Un «barbier» bien rythmé

Ce que l’on voit en premier, c’est l’agitation clownesque irrésistible du personnage de Figaro, interprété par Étienne Dupuis.
Photo: Yves Renaud Ce que l’on voit en premier, c’est l’agitation clownesque irrésistible du personnage de Figaro, interprété par Étienne Dupuis.

Après un sinistre Nabucco, l’Opéra de Montréal nous présente, avec Le barbier de Séville, un spectacle réussi, rythmé et coloré.

Le titre original de l’opéra le plus connu de Rossini est Almaviva, ou l’inutile précaution. La conquête, par le comte Almaviva, du coeur de la pupille Rosina, est le sujet de l’opéra. Figaro, le barbier, n’est « qu’un » factotum dans ce scénario. Je ne sais si un rappel aussi cinglant était voulu de la part d’une institution qui avait largement promu le spectacle autour de la personne d’Étienne Dupuis, en Figaro, mais qui a finalement révélé ses vraies vedettes : une équipe soudée, dominée par le ténor roumain Bogdan Mihai dans le rôle du comte et Carlo Lepore dans celui du barbon concupiscent Bartolo, qui cherche à épouser sa pupille.

Puisque l’on parle d’équipe, il faut commencer par le chef Christoph Campestrini, qui a livré la lecture orchestrale la plus intéressante dans cette fosse depuis Jean-Marie Zeitouni dans Cendrillon et Yannick Nézet-Séguin dans Salomé, avec un sens de la lisibilité (les bois), de l’articulation (les cordes) et une clarification des ensembles vocaux tout à fait exceptionnels au regard du temps de préparation d’un opéra dans une maison nord-américaine.

Dans ce Barbier, il est difficile de dissocier le commentaire musical de la discussion du spectacle, tant ce que l’on entend pourrait être influencé par ce que l’on voit. Ce que l’on voit en premier, c’est l’agitation clownesque irrésistible du personnage Figaro-Dupuis en « meneur de revue », assisté par quatre pitounes surgies de l’imagination du metteur en scène.

Le spectacle d’Oriol Thomas se souvient que Le barbier est un opera buffa, c’est-à-dire un opéra drôle. La mission qu’il s’est assignée est donc de faire rire le plus souvent possible, quitte à pousser un peu le bouchon. Pour faire mousser la vis comica, Oriol Thomas s’appuie donc sur Dupuis, dont l’abattage scénique est indéniable. Le corollaire étonnant est que les personnages « bouffes » rossiniens types que sont Bartolo et Basilio (le professeur de musique) en deviennent presque sinistres ou, à tout le moins, très fades. On en vient là au hiatus entre l’oeil et l’oreille, car ce qu’on entend, c’est Carlo Lepore, un Bartolo de rêve, avec une netteté d’émission et d’articulation dignes des plus grandes maisons d’opéra. Mais c’est aussi le Bartolo le moins drôle jamais vu, ou presque. Le même problème de mise en valeur scénique touche le personnage de Basilio — rôle tenu par la somptueuse basse Paolo Pecchioli. Dans le même ordre d’idées des hiatus, distribuer à une chanteuse de 30 ans le rôle de Berta, personnage bouffe de servante d’âge mûr taraudée par des pulsions de jouvencelle, brouille le comique intrinsèque.

Face au grand bateleur Dupuis, Carol Garcia remplace Mireille Lebel dans Rosina et le fait somptueusement, avec un registre bas médium très riche. Elle n’ornemente pas son air principal, mais la voix est là et les vocalises sont d’une grande netteté. Son duo avec Almaviva au moment de la scène de l’enlèvement est de ces moments de grand art qui ne se remarquent pas.

Bogdan Mihai en Almaviva est la grande révélation de la soirée : un bel acteur, une voix quasi idéale pour le rôle, un rien petite pour Wilfrid-Pelletier. Mais on gagne en finesse et articulation ce que l’on perd en volume. C’est cette précision que l’on retient des plus grands protagonistes de ce spectacle, dans un décor astucieux et inaltérable, qui est à l’Opéra de Montréal ce que Casse-Noisette est aux Grands Ballets. Il est habillé en 2014 par des costumes truculents et éclairé façon cartoon dans un beau spectacle, rondement mené.

Le barbier de Séville

Opéra bouffe de Gioachino Rossini (1816). Avec Étienne Dupuis (Figaro), Carol Garcia (Rosina), Bogdan Mihai (Almaviva), Carlo Lepore (Bartolo), Paolo Pecchioli (Basilio), Josh Whelan (Fiorello), Benoît Le Blanc (Ambrogio), Dylan Wright (officier) et Alexandra Beley (Berta). Choeur de l’Opéra de Montréal, Orchestre Métropolitain, Christoph Campestrini. Mise en scène : Oriol Tomas. Décors : Robert Prévost et Guy Neveu. Costumes : Joyce Gauthier. Éclairages : Anne-Catherine Simard-Deraspe. Salle Wilfrid-Pelletier, samedi 8 novembre 2014. Reprise les 11, 13, 15 et 17 novembre 2014.

1 commentaire
  • Jean-Luc Malo - Abonné 10 novembre 2014 19 h 37

    et la prestation d'Étienne Dupuis?

    Cher M. Huss,
    Peut-être auriez-vous pu ajouter un tout petit mot sur la prestation scénique et vocale de celui que l'Opréa de Montréal avait mis à l'avant-scène?

    Jean-Luc Malo
    abonné