Un bric-à-brac honorable

Le Concert de Noël 2014 de l’OSM passe à peu près la rampe par une sorte de miracle qui peut s’expliquer par le charme et l’aura de Susan Graham.
Photo: Benjamin Ealovega Le Concert de Noël 2014 de l’OSM passe à peu près la rampe par une sorte de miracle qui peut s’expliquer par le charme et l’aura de Susan Graham.

En matière de concerts de Noël de l’OSM, il y a désormais les années avec Fred Pellerin et les années sans. Les premières ont tout pour être glorieuses, les secondes tentent de trouver un souffle ou un esprit. Le millésime 2014 en a fort peu, mais passe à peu près la rampe par une sorte de miracle qui peut s’expliquer par le charme et l’aura de Susan Graham.

En fait, tout, dans ce bric-à-brac est réuni pour que cela ne marche pas. Le concert commence par la suite de l’opéra La nuit de Noël de Rimski-Korsakov. Ça ne dit rien à personne, c’est du bon Rimski qui se trouve là uniquement en raison du titre. Mais cela pourrait s’appeler Rêves d’hiver ou Sur la route de l’Orient-Express que ce serait la même musique. Vingt-cinq minutes de concert passent comme cela. C’est de la programmation « intello », sur papier.

Dans le genre « qu’est ce que ça fait là ? »,la soirée permet de voir qu’une Canzon de Gabrieli, conçue comme une musique spatiale, peut, à la Maison symphonique, se jouer sur scène par deux groupes de cuivres à un mètre l’un de l’autre. Jamais vu plus inepte, sans compter que si on avait mis les cuivres au niveau de la mezzanine de part et d’autre de l’orgue, on aurait pu placer d’emblée sur scène l’orchestre du concerto pour orgue de Haendel et enchaîner les deux oeuvres, ce qui n’aurait pas nui au rythme d’une soirée poussive. Le coucou et le rossignol furent un moment sympathique, joué avec esprit par Luc Beauséjour. Les quatre extraits de Casse-noisette avaient pleinement leur place dans le contexte.

Vittorio Grigolo, imprimé sur les programmes de saison, avait plutôt choisi, entre-temps, d’aller chanter La bohème à Paris. L’OSM a fait appel à deux chanteurs pour le remplacer : la mezzo Susan Graham, une amie de Montréal, et le ténor encore fort méconnu Michael Fabiano, qui vient de chanter Bohème au Met (cela s’entendait). Ils ont été passablement sous-utilisés, mais semblaient être surtout venus cachetonner gaiement, en pensant que la lecture à vue des partitions suffisait au bonheur de tous. Avantage, dans ce contexte, à Susan Graham est vocalement glorieuse en toutes circonstances, avec une présence naturellement rayonnante. Michael Fabiano a une très belle voix, mais quand il est en pilote automatique cela se sent. « Pilote automatique » est d’ailleurs un terme inapproprié : Kent Nagano était tellement sur lui pour lui donner entrées et sorties que s’il avait pu lui greffer un interrupteur pour l’actionner, il l’aurait fait !

Fabiano et Graham ont donc modérément préparé leur prestation, s’emmêlant ensemble dans Twelve Days of Christmas, le premier chantant « Domine » au lieu de « Dominum » dans Adeste Fideles, la seconde invoquant un peuple « debout » (au lieu de « à genoux ») dans Minuit, chrétiens, un chant de Noël français chanté, à Montréal, en mode bilingue, mais « English first ».

Nagano a fini in extremis par mettre un peu de rythme et rallier le public avec un reel québécois avant un Joy to the World que le ténor semblait découvrir. On a peut-être échappé à White Christmas en troisième bis… Tant mieux !

Noël avec Kent Nagano

Rimski-Korsakov : La nuit de Noël, suite. Tchaïkovski : Casse-noisette (extraits). Gabrieli : Canzon septimi toni. Haendel : Concerto pour orgue « Le coucou et le rossignol ». Airs d’opéras de Massenet, « Va ! Laisse couler mes larmes » (Werther), et Puccini « Che gelida manina » (La bohème). Airs et arrangements de musiques de Noël. Susan Graham (mezzo), Michael Fabiano (ténor), Luc Beauséjour (orgue), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, mardi 16 décembre. Reprise ce jeudi.

1 commentaire
  • Ginette Masse-Lavoie - Abonnée 19 décembre 2014 17 h 59

    Bien d'accord!

    Je croyais que c'était moi qui n'était pas dans l'esprit de Noël, parce que le "sentiment" que j'avais tout au long du concert c'est que ça manquait de suivi, d'ambiance, de "magie". Ça avait peine à "décoller". En plus quand il y du "déménagement de mobilier" plusieurs fois ça coupe l'inspiration.Je crois que vous m'avez bien expliqué pourquoi je sentais que quelque chose n'allait pas. Merci! On va peut-être faire mieux ce soir avec le "Métropolitain"? À suivre...
    G.Lavoie