L’ouverture vers l’Est

Jean-Marie Zeitouni
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jean-Marie Zeitouni

Jean-Marie Zeitouni, le chef de l’orchestre de chambre I Musici, disait récemment vouloir ouvrir les fenêtres de son ensemble vers d’autres horizons dans la continuité du travail accompli depuis 30 ans. On peut donc clamer « mission réussie » à la sortie du concert Orient & Occident, qu’il a dirigé jeudi soir à la salle Bourgie du Musée des beaux-arts. Le titre était particulièrement bien choisi : ce n’était pas l’arrivée en Orient, mais plus une aventure vers la route des épices différentes, une main tendue qui menait parfois à un mariage subtil entre les deux mondes, alors que pendant d’autres passages, l’Asie était évoquée au loin comme une métaphore du voyage, de l’exil et de l’isolement. Mais, lorsque les violons, altos, violoncelles s’y mettaient avec la contrebasse, la flûte enchantée et les cuivres, il y avait la beauté de cette nature qui se réveillait.

I Musici est un orchestre souple et son répertoire n’est pas confiné à un genre ou à une période. On varie le choix des compositeurs et on ne se limite pas aux plus connus. Le concert Orient & Occident démarre avec Le triptyque de Botticelli signé par Ottorino Respighi. Le printemps se pointe immédiatement, avec les cordes et de petites percussions. On chemine jusqu’au son du vent et de l’eau. On ondule, on monte en crescendo, puis on redevient très calme avec piano et harpe. On enchaîne avec le Shéhérazade de Maurice Ravel, celui qui a inventé l’un des univers les plus lyriques du XXe siècle. Arrive la mezzo américaine Sasha Cooke et avec elle, des éclats de lumière jusqu’à la fin de sa prestation, même dans la douleur ou les silences. Elle chante en français, l’orchestre lui répond. Elle rayonne. Plus tard, le son d’une flûte confère des parfums mystérieux. L’Orient approche.

L’Est sera plus présent au retour de l’entracte, alors que les cordes offriront une performance éclatante de contrastes entre les glissandos de l’Est et les vibratos de l’Ouest pendant l’interprétation de la pièce-titre de la soirée, signée par Arvo Pärt. Ici, les deux mondes se pénètrent, poussés par une force universelle puissante et rassembleuse, soutenue par des lignes claires et pourtant dissonantes. On plonge dans un moment plus contemporain, avant que le calme ne revienne.

On intègre alors Chants d’un compagnon errant de Gustav Mahler. La recherche des lieux lointains est ici remplacée par la trajectoire solitaire et l’adieu. Mais cela n’empêchera pas la puissance des timbres et le caractère tragique des coups de timbales qui feront encore une fois apparaître l’éclosion de la vie. On poursuivra toutefois avec une lente finale avant la vraie finale, composée par le russe Mili Balakirev, mais présentée en version légère, sauf au début lorsque l’orchestre se déchaîne dans un tournoiement violent. Mais le romantisme teinté de kitch finit par s’imposer, et cela, très bellement. La soirée est pleinement réussie.

Orient & Occident

Ottorino Respighi : Le triptyque de Botticelli. Maurice Ravel : Shéhérazade (orch. Jean-Marie Zeitouni). Arvo Pärt : Orient & Occident pour orchestre à cordes. Gustav Mahler : Chants d’un compagnon errant (arr. Eberhard Kloke). Mili Balakirev : Islamey — Fantaisie Orientale (orch. Hugo Bégin). Ensemble I Musici. Chef : Jean-Marie Zeitouni. Mezzo-soprano : Sasha Cooke. Salle Bourgie du Musée des beaux-arts, jeudi 16 octobre 2014.