Le Divan orange menacé par des plaintes répétées pour bruit excessif

Le Divan orange est à quelques semaines de prendre possession du deuxième étage vide et d’y faire des travaux pour mettre sur pied le Centre de diffusion des musiques émergentes. Mais l’accumulation des amendes met en péril ce projet.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Le Divan orange est à quelques semaines de prendre possession du deuxième étage vide et d’y faire des travaux pour mettre sur pied le Centre de diffusion des musiques émergentes. Mais l’accumulation des amendes met en péril ce projet.

En plein coeur de la mise en place de son projet de Centre de diffusion des musiques émergentes, la salle de spectacle montréalaise le Divan orange voit ses efforts et jusqu’à son existence être menacés par de récentes plaintes pour bruit excessif déposées à répétition, dont les amendes cumulées atteignent à ce jour 10 500 $.

La salle, qui est locataire de l’espace situé sur le boulevard Saint-Laurent, a reçu depuis le 23 octobre la visite fréquente des policiers, à la suite de plaintes répétées de la résidante habitant depuis plus de cinq ans au troisième étage de l’édifice, situé près de la rue Rachel. En vertu du règlement municipal sur le bruit, les forces de l’ordre se sont déplacées près d’une trentaine de fois. Au total, le Divan orange a reçu neuf constats d’infraction, parfois en plein jour pendant les tests de son, parfois le soir pendant les concerts. La plupart des amendes s’élèvent à 1250 $, et seront contestées.

Le Divan orange est depuis dix ans un incubateur de la scène musicale québécoise, qui ouvre ses portes à des artistes de tous styles sonores.

Carolyne Normandin, Luca Pharand et Lionel Furonnet, du Divan orange, se débattent depuis trois semaines pour trouver une solution à la situation, discutant avec le SPVM et l’escouade de la moralité — « qui sont entre l’arbre et l’écorce », dit Furonnet — ainsi qu’avec l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, qui leur a même fourni les services d’un acousticien.

Ce dernier est venu effectuer des tests dans l’édifice, parfois à l’insu des gestionnaires du Divan orange, et l’évaluation tend à donner raison à la plaignante. Les plaintes répétitives pourraient s’expliquer par le départ récent des locataires du deuxième étage. « Comme c’est vide en ce moment, ça crée une caisse de résonance entre la salle de spectacle et l’appartement du troisième », explique Pharand.

L’argent pour agir

Ironie du sort, le Divan orange est à quelques semaines de prendre possession de ce local vide et d’y faire des travaux pour mettre sur pied le Centre de diffusion des musiques émergentes. Cet organisme permettrait non seulement à la salle d’assurer sa pérennité, mais aussi de regrouper à la même adresse d’autres joueurs naviguant dans le monde de la musique alternative.

« Mais là, avec les 10 000 $ qu’on a à payer, on se demande même si on va se rendre au moment où on voulait faire les travaux, ça nous pénalise dans nos recherches de solutions, dit Lionel Furonnet. C’est une fermeture annoncée. » Un mois de loyer leur coûte environ 6000 $. La salle dit « arriver flush chaque mois ».

Carolyne Normandin, une des fondatrices de la coopérative lancée en 2004, a le regard grave. « On a beaucoup parlé avec la locataire, j’ai eu une longue discussion avec elle [lundi] encore, pour lui dire ce qu’on essayait de faire, qu’on allait bientôt commencer des travaux au deuxième, mais elle dit qu’elle va continuer de se plaindre. Et en même temps, elle est écoeurée et je la comprends ». L’équipe du Divan orange saisit toutefois mal ses agissements, mentionnant qu’elle a récemment renouvelé son bail pour quatre autres années. Contactée par Le Devoir, la plaignante n’avait pas rappelé au moment d’écrire ces lignes.

Rénovations

L’arrondissement du Plateau-Mont-Royal appuie le Divan orange dans son projet de Centre de diffusion, mais la conseillère du district de Jeanne-Mance, Christine Gosselin, estime que le Divan orange a aussi sa part de responsabilité dans ses récents déboires, n’ayant pas adapté son local au fur et à mesure de la croissance « organique » de l’établissement. Elle précise que le règlement sur le bruit permet à des bars d’« opérer de plein droit en faisant des changements acoustiques, par exemple ».

Mme Gosselin se dit toutefois sympathique à la cause de la salle de spectacle, comprenant sa situation économique précaire. « Il faudrait peut-être que le propriétaire du bâtiment aide le Divan orange, ajoute Mme Gosselin. Parce qu’il faut constater qu’ils font face à beaucoup de plaintes. » Il y a quatre ans, rappelle-t-elle, le résidant qui logeait derrière la salle, sur la rue Clark, s’était plaint du bruit. Au Divan orange, on nous dit que le mur arrière avait alors été isolé avec les moyens du bord pour régler le problème.

Luca Pharand, gérant au Divan, estime que l’isolation acoustique de la salle elle-même coûterait près de 100 000 $. À court terme, des rideaux seront installés dans la fenêtre avant pour réduire le bruit entendu dans la rue. La coopérative devait investir dans un nouveau système de son qui permettrait de mieux gérer et diriger les ondes dans la salle, ce qui améliorerait la situation. Le projet est également compromis par les amendes récentes.

« Le bruit est un monstre toujours vivant, et il vit à côté de chaque salle de spectacle de Montréal », croit Furonnet.

17 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 19 novembre 2014 06 h 17

    droit acquis?

    me semble que si tu déménages sur st-laurent, faut le faire en connaissance de cause en considérant que p-ê il va y avoir du bruit vers 3am.

    certes, faire du bruit n'est pas un droit, mais il me semble que la plaignante serait plus heureuse ailleurs

  • Maryse Veilleux - Abonnée 19 novembre 2014 06 h 51

    Etre conséquent...

    N'est-il pas normal lorsque l'on habite au-dessus d'un commerce voué à ce genre d'activité qu'un tel niveau de bruit se produise?.... Sinon on habite au-dessus d'une quincaillerie...

  • Gabriel Deschambault - Inscrit 19 novembre 2014 09 h 02

    Du bruit...ou de la musique émergente?

    J'ai fait du bruit; je fais du bruit; et je ferai encore plus de bruit.
    Si le loyer de 6000$ est trop cher pour cette «salle de musique», peut-être devrait-elle songer à déménager.
    Je ne peux m'imaginer qu'en même temps on se questionne sur l'avenir de la ville et que l'on souhaite toujours plus de «boum-boum» et encore plus de broue. Pour faire à part des autres, je vais prendre parti pour la locataire.
    Pourquoi les «résidants-urbains» du boulevard Saint-Laurent devraient-ils retraiter devant le bruit?

    • Alexie Doucet - Inscrit 19 novembre 2014 18 h 23

      Pourquoi déménager sur le boulevard Saint-Laurent quand on tolère pas le bruit?

    • Simon Lévesque - Inscrit 19 novembre 2014 19 h 36

      "toujours plus de «boum-boum» et encore plus de broue"

      wow, quelle belle vision vous avez de la culture de la musique. On voit tout de suite une grande ouverture d'esprit, aucun mépris, aucune condescendance. Bravo!

  • Justine Philie - Inscrit 19 novembre 2014 09 h 40

    Choisir où habiter

    Je trouve fou qu'une personne choisisse d'habiter en haut d'un bar et se plaigne du bruit.

    "Moi je veux habiter ici et dire que j'habite ici mais je ne veux pas vivre avec les conséquences "d'habiter ici". "

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 19 novembre 2014 14 h 14

      Il n'y avait pas de salle de spectacle lorsque la locataire du troisième s'est installée.

    • Simon Lévesque - Inscrit 19 novembre 2014 14 h 51

      Monsieur Francoeur,
      Le Divan orange y est installé depuis 10 ans, la locataire du 3e depuis 5 ans.

    • Camille Martel - Inscrite 19 novembre 2014 15 h 06

      "Il n'y avait pas de salle de spectacle lorsque la locataire du troisième s'est installée."

      Pardon?

      (...) la résidante habitant depuis plus de cinq ans au troisième étage de l’édifice (...)

      Le Divan orange est depuis dix ans un incubateur de la scène musicale québécoise (...)

  • André Michaud - Inscrit 19 novembre 2014 10 h 17

    La cohabitation

    Pas facile la cohabitation entre la musique à forts décibels et les locataires environnants dans une ville. Sans parler des clients bruyants à la sortie des bars.

    Mieux vaut choisir son logement ailleurs...on ne peut quand même pas fermer tous les bars rock , et ces petits endroits n'ont pas les moyens de s'insonoriser totalement.