Les Beatles de Saint-Côme

Hommage aux aînés est un groupe de chansons à répondre, un vrai de vrai, auquel se sont joints quelques jeunes dans les dernières années.
Photo: Marcel Laprise Hommage aux aînés est un groupe de chansons à répondre, un vrai de vrai, auquel se sont joints quelques jeunes dans les dernières années.

L’expression est de Christiane Campagna, l’amie collègue de CIBL : « Les Beatles de Saint-Côme », village de 2260 habitants et capitale québécoise de la chanson traditionnelle, là où le groupe Hommage aux aînés est un culte, tout comme dans l’ensemble de Lanaudière. Mais, ailleurs, c’est une autre histoire. Après 25 ans d’existence, le groupe monte pour la première fois sur une scène montréalaise : un événement en soi, ce mardi au Club soda, dans le cadre de la 18e Veillée de l’avant-veille, qui propose également le Vent du Nord avec un quatuor à cordes et le « calleur » Jean-François Berthiaume.

Hommage est un groupe de chansons à répondre, un vrai de vrai, avec des chanteurs extraordinaires, dont Gaston Lepage et Serge Thériault, qui ont tout assimilé le répertoire de Saint-Côme. Gaston raconte : « Moi, je suis un Lepage de Saint-Côme, mais ma mère était une Gagné. Du côté de ma mère, c’était surtout de la chanson à répondre et il s’est greffé les Bordeleau. Quand il y avait des partys, tu pouvais rentrer dans n’importe quelle maison, et, en entrant, il fallait que tu chantes ta chanson. Tu prenais un p’tit verre, tu ressortais et tu recommençais dans une autre maison. C’est sûr que, quand je pense à des chanteurs, je pense d’abord à mes oncles, à mes tantes, à mon grand-père et à toute ma famille. »

En raison de ses cheveux roux, son grand-père, Ambroise Lepage, était surnommé « le fou rouge », qui est aussi le titre du 5e album d’Hommage aux aînés. Un disque complètement allumé, avec un répertoire qui révèle plusieurs pièces trouvées à l’extérieur de Saint-Côme et un accompagnement au service de la chanson, offert par des musiciens de grande qualité. Dans les dernières années, des jeunes comme Danny Baillargeon et Simon Riopel ont intégré le groupe et Michel Bordeleau, ardent Charbonnier et célèbre podorythmiste, y joue des pieds et de la guitare ténor : « Malgré le fait que des jeunes sont arrivés, l’instrumentation n’a jamais trop changé. À part un peu de violon, ça reste surtout piano et guitare. Malgré les années qui passent, on garde notre manière et on ne s’amuse pas à faire des arrangements exubérants. Hommage, c’est un band de chanteurs ».

Un band de chanteurs implantés dans un sacré terreau de chanteurs, depuis l’arrivée des premières familles acadiennes, vers 1855. « En général, c’est pas mal toutes les familles de Saint-Côme qui chantent des chansons à répondre dans les partys. On est tombé dedans quand on était petit et ça n’a jamais lâché. Dans l’autobus qui menait les enfants à l’école dans les années 1960, ça chantait des chansons à répondre », raconte Gaston Lepage. « Ma blonde, native de Saint-Côme, en faisait autant dans les années 1980 », ajoute Michel Bordeleau, qui vit maintenant dans le village. « D’après moi, ça fonctionne encore parce que, dans certains de nos shows, la moyenne d’âge est de 17-18 ans », relance Gaston. « C’est pas surprenant, parce que, sur la rue Principale, l’été surtout, tu vois des jeunes qui roulent en auto et c’est toujours de la musique traditionnelle », poursuit Michel. « Souvent, on se fait dire : « Moi, j’écoute rien que votre musique dans mon char. Rien que ça à l’année longue ». Moi, je ne chante pas de la musique du temps des Fêtes, je chante ce que j’ai à chanter », conclut Gaston.

En 2008, l’organisation du festival lanaudois Mémoire et racines a désigné Saint-Côme comme capitale québécoise de la chanson traditionnelle. Puis, en octobre 2012, la Loi sur le patrimoine culturel est entrée en vigueur en incluant le patrimoine immatériel comme élément culturel pouvant être nommé par le biais de règlements municipaux. Ainsi, le 10 novembre dernier, le conseil municipal de Saint-Côme fut le premier à donner un statut juridique à un élément de son patrimoine immatériel en identifiant « la pratique de la chanson traditionnelle comme un élément significatif de son patrimoine et de son identité ».

« Ce qui est le fun, c’est que c’est Saint-Côme qui est la première municipalité du Québec à avoir passé à travers tout ce processus », dit fièrement Michel Bordeleau. Et, ce mardi, il se plongera dans les effets de transe provoqués par la danse et les chansons à répondre. Avec ses Beatles de Saint-Côme, qui sont invités par les quatre garçons dans le vent… du nord.


Hommage aux aînés - Isaïe Godmer

La Veillée de l’avant-veille

Le Vent du nord avec un quatuor à cordes et Michel Bordeleau, Hommage aux aînés et Jean-François Berthiaume. Au Club soda, le mardi 30 décembre, à 20 h 30. Renseignements : 514-286-1010