Derniers feux sur un spectacle légendaire

Les interprètes Hans-Peter König, dans le rôle de Veit Pogner, et Annette Dasch, dans le rôle d’Eva.
Photo: Ken Howard Metropolitan Opera Les interprètes Hans-Peter König, dans le rôle de Veit Pogner, et Annette Dasch, dans le rôle d’Eva.

Fidèle à une ligne de conduite adoptée précédemment, le Metropolitan Opera offrait, samedi, un dernier baroud d’honneur à l’une de ses productions de légende, celle des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner conçue en 1993 par Otto Schenk, maître du naturalisme scénique cultivé.

Programmer cette production de l’opéra de Wagner dans sa série de diffusions aux cinémas — même si un spectacle de six heures à deux semaines des Fêtes n’est pas la meilleure idée — était une ultime occasion de la documenter en vidéo en qualité HD. On peut aisément imaginer que cette immortalisation expliquait, pour les deux dernières représentations (celle de samedi était la dernière), le remplacement de James Morris, le grand titulaire du rôle de Hans Sachs au Met, par l’Allemand Michael Volle.

Morris est le héros de la vidéo tournée en 2001 ; il eût été suicidaire de le réenregistrer à 67 ans avec des moyens vocaux diminués. Car Sachs est l’un des rôles les plus titanesques du répertoire, toutes voix et tous genres confondus. Michael Volle a été le héros de cette représentation, mais il n’aurait pas été autant en relief si le Beckmesser de Johannes Martin Kränzle n’avait pas été à la fois aussi solide et aussi comique.

La solidité était le point commun du plateau, même chez le jeune Paul Appelby, dans un rôle incarné en 2001 par Matthew Polenzani. On a vu la stature de Hans-Peter König, un Pogner sans grand rival aujourd’hui, et l’endurance de Johan Botha, piètre acteur mais voix d’or. Là aussi, le rôle de Walther est « mortel ». J’y avais vu en salle, à New York, un Ben Heppner déclinant, littéralement porté par James Levine, dont Les maîtres chanteurs sont l’un des opéras fétiches.

Matthew Diamond était à nouveau à la réalisation visuelle. Il a bien récupéré du naufrage de son Barbier de Séville, mais ne sait toujours pas vraiment quoi faire dans les ensembles (découpages trop nerveux, travelings pénibles) et l’une de ses caméras de fond de salle n’avait toujours pas de meilleure mise au point qu’il y a quelques semaines. Diamond a eu beaucoup de mérite à tenter de faire exister Eva en ne mettant pas trop l’accent sur la plus calamiteuse prestation d’acteur depuis l’invention du Live in HD, celle de la soprano Annette Dasch, certes bien chantante, tentant de jouer à l’ingénue à coup de clignements d’yeux, regards ahuris et autres moues boudeuses. La pauvre surjouait tellement qu’elle passait pour une actrice de série Z, rescapée de l’ère du cinéma muet, où elle aurait incarné des rôles d’automates vaguement détraqués. Si cela sort en DVD, il va falloir encore recouper un peu !

Au cours de l’une des prochaines saisons, le Met présentera ses nouveaux Maîtres chanteurs : il s’agira de la production de Stefan Herheim, créée à Salzbourg en 2013. On peut d’ores et déjà se faire une idée précise grâce à un DVD publié chez EuroArts.

Les Maîtres chanteurs de Nuremberg

Opéra de Richard Wagner. Avec Johan Botha (Walther von Stolzing) Michael Volle (Hans Sachs), Johannes Martin Kränzle (Beckmesser), Annette Dasch (Eva), Hans-Peter König (Pogner), Karen Cargill (Magdalene), Paul Appleby (David), Choeurs et Orchestre du Metropolitan Opera de New York, James Levine. Mise en scène : Otto Schenk. Samedi 13 décembre 2014.

1 commentaire
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 15 décembre 2014 14 h 43

    Bon article

    Il est possible de revoir cette production en février 2015.