Aldo Ciccolini, une légende du piano français, n’est plus

Le pianiste Aldo Ciccolini est décédé à son domicile d’Asnières, en France, dans la nuit de samedi à dimanche. Ce Napolitain de 89 ans était devenu une légende vivante du piano français.

Lauréat du concours Long-Thibaud à Paris en 1949, Aldo Ciccolini s’était ensuite installé à Paris, avant d’obtenir la nationalité française en 1971. Il fut professeur au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris de 1971 à 1988.

En tant que concertiste, sa carrière internationale débuta en 1950 à New York, sous la direction de Dimitri Mitropoulos. Son nom est indissociable de celui d’Érik Satie, qu’il a imposé au-delà des Gymnopédies et des Gnossiennes et dont il a enregistré deux fois l’intégrale des compositions. Son éditeur historique, EMI, a publié en 2010 ses enregistrements, une somme de 56 CD réalisés entre 1950 et 1991.

Ciccolini fut un élève d’Alfred Cortot. À Alain Lompech du Monde, Ciccolini décrivit un jour la plus grande leçon musicale de sa vie. Lompech écrit : « Il était allé jouer pour Cortot, à une époque où, malgré ses succès, il sentait bien que quelque chose n’allait pas.
Il va voir Cortot, donc, à qui il joue Prélude, Choral et Fugue de Franck. Cortot l’écoute sans l’interrompre, impassible. Vient le dernier accord… Rien. Silence. Cortot ? Un Sphynx.
 Aldo se lève. Rien… Il se dirige vers la sortie. Cortot le rattrape, lui ouvre la porte et lui dit : “Mon petit Aldo, n’oubliez pas : Prélude, Choral et Fugue n’est pas une poubelle autobiographique”.»

L’assurance artistique

Ciccolini retint les leçons de Cortot : pas de fioritures, une grande concentration. L’un des hommes qui l’ont connu le mieux ces dernières années, Michaël Adda, à qui nous devons la création de l’étiquette La Dolce Volta, la plus formidable aventure éditoriale de la décennie, a accepté de témoigner pour Le Devoir, tout d’abord de son « infinie tristesse », mais aussi et surtout de son admiration envers le pianiste qui a gravé pour lui, entre 86 et 88 ans, sur trois CD, ses dernières paroles musicales, mises en ligne pour écoute par l’éditeur.

Ciccolini avait tout d’abord choisi Mozart, car « Mozart m’aide à vivre », disait-il. « Le terme de sacerdoce, de vie monacale, me vient quand je pense à Aldo Ciccolini », témoigne Michaël Adda. « Je n’ai jamais vu un artiste aussi préparé. Nous avions loué l’église pour l’enregistrement pendant quatre jours ; ce fut bouclé en un jour et demi ! Le disque compte tout au plus 12 points de montage. En huit heures, le montage était fini ! » Michaël Adda voit Ciccolini comme « un orfèvre qui enregistrait ce qu’il voulait, quand il le voulait et qu’on ne contredisait pas ».

Fatigué, mais poétique

Michaël Adda avait vu son pianiste pour la dernière fois en novembre, au Domaine de la Romanée-Conti, en prélude à une grande rencontre radiophonique avec Philippe Cassard. Il avait noté sa fatigue physique : « Il était lointain, rêveur, nostalgique. L’élocution était laborieuse. Mais à France musique, quand il s’est mis au piano, c’était incroyable de poésie. »

Ciccolini devait entamer une tournée au Japon et en Chine pour ses 90 ans et enregistrer un disque de Castelnuovo-Tedesco.

2 commentaires
  • Jacques Gagnon - Abonné 2 février 2015 13 h 02

    Bon voyage

    Oui merci pour Satie.

    Merci de nous avoir fait rêver au paradis.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 2 février 2015 14 h 03

    Sublime artiste

    La première fois que j'ai écouté Satie par Ciccolini, j'ai été renversé. Je n'avais jamais auparavant entendu Satie de cette manière. Il avait une profondeur que les autres n'ont jamais eu. Chaque accord, chaque phrase ouvrait un monde entier. Un monde en soi. Et ces mondes formaient une galaxie. Une galaxie sortie de quelques notes. Cela m'a fait réaliser jusqu'à quel point la musique est puissante et douce à la fois.
    Merci mille fois à vous Monsieur Ciccolini et bon voyage vers le cosmos.