La chanson est à elles (de plus en plus)

Stéphanie Lapointe
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Stéphanie Lapointe

Confirmation d’une constance. C’est de moins en moins les gars, de plus en plus les filles, qui font les chansons qui me restent. La vie au plus près de la vie, sans postures.


Stéphanie Lapointe, Les amours parallèles. La parfaite réussite d’une idée : chanter les amours effilochées d’aujourd’hui en les tissant à la manière d’hier. La musique en filigrane, la voix de Stéphanie au-dessus, douce mais résonnant en pleine liberté, toujours à ça de s’envoler. Comme dans la chanson de Philippe B qui lance le disque : « Adieu cage dorée / J’ai le ciel à embrasser / J’ai des ailes à déployer… » Ouvrage de fine dentelle, avec juste ce qu’il faut. De la retenue, condition du désir.

Les amours parallèles

2. Philippe B, Ornithologie, la nuit. On a aimé ses variantes d’homme seul. L’aime-t-on tout au long de l’année de sa «belle amie», celle qu’il a rencontrée une fois «le scaphandrier» remonté des «profondeurs» ? Mais si, c’est la suite, le même Philippe B qui a le malheur comme le bonheur au service de chansons parfaites, mondes de références avec de l’espace entre le piano, les vents et les voix. Tout le génie est là : dans le dénuement. Et le dénouement.

L'année du serpent

3. Mara Tremblay, À la manière des anges. Quelque chose comme une promenade dans la clairière de la joie, où la musique est luxuriante et magique. Le plus beau est que l’on reçoit cet album bienfaisant, non pas comme un baume temporairement soulageant, mais en toute connaissance de cause. On sait par où elle est passée, Mara, et si le bonheur est mérité, savoir le partager n’est que plus méritoire.

Lumières et diamants

4. Les Hay Babies, Mon homesick heart. Savaient ce qu’elles voulaient, Katrine Noël, Vivianne Roy, Julie Aubé : oui, folk indie à l’acadienne, mais pas juste guitare-banjo-ukulélé. Cet album a 250 shows dans le corps, et les chansons en sont la trame enrichie. Ça donne, poignant exemple, La toune du soundman : « Y a les gars que j’ai brisés toujours pris à m’attendre / J’les envie à moitié d’avoir su me comprendre ». Cœur esseulé certains soirs, mais avec des compensations..

La toune du soundman

5. Éric Goulet, Éric Goulet Vol. 2. Il persiste et signe, notre Gram Parsons de Rosemont, et on le suit, et plus encore que sur le volume 1, on chante à tue-tête avec lui. Ma toune de l’année ? Le trou de ma guitare. « Je suis tombé dans le trou de ma guitare / C’est l’endroit le plus loin de toi qu’il puisse y avoir ». Des millions de chanteurs country n’avaient pas pensé à cette cachette du cœur juste sous leur nez : à Éric la trouvaille !

Le trou de ma guitare
Voir notre entretien avec Éric Goulet dans son studio

6. Betty Bonifassi, Betty Bonifassi. Notre plus formidable chanteuse a pris à bras-le-corps des chants d’esclaves et les a flanqués en plein présent, avec du drum’n’bass pour grossir la pulsation, des fois que ça résonnerait. Ça résonne. Fort. Loin. Longtemps.

Grizzly Bear

7. Daran, Le monde perdu : Avec les mélodies qu’il trouve (encore !), la voix qu’il a (et ne pousse jamais en vain), les textes qu’il obtient, une guitare et un harmonica suffisent amplement. La preuve. Le minimum vital en 11 chansons nues.

Poulets

8. Lisa LeBlanc, Highways, Heartaches and Time Well Wasted. Elle voulait retarder la suite du succès, rouler à son goût sur les routes de l’Amérique, rencontrer du monde, jouer de la musique. Ç’a donné, sans trop les chercher, des chansons à sa façon mais en anglais, juste assez pour un mini-album : y a qu’à embarquer.  

Race Track

9. Salomé Leclerc, 27 fois l’aurore : Ce deuxième album s’écoute d’une traite. Ça part en courant avec Arlon, et ça s’achève en vocalises vers l’infini. Touches d’électro, vents, cuivres, claviers, rallonges contemplatives. La belle voix rauque et la belle guitare malpropre de Salomé ne sont plus ses seuls moyens d’expression. 

Le bon moment

10. The Barr Brothers, Sleeping Operator : C’est l’album du succès, mais rien n’a changé pour l’essentiel : la voix et la guitare de Brad Barr au centre, et tout un monde de musique autour, percus pour la prise à la terre, harpe et claviers qui veulent monter au ciel. Le folk dans ses racines profondes et ses plus hautes branches.

How the Heroine Dies
3 commentaires
  • Réjean Guay - Inscrit 17 décembre 2014 09 h 49

    Un peu tanné des Québécois qui nous les chantent en anglais et des chansons bilingues . Ce qui pogne à Montréal , surtout la déferlante bilingue , ne représente pas le Québec . Tout le monde sait que le < Montreal sound > chante < in english
    of course > . Rien à voir avec nous . Mais , malheureusement , tout ce qui < grouille , scribouille ou grenouille > dans la médiacratie montréalaise semble vouloir nous imposer un modèle unidimemsionnel .

    • Marc-André Audet - Abonné 17 décembre 2014 15 h 24

      Quel commentaire misérabiliste. Si vous n'aimez pas ce que vous entendez, achetez-vous une méthode de flûte à bec et présentez-nous vos chansons l'an prochain. En attendant, bravo aux auteurs-compositeurs québécois qui se renouvellent. Eh oui, bravo même à ceux et celles qui se commettent en anglais.

  • Claire Dufour - Abonnée 17 décembre 2014 18 h 56

    Pauvres petits québécois anglisisés

    J'ai énormément de peine! Ce qui pourrait renouveller la musique québécoise, c'est trouver un nouveau son en français avec tout le talent que nous avons. De toute façon d'où viennnent cette Liza Leblanc, ces Hey Babies et cie. Pas du Québec mais d'un autre pays qu'on appelle le Nouveau-Brunswich. Et on les accueilles à bras ouverts sous prétexte qu'ils sont acadiens Quel misérabilisme supportons-nous!