Jean-François Bélanger, l’oiseau rare

Jean-François Bélanger concocte une musique puissante, portée par les sons des traditions scandinaves.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jean-François Bélanger concocte une musique puissante, portée par les sons des traditions scandinaves.

C’est un compositeur qui joue une vingtaine d’instruments, un Lanaudois ouvert à la planète, un Montréalais qui refuse la vie effrénée, un coloriste des musiques instrumentales, un artiste véritablement indépendant, un violoneux devenu joueur de vielles à clés suédoises et de violon d’Hardanger. Oui, Jean-François Bélanger est un artiste à part. Depuis une décennie, il a trouvé sa nouvelle muse en Scandinavie et, le mois dernier, il a lancé Les vents orfèvres, son premier disque en une décennie. Une superbe création mâtinée d’accents nordiques, de musiques ancienne et baroque, de trad et de folk, mais à la JFB. Il en présente le résultat et plus encore ce dimanche à la chapelle Saint-Louis de l’église Saint-Jean-Baptiste.

Premier d’un diptyque, Les vents orfèvres est un disque de recueillement, de calme, d’introspection, de regard sur soi, alors que Les entrailles de la montagne, prochain album à paraître en 2015, lorgne vers un volet primitif, instinctif, cru, intense et plus rythmé. Le spectacle est un condensé des deux disques, mais arrangé en trio : « On veut recréer l’atmosphère de disques avec quelque chose de plus resserré », explique Jean-François. « Natalie Haas, une violoncelliste de réputation internationale, apporte toute sa sensibilité, alors que Yann Falquet, mon complice des dernières années, est un guitariste précieux, en plus de jouer la guimbarde de façon impressionnante et de faire du chant harmonique. Quant à moi, je jouerai le violon d’Hardanger norvégien, le nyckelharpa [la vielle à clés emblématique de la Suède], en plus du tenorharpa, qui est un genre de violoncelle des harpas, et le contrabasharpa, plus primitif et un peu inquiétant. Dans une petite chapelle, ça va être une belle communion. »

Dans Les vents orfèvres, plusieurs mondes s’enchevêtrent : un clavecin baroque qui évoque la cour de Versailles sur les claquements des clés de bois ; un nyckelharpa qui traînasse et annonce la profondeur d’un folk très ancien ; une petite valse allègre qui coule avec contrebasse et viole de gambe ; sans compter cette autre valse avec le quatuor à cordes Claudel, l’harmonium et la voix céleste, un trad d’église avec un orgue de soutien et, finalement, un bansuri qui s’invite à la fête méditative.

Mais, dans chacune des pièces, les sons des cordes font entendre des parcelles de la Scandinavie. Jean-François parle de sa démarche : « Je n’ai pas la prétention de jouer les instruments comme les gens de là-bas. Je les ai abordés à ma façon, mais c’est vrai que ces instruments ont leur personnalité : les clés, la résonance… La musique du disque n’est pas vraiment de la musique scandinave. C’est ce que j’en ai capté. C’est comme les couleurs que j’ai aimées dans certains modes. Ça se recompose en dedans de moi et ça ressort comme ça. »

À l’écoute de la sérénité qui se dégage de l’album, une réflexion de Jean-François revient : « C’est pas évident d’être en accord avec ses valeurs. Dans notre société, quelque chose pousse énormément vers ce qui va vite, quelque chose qui n’est pas dans le contact profond à l’autre. Moi, j’ai essayé de rester honnête avec ça, sachant que ça va être au prix de moins de diffusion. Mais c’est pas grave, je trouve que c’était plus important que le disque soit vraiment le reflet de ce que je voulais. »


Jean-François Bélanger - Les Heures Arides - Le Feu D'équerre - Les Vents Orfèvres

Jean-François Bélanger en trio avec Yann Falquet et Natalie Haas

À la chapelle Saint-Louis de l’église Saint-Jean-Baptiste, le dimanche 9 novembre à 19 h.