Rendez-vous manqué

Isabel Leonard en Rosina, Lawrence Brownlee en Comte Almamiva et Christopher Maltman en Figaro, dans Le barbier de Séville de Rossini présenté au MET.
Photo: Ken Howard Metropolitan Opera Isabel Leonard en Rosina, Lawrence Brownlee en Comte Almamiva et Christopher Maltman en Figaro, dans Le barbier de Séville de Rossini présenté au MET.

La présence sur les écrans du Barbier de Séville du Metropolitan Opera quelques jours après les représentations de l’Opéra de Montréal permettait une juxtaposition intéressante. Cela dit, on connaissait la production new-yorkaise drôle et rythmée de Bartlett Sher et Michael Yeargan, diffusée en mars 2007 avec Juan Diego Florez, Peter Mattei et Joyce DiDonato. Nous ne devions d’ailleurs ce rendez-vous rossinien de novembre 2014 qu’à la censure infligée à la diffusion internationale de La mort de Klinghoffer (voir Le Devoir du 17 novembre).

Tout comme pour Carmen, le fait que l’opéra ait déjà été documenté nous a valu l’engagement du nouveau venu Matthew Diamond pour la captation vidéo. Le grand espoir suscité par le travail sobre et pondéré de Diamond sur Carmen aura été de courte durée, car sa transcription à l’écran du Barbier de Séville fut calamiteuse.

Le réalisateur est tombé comme un bleu dans le piège de cet opéra : le filmage des ensembles. Combien de fois l’a-t-on vu faire balayer la scène par les caméras en travelling latéral — parfois en aller-retour ! — comme un sniper cherchant une cible ou un gamin testant son caméscope à une fête de famille ? Nous sommes assurément arrivés à un degré d’alerte pour cette institution phare qui, au lieu d’engager en Europe des experts aguerris du filmage de spectacles lyriques, fait des essais en direct sur un produit de haute technologie vendu 20 $ à plus de 200 000 personnes sur la planète. La rupture de faisceau satellite avant l’« air de la calomnie » est un aléa technologique pardonnable. L’amateurisme dans la transposition à l’écran ne l’est pas.

Et puisqu’on en est aux sujets qui fâchent, outre une caméra qui ne semblait pas marcher en HD, signalons au Met et à Cineplex que le résumé français distribué aux spectateurs devrait être digne du mot résumé, écrit dans un français qui dépasse de médiocres connaissances de niveau primaire et imprimé dans un corps lisible par le public.

Théâtralement et musicalement, l’après-midi fut excellent. Non seulement Isabel Leonard possède un charme irrésistible, mais elle est aussi un phénomène en matière d’efficacité de la projection et de placement de la voix dans les coloratures les plus complexes. Lawrence Brownlee maîtrise cela aussi avec brio, mais avec un engagement physique plus visible. Christopher Maltman, lui, n’est pas un expert de technique rossinienne, mais c’est un excellent chanteur et un bon acteur. Contrairement au spectacle de Montréal, trop centré sur les bouffonneries et mimiques de Figaro, le travail de Sher est plus équilibré et plus fin. Bartolo retrouve ici sa vraie dimension bouffe, emploi dans lequel Maurizio Muraro est irrésistible. Il faudra par contre pardonner le plafonnement très notable du chanteur sur les mi et fa aigus de son grand air. Burchuladze avait un chat dans la gorge à la fin de son air de la calomnie, mais cela peut arriver à tout le monde et sa prestation fut par ailleurs excellente, de même que celle de tous les comparses, y compris les mimiques de l’acteur Rob Besserer.

Mention plus qu’honorable également pour Michele Mariotti dans la fosse. Son travail tout en légèreté sur les couleurs des cordes pour ne pas couvrir les vocalises des chanteurs était digne de la plus grande admiration.

Le barbier de Séville

Opéra de Rossini. Avec Isabel Leonard (Rosina), Lawrence Brownlee (Almaviva), Christopher Maltman (Figaro), Maurizio Muraro (Bartolo), Paata Burchuladze (Basilio). Direction : Michele Mariotti. Mise en scène : Bartlett Sher. Décors : Michael Yeargan. Réalisateur : Matthew Diamond. Samedi 22 novembre 2014.

3 commentaires
  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 24 novembre 2014 10 h 22

    le barbier de Séville

    Je suis d'accord avec votre critique et j'ajouterais que Maltman en plus de sa faiblesse dans les mélismes a fait entendre plusieurs notes dont la justesse laissait songeur...

    • Huguette Proulx - Abonnée 24 novembre 2014 12 h 00

      Bien d'accord avec vous Madame Delorme. Malgré sa capacité vocale et sa forte personnalité, je suis plus sévère que M. Huss quant à la prestation de Maltman: il n'était pas à la hauteur, carrément!

  • Michel Brunette - Inscrit 24 novembre 2014 19 h 22

    La mise en image télévisuelle...

    J'ai pris un grand plaisir à cette production...sans chipoter...

    Mais la mise en image pour la télévision m'a donné comme souvent au Met une impression très désagréable...je suggère que monsieur Gelb fournisse aux concepteurs télévisuels un peu de ritalin...

    Et je suggère, comme je l'ai déjà recommandé à monsieur Huss, d'aller à Saint-Eustache où les conditions de projection sont de belle qualité. De plus la salle n'est jamais pleine...Ce qui est mieux qu'au Colossus...

    Michel Brunette