Mika, en p’tit gars émerveillé

Mika était un peu crispé, émerveillé par ce qui l’entourait, presque intimidé, dans la première partie.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Mika était un peu crispé, émerveillé par ce qui l’entourait, presque intimidé, dans la première partie.

Il s’est passé quelque chose à Montréal, mardi. Pour la première fois de sa carrière, la vedette pop planétaire Mika donnait un concert avec orchestre symphonique. La chimie fut tellement bonne qu’on peut avancer qu’une tournée « Mika symphonique » est tout à fait envisageable avec un tel matériau.

Comme il l’a bien décrit dans Le Devoir samedi, le rôle de l’arrangeur Simon Leclerc dans ces projets est de créer un univers symphonique propre, éradiquant la rythmique pop. Autant dire que, s’agissant de l’exubérant Mika, on se demandait vraiment à quoi l’exercice allait pouvoir ressembler.

Il y a certes dans le second CD de l’« édition deluxe » de The Origin of Love trois chansons en français (dont l’incontournable Karen) prédisposées à la symphonisation, tout comme on peut imaginer Kurt Weil dans Toy Boy (qui déjà, à la base, a des airs de la chanson de Thénardier dans Les misérables) ou Michael Daugherty dans Rain (de l’album The Boy who Knew too Much).

La grande différence entre Mika et Mozart, c’est que Mozart n’a pas écrit son chef-d’oeuvre avec sa Symphonie no 1, alors que Mika est entré dans l’univers du showbiz avec une véritable bombe, Life in Cartoon Motion (2007), dont l’unicité et l’originalité lui collent à la peau. Il faut entendre l’éventail des tripatouillages sonores sur la voix dans The Origin of Love pour se rendre compte à quel point il est difficile pour l’artiste de trouver et d’imposer une nouvelle voie d’un pareil impact. La saga du quatrième album, qui n’en finit pas d’être une promesse — annoncé pour novembre 2014, il est prévu en avril 2015 mais n’est pas encore bouclé — le montre bien.

Curiosité quant au « produit symphonique », donc. Mika et Leclerc allaient-ils symphoniser les gros tubes, puiser dans les chansons intimes (j’attendais vraiment de voir au programme In Any Other World), voire recréer un Origin of Love paré d’une nouvelle virginité vocale ?

Les artistes nous ont offert un traitement convaincant, parfois fascinant, en deux parties très distinctes. Cette différence était frappante entre un Mika un peu crispé, émerveillé par ce qui l’entourait, presque intimidé, dans la première partie et un chanteur en plein contrôle de sa voix et en pleine jouissance de l’événement en seconde moitié. Le trac initial était peut-être dû à la présentation en exclusivité et avant-première de The Last Party et Ordinary Man, deux chansons du nouvel album qui montrent Mika en crooner nostalgique. Deux autres nouveaux titres étaient au programme : Boum-boum, sorti en single à l’été 2014, et Good Guys, présenté à la télévision italienne en décembre dernier et qui sera assurément l’un des titres phares du quatrième opus.

Parmi les grandes réussites du concert, il faut associer Ida Falk Winland et Max Taylor, les deux chanteurs accompagnant Mika ; le petit groupe de choristes, ainsi que tout l’OSM, qui a parfaitement joué le jeu. Il convient également de noter l’intelligence de la dramaturgie musicale : Mika et Leclerc ont su parfaitement articuler les deux parties, de Toy Boy à Heroes (où la voix du chanteur s’est véritablement placée et libérée) pour la première ; de Grace Kelly à Love Today pour la seconde. Cette logique de l’agencement guidait également la succession des chansons : ainsi les tonaliés sud-américaines de Elle me dit débouchaient sur une sorte de rythme de batuque dans Love Today.

En ce qui concerne le choix des titres, seuls Toy Boy et Rain ont été rescapés de The Boy who Knew too Much, face à six chansons du 1er album et huit du 3e. À l’applaudimètre, Grace Kelly et plus encore Happy Ending et Relax l’ont emporté haut la main, ce qui prouve l’empreinte toujours prédominante de Life in Cartoon Motion.

Plus le degré de difficulté dans l’adaptation s’élevait, plus le résultat était convaincant. Les chansons les plus rythmiques ont ainsi été particulièrement bien revisitées : l’immersion en « Imax symphonique » de Underwater, les couleurs de Rain, ou l’anoblissement de Love You When I’m Drunk, transformé en une sorte de scherzo. Plusieurs orchestrations (Heroes, Grace Kelly, Good Guys) évoquaient Elmer Bernstein ou Ferdé Grofé, avec des odeurs de désert, de poussière et de batailles.

Des deux sections du concert, la seconde fut souvent sidérante et, en tout cas, infiniment risquée. C’est là que l’on a retrouvé l’orchestrateur Simon Leclerc à son plus osé, transformant Relax en rêve debussyste, multipliant les strates de Make You Happy. Mes moments d’émotion furent ceux de sobre noblesse de Any Other World et surtout de Over my Shoulder, littéralement transfiguré et épuré tout comme Happy Ending. C’est là — et dans Relax ou Elle me dit — qu’apparaissaient les apports du traitement acoustique : le nouvel espace-temps permettait au chanteur de souligner des intentions et de ménager des moments oniriques.

Mika ne s’en est pas privé. Avec un succès impressionnant.

Mika et l’OSM

Chansons extraites de Life in Cartoon Motion, The Boy who Knew too Much et The Origin of Love, orchestrées par Simon Leclerc. Mika, Orchestre symphonique de Montréal, Simon Leclerc. Maison symphonique de Montréal, mardi 10 février 2015. Reprise mercredi et jeudi.

5 commentaires
  • Céline A. Massicotte - Inscrite 11 février 2015 04 h 02

    Encore un autre spectacle en anglais?

    Ce n'est qu'une question...

    • Viny Daud - Inscrit 11 février 2015 09 h 04

      Mika est francophone et chante beaucoup en francais. Bien que l'un de ses plus grand succès s'appel "Elle me dit" son répertoire anglophone a fait de lui un artiste de renomé planétaire. Lorsequ'il vient a Montréal, il en profite pour chanter en francais. Son 3e album en vente au québec comporte un deuxième disque exclusif en francais pour le publique québécois.

  • Viny Daud - Inscrit 11 février 2015 08 h 40

    L'un des plus beau moment de ma vie

    Je suis parmis les chanceux qui ont assisté à la représentation d'hier. Je ne pourrai pas trouver de mots pour décrire le moment magique que j'ai vécu. C'était tout simplement incroyable. J'avais de très hautes attentes sachant que Mika était pratiquement né dans un opera mais ce qu'il nous a livré était complètement improbable. MAGNIFIQUE!!!

    J'aurai un seul mais énorme regrêt; que le concert n'était pas enregistré. J'espère que la direction artistique entend cet appel, ce serait trop domage de ne pas revivre et partager ce moment.

  • Christophe Huss - Abonné 11 février 2015 09 h 05

    Les deux, madame

    Mika a chanté en français ses chansons en français (à deux exceptions il a puisé dans tout son répertoire français). Il s'est systématiquent adressé à la foule en "français only".
    Sinon un peu plus tard dans la saison, il y aura Jean Pierre Ferland.
    C'est juste une répose...

  • Alain Contant - Abonné 11 février 2015 11 h 31

    Ouf!

    Comment ne pas attendre avec trépidation la critique de Christophe Huss, l'anti Francine Grimaldi par excellence tant il est exigeant et difficile à plaire? Comment ne pas être tombé sous le charme de Mika lorsqu'on a entendu Grace Kelly à la radio pour la première fois et vu sa dégaine mignonissime sur Internet? Comment Huss apprécierait-il le mélange Mika-OSM? Ouf, il a aimé. Comme tout le monde. Pour une fois, parfait unisson. Comme quoi le critique sait ne pas bouder son plaisir.