Freeklane: la nouvelle diversité algérienne

Freeklane est issu de la rencontre du chanteur Chemseddine Abbacha, dit Chemsou (notre photo) et des deux guitaristes, puis de l’ajout du batteur, du bassiste, du claviériste et du percussionniste.
Photo: Festival du monde arabe Freeklane est issu de la rencontre du chanteur Chemseddine Abbacha, dit Chemsou (notre photo) et des deux guitaristes, puis de l’ajout du batteur, du bassiste, du claviériste et du percussionniste.

« Nous sommes tous obligés, pour rendre la réalité supportable, d’entretenir en nous quelques folies. »Cette citation de Marcel Proust est reprise cette année par le Festival du monde arabe (FMA) qui lance ce vendredi les célébrations de son 15e anniversaire. « Quinze folies métèques », clament les organisateurs en guise de thème de la présente édition. Et pour ouvrir le bal, le groupe Freeklane, digne représentant de la génération post-Gnawa Diffusion – Orchestre national de Barbès, qui s’amène directement d’Alger pour animer le National ce vendredi.

« Freeklane est composé de deux mots : “ free ” en anglais et “ klane ”, qui est l’abréviation de  iklane ”, qui veut dire “ esclave ” chez les anciens Amazighs en Algérie », explique le chanteur Chemseddine Abbacha, dit Chemsou. « Ça donne l’esclave  amazigh libre ”, pour dire qu’on est Algériens et Amazighs. Pour dire aussi qu’on est libres par rapport à notre musique et aux sujets qu’on aborde. »

Issu de la rencontre de Chemsou et des deux guitaristes, puis de l’ajout du batteur, du bassiste, du claviériste et du percussionniste, Freeklane puise dans le raï oranais, le chaâbi algérois et bien au-delà. « Je fais partie d’une nouvelle génération qui est ouverte à tout ce qui se passe dans le monde, affirme Chemsou. J’adore la musique occidentale avec toute sa variété et aussi la musique algérienne puisqu’elle est également très variée. Il y a aussi les rythmes africains qui se rapprochent beaucoup de notre culture, puisqu’on est Africains après tout. On essaie d’introduire tout cela d’une manière un peu raffinée pour que ça donne dans l’ensemble une musique algérienne tout simplement. »

La voix monte sur une lente mélopée avant d’aborder du rock sautillant qui se fond dans un passage plus celtique. Une douce ballade avec guitare acoustique devient reggae. On se fait plus maghrébin, planant. On percute sous une guitare rock arabe qui rappelle le mythique Raina Raï. On se lance les appels et les réponses. On introduit des inflexions berbères. Parfois, des pulsions de musique de guérison se pointent. On monte par phase. On revient à la douce mélopée ou à un fond de pop-rock. On se lance dans un chaâbi, puis à la fin, on perçoit la langue kabyle, dans toute sa beauté mélodique.

« Je suis kabyle comme la plupart des membres du groupe et notre inconscient nous ramène à cette touche qui part de nos origines », dit Chemsou. Cela entraînerait une filiation assumée avec le grand chantre Idir ? « Oui, c’est un artiste qu’on aime tous en Algérie. Il a été dans cette optique de métissage de styles entre musique celtique et berbère. » Et quels sont les autres artistes qui vous ont le plus influencé ? « Manu Chao dans son côté acoustique, Bob Marley pour le reggae et Richard Bona pour son sens de l’harmonie. »

Dans la musique de Freeklane, l’âme de ces trois artistes est intégrée à petite dose. Le reggae ou le gnawa, par exemple, y sont moins présents que chez les artistes de la génération précédente. « Des groupes comme Gnawa Diffusion et l’Orchestre national de Barbès ont fait de très belles choses et nous ont prouvé musicalement que l’on pouvait faire la fusion entre gnawa et raï ou entre gnawa et reggae. Mais la nouvelle génération suit une actualité musicale qui n’existait pas à leur époque », fait valoir Chemsou pour expliquer les différences entre les deux générations.

Son groupe chante en algérien, parfois en kabyle ou en français pour appuyer un propos : « Toute la haine que j’avais pour quitter mon pays est devenue la chaîne qui me traîne vers lui », entend-on dans une pièce sur l’immigration. « Nous chantons la liberté avec soi-même, la simplicité des hommes du désert, les jeunes qui ont des problèmes à se trouver du travail, sinon l’amour dans son côté positif ou plus mélancolique. Nous parlons de l’individu algérien et de tout ce qu’il peut vivre dans sa journée », dit Chemsou.

Freeklane se situe donc dans le quotidien de la nouvelle diversité algérienne.

Au National, ce vendredi à 20 h

www.festivalarabe.com