Joe Driscoll et Sekou Kouyate, les frères d’âme

Après deux tentatives ratées faute de visas, Sekou Kouyate et Joe Driscoll joueront enfin à Montréal, ce mardi 10 février au Balattou.
Photo: Alex Munro Après deux tentatives ratées faute de visas, Sekou Kouyate et Joe Driscoll joueront enfin à Montréal, ce mardi 10 février au Balattou.

Le premier navigue entre hip-hop et reggae, entre le dur et le tendre, pendant que le deuxième est l’un des principaux explorateurs de la kora. En duo de création, ils marient superbement leurs univers, et leur disque Faya leur a valu maints éloges sur la scène internationale.

Mais il y a un hic : leurs deux premières tentatives pour venir jouer à Montréal ont échoué, faute de visas. Heureusement, il semble que la situation soit désormais réglée, et on retrouve Driscoll et Kouyate en quatuor au Balattou ce mardi 10 février, papiers en main, même si le spectacle était originalement prévu pour le 5 février.

« On y a pensé, on en riait, on se disait que la troisième fois serait la bonne, mais au moins, on y sera, affirme Joe Driscoll, joint à Syracuse. Ces histoires de visas sont parfois étranges et ils [les fonctionnaires] ne donnent pas beaucoup de raisons pour expliquer leurs décisions. Parfois, ils retiennent le visa plus longtemps que prévu et ils nous l’accordent une semaine après ce que nous pensions. C’est ce qui s’est passé. » Ce que Sekou Kouyate confirme de Copenhague. « Maintenant, j’ai l’occasion de venir, j’ai mon visa. »

Il s’est produit à Montréal à quelques reprises avec Ba Cissoko, fameux groupe de Guinéens mandingues installés à Marseille qui ont révolutionné l’usage de la kora avec leurs personnalités désinvoltes, énergiques et vigoureuses. Avec Driscoll, Kouyate a découvert un autre esprit : « Quand je l’ai connu, il jouait seul et c’était particulier : du hip-hop ou du beatbox avec une guitare. J’ai beaucoup aimé parce que c’était simple et efficace. Puis, on s’est rencontrés pour une création à Marseille, on a fait pas mal de jams et le disque Faya est sorti. La musique que je fais avec Joe, c’est une musique mélangée. T’as du jazz, du funk et du reggae. Pour moi, c’est une ouverture des portes. »

En effet. Le disque Faya commence par une évocation du voyage dans un monde sans frontières. Très tôt, la kora émerge avec ses notes très rapides et ses effets de distorsion, même si parfois le son cristallin de l’instrument illumine aussi la musique. La guitare suit, très rythmique en arrière. Puis on se lance dans un afropop à la basse roulante et funky. Plus loin, on se fait plus rock à la guitare, plus états-uniens (Jo est né aux États-Unis). La kora fuzzée fait exploser les notes, le chant se fait entendre sur un flot presque rappé et on plonge dans le reggae : « Babylon system is a pollution », clame-t-on. Babylon brûle et on revient à New York en plus soul et avec du rap sautillant.

Tout au long de la trajectoire, les univers se confondent souvent et la tendance sera maintenue pour un deuxième disque que le duo devenu quatuor (avec un bassiste et un batteur) s’apprête à enregistrer bientôt. « Il s’appellera Monistic Theory, révèle Joe Driscoll. Il s’agit d’une philosophie métaphysique qui prône que l’univers provient de la même source et qu’il ne renferme qu’une seule substance. Cela correspond bien à notre musique. Souvent, les gens retiennent davantage les différences qui séparent les continents et les différents styles de musique, mais la source de tout est la même. »

Et selon Joe Driscoll, comment leur musique a-t-elle évolué ? « Avec l’ajout du bassiste et du batteur, on a développé un son plus funky sur scène. On intègre aussi du drum’n bass et du folk. Quant à Sekou, il absorbe tous les sons et développe toujours de nouveaux effets et plusieurs nouvelles idées. » Le koriste explique sa démarche : « La kora, je l’ai trouvée dans ma famille, puis j’ai développé mon propre style en augmentant les riffs, en ajoutant la distorsion, la pédale wah wah et d’autres choses. Pour moi, l’instrument peut tout faire et jouer avec n’importe quelle musique. »

Son jeu renferme ce quelque chose de scintillant. C’est l’explorateur, le lead, le soliste qui s’envole sur la structure mélodique que lui offre son frère d’âme. Effet bénéfique assuré.


Joe Driscoll & Sekou Kouyate - Tanama

Au Balattou, mardi 10 février à 20 h 30

Joe Driscoll et Sekou Kouyate