant qu’elle voulait une salle avec des sièges et un éclairage digne de ce nom. C’est Yan Perreau qui s’est occupé de la mise en scène de Chrysalides. Il a fait le pari d’y éliminer tous les moments de présentations, laissant toute la place aux chansons, déjà chargées de mots.

« Mais ça demande un souci extrême de transition, pour ne pas échapper la balle, dit Queen KA non sans une petite angoisse. Les gens embarquent dans le voyage, et on part avec eux. » Qui sait s’ils en sortiront… transformés.

Queen Ka - J'arrive


Chrysalides

Queen KA. Les 26 et 27 février au théâtre du Quat’Sous. Billets: prix régulier: 38 $; 26 $ pour les étudiants.