«Il faut mériter son paradis!»

Raphaël Pichon dirigeant l’ensemble Pygmalion. Âgé de tout juste 30 ans, celui-ci s’est déjà taillé une place au sein des cercles classiques européens.
Photo: Bertrand Pichene Raphaël Pichon dirigeant l’ensemble Pygmalion. Âgé de tout juste 30 ans, celui-ci s’est déjà taillé une place au sein des cercles classiques européens.

Il n’est pas encore connu de ce côté-ci de l’Atlantique, mais son nom ne tardera pas à faire le tour du monde : Raphaël Pichon dirige Les Violons du Roy, jeudi au Palais Montcalm de Québec et vendredi à la salle Bourgie de Montréal.

Raphaël Pichon parle vite. Raphaël Pichon va vite. On sent une pensée galopante, une détermination absolue, une intelligence rare. Aussi, à 30 ans, il s’est déjà fait un nom dans la sphère baroque européenne. Le Devoir a parlé de lui pour la première fois en octobre 2012, louangeant « les couleurs saturées et la sève profuse » de son disque Missa 1733 de Bach chez Alpha. Cette étiquette et son créateur, Jean-Paul Combet, ont beaucoup fait pour faire connaître Pichon et son Ensemble Pygmalion : « Il nous a ouvert grand les portes, nous a fait confiance presque les yeux fermés », se souvient avec émotion le jeune chef. Depuis, Alpha a été vendu et Pygmalion vient de signer son premier disque chez Harmonia Mundi, une hypothétique mais habile reconstitution d’une Messe funèbre de Bach, présentée dans ces colonnes il y a un mois.

Raphaël Pichon a créé Pygmalion pendant ses études, avec des amis. Pour Bernard Labadie, tout était parti de la même manière, dans le cadre de l’Université Laval, avec La Chapelle de Québec, il y a 30 ans.

Chers violons

La rencontre de cette semaine a été décidée dans les coulisses du concert des Violons au Théâtre des Champs-Élysées à Paris en janvier dernier. « J’étais curieux de cette spécificité très rare d’un orchestre spécialisé dans les répertoires anciens mais jouant sur instruments modernes. Je suis allé les entendre et j’ai été très séduit. J’ai aussi eu l’impression qu’humainement c’était un groupe très riche, mû par une vraie volonté, un vrai amour de la musique », dit le chef au Devoir.

Raphaël Pichon dirigera le Concerto pour la nuit de Noël de Corelli, des extraits de la Musique de table de Telemann et une suite d’extraits orchestraux des opéras du grand Rameau. « L’un des compositeurs les plus géniaux qui soient. Il est l’inventeur d’un langage orchestral français, qui ira jusqu’à Debussy et Ravel, en passant par Berlioz », dit de lui ce musicien qui pense que le défi d’un chef invité est de faire « parler la langue de Rameau » à l’orchestre qu’il dirige.

Pichon ne compte pas se cantonner à ce répertoire. Pygmalion enregistrera un disque Mozart en janvier et lui-même oeuvre déjà comme chef invité auprès de formations symphoniques. Il dirigera d’ailleurs Mozart au Festival d’Aix-en-Provence. Les noces de Figaro ? « Oh non ! Je suis très attentif à la construction du répertoire. Quand on aborde Bach, on ne s’attaque pas à la Passion selon saint Matthieu, on a besoin de commencer avec des cantates, des motets. Il faut mériter son paradis ! »

Les premiers projets mozartiens de Pygmalion à Aix seront donc à l’image de Trauernacht (nuit funèbre) d’après Bach, son spectacle de 2014, composé à partir d’extraits de cantates. « Je m’intéresse à la très bonne musique qui reste en marge — oeuvres courtes ou répertoire caché. Notre mission de jeunes musiciens et de jeunes ensembles ne peut pas être de reproduire ce que nos aînés ont fait. » Aux yeux de Raphaël Pichon, la nouveauté « peut passer par le répertoire, les formes scéniques ou les artistes auxquels on s’associe — le monde du cirque, de la vidéo ou de la danse. »

Un — sain — trublion de la musique, à découvrir cette semaine au Québec !

Concerts. Palais Montcalm de Québec, jeudi 18 décembre à 20 h (418 641-6040). Salle Bourgie de Montréal, vendredi 19 décembre à 19 h 30 (514 285-2000, option 4)