Alt-J veut prouver son sérieux

La formation Alt-J a lancé en mars un deuxième opus, This Is All Yours, plus dur à cerner, chargé, préférant les ambiances aux hameçons pop.
Photo: Marcus Haney La formation Alt-J a lancé en mars un deuxième opus, This Is All Yours, plus dur à cerner, chargé, préférant les ambiances aux hameçons pop.

C’est le syndrome du deuxième album qui se répète peut-être. Après un premier effort ayant croulé sous les éloges et qui avait reçu en 2012 le prix Mercury du meilleur disque britannique selon l’industrie musicale du pays, la formation Alt-J a lancé en mars This Is All Yours, un nouvel opus plus dur à cerner, chargé, préférant les ambiances aux hameçons pop. Une façon, a raconté le groupe au Devoir, de prouver son sérieux.

En tournée aux États-Unis depuis quelques semaines, le groupe — qui sera sur la scène du Métropolis ce mercredi soir — est plutôt content de la réaction du public, qui achète en grand nombre des billets pour entendre les nouvelles chansons sur scène.

« Ça fait du bien, on ne savait pas trop ce qui se passerait, raconte Thom Green, le batteur d’Alt-J. On est heureux que les gens aiment, car un deuxième album ça peut engendrer des réactions plus catégoriques, particulièrement pour ceux qui ont vraiment aimé le premier. L’industrie, les critiques, ils aiment l’idée qu’un groupe soit un peu chanceux avec un premier disque, mais là on peut dire qu’on a prouvé qu’on est sérieux. »

This Is All Yours laisse de côté les chansons comme Estocada ou Mathilda. Il y a de longues pièces instrumentales, une base rythmique un peu plus électronique et des sons de la nature, des flûtes. « Je crois qu’on voulait montrer qu’on savait ce qu’on faisait, qu’on ne faisait pas des tracks juste pour niaiser [« mess around »]. Ces chansons prennent du temps à faire. Mais en même temps, on essaie de ne pas penser à ce que les gens en pensent. Quand on écrit, on écrit ce qu’on veut entendre, parce que si on s’assoyait en se disant : “ allez, on essaie d’écrire un album à succès ”, ça ne marcherait pas. »

Même si certains filons reviennent souvent dans les paroles — comme des références à leur pays natal —, Thom Green précise que This Is All Yours n’est pas un album thématique. « L’ordre des chansons est très important, mais le disque en soi n’a pas de concept. »

Investir, mais rester à la maison

Avec le succès, Alt-J a pu réinvestir des profits dans l’équipement musical. Des moniteurs, des logiciels plus performants, question de gagner en qualité sonore. Mais Thom Green et ses comparses n’ont pas voulu s’installer dans un gros studio de Los Angeles pour enregistrer ce nouveau disque, même s’ils auraient pu faire pratiquement ce qu’ils voulaient.

« On a loué un genre d’entrepôt à Londres, et on a travaillé avec le même producteur, Charlie Andrew. On voulait essayer de garder ça dans un environnement confortable, connu. Avec le studio de Londres, on pouvait retourner à la maison chaque soir, ce qui est important maintenant. Parce qu’avec le succès, on est tellement souvent parti en tournée, que le temps personnel est encore plus essentiel. »

Le temps à la maison sera rare dans les prochaines semaines pour Alt-J, qui sillonnera encore quelque temps les États-Unis, avant de se promener en Europe, en Australie et ira même au Japon. Le groupe, devenu trio avec le départ du bassiste Gwil Sainsbury, joue sur scène avec un musicien engagé, question de retransmettre plus fidèlement ce disque touffu. « À nous trois, on ne pourrait pas tout faire. On veut jouer autant que possible, et pas tout mettre sur des pistes enregistrées. » Vrai que ça ferait moins sérieux.

En français dans le texte

Sur This Is All Yours, Alt-J laisse filer quelques mots en français, surtout sur la pièce Hunger of the Pine, où est cité le poème L’espoir en Dieu, d’Alfred de Musset. « Une immense espérance a traversé la terre / Une immense espérance a traversé ma peur ». Sur Bloodflood Pt. II, le groupe fait même un clin d’oeil au film français La haine, en chantant discrètement « Assassin de la police », une pièce mythique de cette oeuvre. « Gus [Unger-Hamilton] parle français, il est né à Paris, alors il parle bien la langue. C’est une petite touche ajoutée sur le disque, ça donne une petite saveur, et en plus les radios françaises ont beaucoup aimé ça ! »