Les cinq meilleurs disques de musiques du monde en 2014

À écouter: «Le vin est bon», de Mélisande
Photo: Cloé Jourdain À écouter: «Le vin est bon», de Mélisande
Ici, l’espace est si vaste parmi les centaines de genres et styles à parcourir qu’il demeure pratiquement impossible de rendre hommage à tous les artistes qui nous ont fait le plus vibrer en 2014. On pourrait facilement inclure dans cette liste les Angélique Kidjo, Bombay Rickey, Da Cruz, Rubén Blades, 9Bach ou les valeureux Montréalais-es Alejandra Ribera, Ayrad, Briga, Jean-François Bélanger et Mamselle Ruiz, qui ont fait paraître d’excellents disques, pour ne citer que ceux-là. Voici néanmoins deux séries de cinq disques qui ont marqué l’année, par l’ancien recomposé ou le présent métissé.


1. Mélisande, Les métamorphoses (La Prûche libre). Attendu impatiemment, ce premier disque du groupe montréalais marque une nouvelle étape du trad québécois. Ici, l’électro compose l’atmosphère autant que l’essence rythmique, le trad ressort avec ses instruments acoustiques et le prog, tout comme parfois le yé-yé, se cache dans le mélange. En plus, la complainte loge au même bal qu’une chanson de Vigneault et l’âme féministe apparaît au bout des mots de la tradition et colle parfaitement à l’esprit contemporain : « Le bon vin est pour les femmes, l’eau des puits pour les maris », chante Mélisande. Une vraie réussite !



2. Pierre Kwenders, Le dernier empereur bantou (Bonsound). Afro électro ou nouvelle rumba congolaise, pop métissée ou hip-hop multilingue ? Avec son « impérialisme » jovial, l’artiste venu du Congo puise dans tout, jusqu’à notre Ani Kuni. Il est en train d’émerger bien au-delà de ces étiquettes en faisant se fondre les unes aux autres, dans une même création, des villes comme Kinshasa, Montréal et même Lafayette. Kwenders est là pour rester et son passage remarqué aux Trans Musicales de Rennes en témoigne. Il signe un autre disque marquant réalisé à Montréal.



3. The Fretless, The Fretless (indépendant, iTunes, CD Baby). Ce quatuor à cordes n’est ni complètement trad, ni complètement classique, mais à la fois ancien et sophistiqué, acoustique à l’attaque rockeuse ; folk, celtique, nordique ou de chambre. Le swing et le galop bluegrass contagieux, les climats atmosphériques et obsédants, le blues ralenti ou aérien, le groupe passe même par le Québec. Une des splendides découvertes canadiennes des dernières années.



4. Violons Barbares, Saulem ai (World Village). Ils sont trois : Dandarvaanchig Enkhjargal, de la Mongolie, au morin khoor, le violon cheval ; Dimitar Gougov, de la Bulgarie, à la gadulka ; Fabien Guyot, de la France, aux percussions tapées avec doigts, ongles, mains, mailloches et balais. Avec leurs accents sauvages et leurs rythmes galopants, ils sont haletants, lyriques et tragiques. En plus de composer, ils explorent l’Asie et l’Europe centrales, le chant harmonique, le timbre grave, éraillé, sur des rythmiques emportées et des transitions rapides. Ils sont spectaculaires.



5. DakhaBrakha, Light (Indépendant - iTunes). Paru originalement en 2010 en Ukraine, ce disque fut lancé cette année à l’international et le quatuor est devenu l’un des principaux ambassadeurs de son pays remué. Un groupe qui puise dans l’ancien et l’urbain, dans la tradition des chants polyphoniques slaves autant que dans l’électro, le hip-hop, le dub-tango, les rythmes africains, le mystique et le dramatique. Avec en plus son rythme dense et son mélange d’instruments comme le didgéridou, l’accordéon et ses cordes inquiétantes, DakhaBrakha est un autre incontournable de 2014.

Mentions spéciales

Le trésor montréalais le mieux gardé : Just Wôan, Ikomo (Indépendant, iTunes, Amazon). Le disque le plus inspirant d’une artiste du Nord : Tanya Tagaq, Animism (Six Shooter Records. Le plus beau disque de chanson brésilienne : Gilberto Gil, Gilbertos Samba (Sony). La découverte irlandaise : The Gloaming, The Gloaming (Justin Time). La découverte arabo-andalouse : Lila Borsali, Nouba Ghrib (Padidou)