L'année des rééditions

Grand musicien, Leonardo García Alarcón fait une véritable célébration musicale de l’œuvre de Monteverdi.
Photo: Boris Horvat Agence France-Presse Grand musicien, Leonardo García Alarcón fait une véritable célébration musicale de l’œuvre de Monteverdi.
L’année classique 2014 est marquée par le rythme frénétique de rééditions de discographies complètes d’artistes, par la distribution au Canada des éditions du Palazzetto Bru Zane et la renaissance heureuse d’Erato. Le bilan annuel fait une large place à des œuvres jamais enregistrées. C’est aussi la première fois que deux artistes de notre Top 3 de l’année précédente, Leonardo García Alarcón et Christian Blackshaw, se retrouvent au palmarès avec leurs nouveaux CD.

1. Monteverdi, Vêpres de la Vierge. Leonardo García Alarcón (Ambronay). Pas une seconde d’hésitation sur qui doit occuper cette année la première marche. Jamais a-t-on entendu autant de choses dans l’œuvre maîtresse de Monteverdi. Le mouvement, les couleurs et même la mise en espace sonore servent une véritable célébration musicale. Leonardo García Alarcón est l’un des grands musiciens de notre temps.

Leonardo Garcia Alarcon dirige Vêpres de la Vierge (Monteverdi)

2. Dvorak, Symphonie n° 8. Manfred Honeck (Reference Recordings). À la fois intellectuel et sanguin, Manfred Honeck est l’un des chefs les plus passionnants de la planète. Ce CD enregistré en concert trace aussi le portrait sonore glorieux de l’Orchestre symphonique de Pittsburgh, au miraculeux pupitre de cors, très en exergue dans la 8e Symphonie de Dvorak, couplée idéalement à une suite conceptualisée par Honeck sur des thèmes de Jenufa de Janacek. Le grand CD symphonique de 2014.

Manfred Honeck dirige la Symphonie No8 (Dvorak)

3. Stella di Napoli. Joyce DiDonato (Erato). La mezzo-soprano Joyce DiDonato est à l’acmé de sa carrière. Tout comme Cecilia Bartoli, ses récitals révèlent un répertoire souvent oublié. C’est le cas de cet hommage à la création lyrique à Naples dans le second quart du XIXe siècle. Il comprend trois airs en première mondiale, dont celui de Giovanni Pacini, qui ouvre le CD et lui donne son titre. Grand disque vocal, scrupuleusement accompagné par Riccardo Minasi et l’Orchestre de l’Opéra de Lyon.

Joyce DiDonato - Stella Di Napoli (Paccini)

4. Jacques Hétu, Musique de chambre pour cordes. Nouveau Quatuor Orford (Naxos). Succès inespéré pour un disque de musique de notre temps, cette parution fait beaucoup pour la notoriété de Jacques Hétu (1938-2010) et met l’accent sur le fait que notre grand compositeur québécois s’inscrit parfaitement dans une histoire musicale du XXe siècle marquée par Debussy, Berg, Bartók et Chostakovitch. Le Nouveau Quatuor Orford est parfait, la prise de son très riche.

Nouveau Quatuor Orford - Sérénade, Opus 45 (Jacques Hétu)

5. Mozart, Sonates pour piano (vol. 2). Christian Blackshaw (Wigmore Hall). Confirmation du miraculeux volume 1, qui avait révélé ce pianiste anglais, cet album juxtapose des sonates délaissées (K. 281, 282 et 283) et deux monuments (K. 330 et 333). L’ambition de Blackshaw est de faire chanter le piano. Il y parvient à nouveau, dans un cérémonial musical où rien n’est laissé au hasard. Les mouvements lents sont de purs moments d’éternité.

Chritian Blackshaw - Sonate K330 (Mozart)

6. CPE Bach, Magnificat Wq. 215. Hans-Christoph Rademann (Harmonia Mundi). L’année du tricentenaire de la naissance du plus connu des fils de Bach a été marquée au premier chef par la publication de ce Magnificat qui n’a absolument rien à envier à celui de Jean-Sébastien. Complété par une brève mais fascinante cantate à double chœur et par la Symphonie Wq 183/1, ce disque de l’Akademie für alte Musik Berlin est une source de découvertes majeures.

Hans Christoph Rademann - Magnificat (CPE Bach)

7. JS Bach, L'art de la fugue. Zhu Xiao-Mei (Accentus). Jamais l’art de la construction musicale n’a atteint une telle complexité. Le défi est de transformer cette « musique pour les yeux » en « musique pour les oreilles ». Comme le dit Zhu Xiao-Mei, « l’admiration, ce n’est pas l’amour ». Dans un grand acte d’amour, clarifiant la partition de manière inouïe, la pianiste chinoise transforme la rhétorique en musique sensible.

Zhu Xiao-Mei - Contrepoint 4 de L'art de la fugue

8. Victorin Joncières, Dimitri. Hervé Niquet (Bru Zane). Le Palazzetto Bru Zane, Centre de musique romantique française, s’est donné pour mission la redécouverte du patrimoine musical français du « grand XIXe siècle » (1780-1920). Les livres-disques somptueux, distribués par SRI, sont à saisir, car en édition limitée. La découverte de l’année est le passionnant opéra Dimitri de Victorin Joncières (1839-1903), contemporain de Chabrier, qui s’inscrit dans la suite de Meyerbeer, Gounod et Saint-Saëns.

Hervé Niquet dirige Dimitri de Joncières

9. Julius Röntgen, Trios à cordes n° 1 à 4. Trio Lendvai (Champ Hill Records). L’Allemand Julius Röntgen (1855-1932), cousin de Wilhelm, l’inventeur des rayons X, est connu comme un épigone de Brahms. Seul le 1er Trio était édité en 2007, lorsque l’excellent Trio Lendvai s’intéressa à cet héritage. Les enregistrements sont donc réalisés à partir des manuscrits ! Irrésistible pour qui aime Dvorak (dont des thèmes innervent le 2e Trio), Brahms ou Grieg.

Trio Lendvai - 2e Trio (Röntgen)

10. Chostakovitch, Six Romances, Ballade, Suite. Gérald Finley, Thomas Sanderling (Ondine). Une heure de premières mondiales de Chostakovitch par le grand baryton canadien Gerald Finley ! Le clou du CD ce sont les Six Romances d’après des poèmes de Shakespeare, Burns et Raleigh, dont la 3e anticipe la 13e Symphonie. Chostakovitch a connu une grande année : les Concertos pour violon (Christian Tetzlaff) et pour violoncelle (Truls Mork) chez Ondine, intégrale des Quatuors par les Pacifica chez Cedille et 13e Symphonie par Petrenko (Naxos) n’auraient pas usurpé cette place.

Gerald Finlay - Romance No3 (Chostakovitch)

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