Étrange climat autour du retour de Charles Dutoit

Charles Dutoit lors d’un passage à Montréal il y a environ un an.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Charles Dutoit lors d’un passage à Montréal il y a environ un an.

Alors que les discussions au sujet du retour de Charles Dutoit à la tête de l’Orchestre symphonique de Montréal en 2016 sont dans leur phase finale, le climat entourant ce projet manque singulièrement de sérénité.

Comme Le Devoir l’écrivait le 21 janvier, le projet de concert s’inscrit dans le cadre de l’édition 2016 de Montréal en lumière produit par Équipe Spectra. La saison 2015-2016 de l’OSM étant présentée le 19 mars prochain et le programme devant être mis sous presse auparavant, une officialisation du concert, prérogative de Spectra, devrait survenir dans la première quinzaine de mars.

Vive tension

Spectra engagera l’OSM. L’administration de l’orchestre a d’ores et déjà averti ses musiciens qu’elle accepterait de libérer tous ceux qui ne désireraient pas être présents pour ce concert. Ces musiciens seraient alors excusés et en vacances payées par l’OSM.

Car entre l’ex-directeur musical et certains musiciens, la tension reste vive. Rencontré à Lanaudière en 2011, Dutoit avait balayé à l’époque toute invitation musicale de l’OSM et déclarait aux journalistes présents : « il y a quelques cornichons que j’aurais horreur de rencontrer », opposant ces derniers au « vaste groupe de musiciens montréalais » avec lesquels il aimerait refaire de la musique.

Pour l’heure, personne n’est entré dans les détails quant à savoir ce qui se passera si les cucurbitacées honnies de Charles Dutoit se portent volontaires pour être sur scène ! Le pari est que, pour le bien de l’institution, les « concombres » comprendront d’eux-mêmes que l’intérêt de tous est qu’ils restent chez eux. « Vingt à trente musiciens surnuméraires, on s’en fout. Ce qui compte, c’est le marketing de ce projet », nous a confié un musicien, qui qualifie l’événement de « concert de paix ». De la pacification est aussi attendu un bénéfice d’image favorisant le projet de grande tournée aux États-Unis en 2016.

L’huile sur le feu

Dans ce contexte, il est surprenant de voir Charles Dutoit souffler le chaud et le froid dans une entrevue avec le San Francisco Examiner, parue le 13 février. « Je n’ai rien signé. J’irai probablement un jour. J’irai, et ce n’est pas une question de réconciliation ou une chose du genre », déclare-t-il.

Évoquant assez précisément les circonstances de son départ, il blâme la convention collective, signée par « la dame — complètement ignorante en musique — qui avait pris la direction de l’orchestre » (Charles Dutoit n’a pas précisé qui il vise, mais on rappellera que la convention en question a été signée en 1998 par Michelle Courchesne).

« J’étais épouvanté, car ces gens [“these people” dans le texte] ont commencé à penser qu’ils étaient si bons qu’ils n’avaient pas besoin de travailler, pas besoin de répéter », ajoute Dutoit à propos des musiciens. À ces yeux, la Guilde des musiciens, menée alors par Émile Subirana, qui « avait tenté deux ou trois fois, sans succès, de rentrer à l’orchestre », a « forcé nombre de musiciens » à voter contre lui.

La Maison symphonique présentée

Charles Dutoit présente au média américain la Maison symphonique comme la salle dont « René Lévesque et le maire Drapeau ont posé la première pierre, qui a mis trente années à être construite et qui a été inaugurée neuf ans après [son] départ ». Sans ôter aux mérites de chacun, on rappellera que le projet de salle Dutoit-Drapeau-Lévesque, avec une première pelletée de terre en juillet 1985, se situait place Émilie-Gamelin et a été définitivement enterré en octobre 1986 par un comité consultatif présidé par Jean-Pierre Goyer. L’édification de la Maison symphonique de Montréal, vingt ans plus tard, doit tout au pouvoir de conviction de Kent Nagano et à la volonté de Monique Jérôme-Forget au sein du cabinet de Jean Charest.

Sollicité pour des commentaires sur cette sortie médiatique, l’OSM, par la voix de sa directrice des communications, Véronique Boileau, cherche ostensiblement à calmer le jeu, se bornant à dire : « Nos musiciens aiment travailler » !

Malgré tout, et heureusement, le projet va bon train. D’après les informations obtenues par Le Devoir, le producteur est en train de tenter d’orner le gâteau d’une cerise non négligeable : la présence de Martha Argerich en première partie. Pour ce qui est de la grande oeuvre de la seconde partie, Petrouchka tenait la corde aux dernières nouvelles.

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