Le jazz joyeux et le jazz parfait

Chantal De Villiers
Photo: Chantal De Villiers

Oyez, oyez, braves gens, ou encore, bonjour, lecteurs, ou bien, comment va-t-on transmettre les joies sonores de la semaine afin d’égayer toutes les chaumières de l’Amérique ? Hum… On va emprunter au puzzle ses propriétés.

Bon. Aujourd’hui, nous allons tracer la diagonale (pas celle du fou) entre Chantal De Villiers, saxophoniste de son état, Tony Mastrull, compositeur et arrangeur, le Jazz Nonet, Chicago, Oliver Nelson, Eddie Harris, Gil Evans, Thad Jones et Dexter Gordon. Bref, tout un chacun aura noté que le coefficient de difficulté auquel nous faisons face est autrement plus élevé que les agrégats financiers de la FED. Eau quai ?

À la première nanoseconde de la pièce intitulée Groovy Step, composée par Chantal De Villiers, on a eu la berlue sans avoir fumé de la moquette. Car on a eu l’impression d’être en présence de l’héritière directe de l’immense saxophoniste Eddie Harris, celui du Swiss Movement, un chef-d’oeuvre, et d’Excursions, soit l’album le plus « piraté » par les rythmiciens du disco. Bref, à la nanoseconde, on a compris que nous étions en présence d’une musicienne bourrée de talent.

À la première seconde de Rythmic Song, elle aussi écrite par De Villiers, on a été ébahi. Idem avec Piggy’s Dance, car notre souffleuse dévoilait son inclination pour les sons sculptés par Harris, Johnny Griffin et autres clochards célestes de l’école de Chicago. Funky Princess, qui donne son titre à cet album paru sur CDV Music, nous a séduit.

Lorsqu’elle a introduit The Shadow of Your Smile, classique écrit par Johnny Mandel, avant d’exposer le thème de Panther de Dexter Gordon — yes ! —, on s’est dit la seule chose qu’il fallait dire, Madame De Villiers est une femme de goût. À preuve…

À preuve, elle s’est entourée des batteurs Rich Irwin et Dave Laing, du contrebassiste Fraser Hollins, du pianiste Taurey Butler, de Burt De Villiers, son père, à l’orgue et au piano sur certains morceaux, et de Rémi Bolduc à l’alto sur une pièce, mais surtout signataire des arrangements. Ne reste plus qu’à dire bravo en s’inclinant.

À peine les instrumentistes qui forment le Jazz Nonet avaient-ils exposé les premières qualités musicales de Tony Mastrull qu’on a eu, là encore, la berlue. Car illico, on a eu l’impression d’être en présence de musiciens ayant la maîtrise parfaite des arrangements et compositions du Gil Evans de Out of The Cool et de l’Oliver Nelson de Stolen Moments. Bref, pour être carré, on est tombé en bas de notre chaise.

Intitulé The Tony Mastrull Project, du nom d’un trompettiste et arrangeur originaire du New Jersey qui s’était installé à Montréal, ce disque est tout simplement extraordinaire. Le programme, qui comprend des originaux et des pièces d’anthologie comme All Blues ou A Child Is Born, et le jeu des musiciens amenés par le tromboniste Richard Gagnon — Roberto Murray et Al McLean aux saxos, Robert Ellis au trombone, Dominic Léveillé et David Carbonneau aux trompettes, Jonathan Cayer au piano, Frédéric Grenier à la contrebasse et Ugo Di Vito à la batterie — ont fait de The Tony Mastrull Project, une production de Louise L’Heureux, un album… parfait ! De bout en bout.


Chantal de Villiers - Groovy Step


The Tony Mastrull Project - Back Bay Bumble 1