Chocolat: plonger tête première

Groupe à la réputation parfois sulfureuse mais capable de mélodies dignes des meilleurs harpons, Chocolat affiche pratiquement sur ce nouvel album son « alignement » initial.
Photo: Estelle F. Vallières Groupe à la réputation parfois sulfureuse mais capable de mélodies dignes des meilleurs harpons, Chocolat affiche pratiquement sur ce nouvel album son « alignement » initial.

Si vous aimez la stabilité, les chansons classiques et les histoires du quotidien, pas la peine de déballer Tss Tss, le dernier disque du groupe québécois Chocolat. Mais si vous aimez la spontanéité, le rock éclaté et des histoires hétéroclites construites sur une poignée de mots, la formation musicale de Jimmy Hunt serait un détour indispensable.

Endormi depuis quelques années, mis en jachère pendant que son chanteur et compositeur Jimmy Hunt faisait un bout de chemin en solo, Chocolat revient après avoir fait forte impression en 2007 avec un premier EP assez garage, puis avec l’album plutôt pop Piano élégant, lancé l’année suivante.

« Je ne voulais pas faire un disque de Chocolat sur commande, raconte Jimmy Hunt. Il fallait surtout que j’accumule des tounes qui iraient avec ce projet-là, et c’est ce qui s’est passé l’hiver dernier. »

Groupe à la réputation parfois sulfureuse mais capable de mélodies dignes des meilleurs harpons, Chocolat affiche pratiquement sur ce nouvel album Tss Tss (oui, vous pouvez essayer de le dire à voix haute) son « alignement » initial, Hunt retrouvant le bassiste Ysaël Pépin, le batteur Brian Hildebrand et le claviériste Martin Chouinard, mais recrutant son fidèle acolyte Emmanuel Éthier (Passwords, Coeur de pirate) aux guitares.

Et le résultat est aussi passionnant qu’étrange, aussi éclaté que spontané. Chocolat offre un son rock varié, passant par des sonorités psychédéliques (pinkfloydiennes ?), krautrock, classic rock même. À entendre Hunt et Éthier, rassemblés autour d’une pinte pour en parler, c’est quelque part entre Charlebois, Krafwerk et Talking Heads. C’est surtout un album d’anti-contrôle.

« J’essaie d’aller dans une zone où je ne suis pas en contrôle, mais en inconfort, où je sais pas si je maîtrise ce qui se passe, mais j’essaie de le faire, dit Jimmy Hunt. Parce que dès que je refais, ou que je me rapproche de quelque chose que j’ai déjà fait, je perds ma motivation. On est meilleur en créativité, on est meilleur quand on est en vertige un peu… On se surprend de même, on essaie des affaires qu’on ne maîtrise pas, et on est étonné de ce qui sort. »

Emmanuel Éthier, qui a des crédits de réalisation pour Tss Tss, parle même de l’idée de se mettre des bâtons dans les roues. « Et pas juste dans le processus d’enregistrement. L’idée de faire quelque chose de beau avec du laid. C’est facile d’écrire un roman pis de jouer dans la poésie. Mais faire une toune pertinente avec un seul accord répété, faire une toune avec un mot, ou même jouer lentement, c’était tough à faire, à bien faire. Et en plus, il fallait que ce soit le fun à écouter aussi ! »

Au départ, Jimmy Hunt n’avait qu’une chanson, Fantôme — celle-là même qui ne compte qu’un mot… « fantôme » —, mais l’hiver dernier, dans sa yourte installée sur la terre d’un ami en Gaspésie, il a avancé et finalisé beaucoup de maquettes.

Après, en studio, les musiciens ont joué ensemble, installés en rond, et ont donné cette tangente nerveuse aux huit chansons du disque. Parce que tout n’était pas complètement fignolé à l’avance. « Quand je faisais les tounes, j’avais un bout de ligne mélodique, un texte sur quelques accords, mais je ne voulais jamais poursuivre ça dans une formule de couplet-refrain. Dès que je sentais que j’avais un début de chanson, je laissais un long segment de “ on verra . Je les ai présentés de même aux gars. »

Le tout c’est fait assez vite. Les horaires et les désirs coïncidaient, alors Jimmy Hunt a produit lui-même le disque, payant le studio de sa poche, même si Chocolat a une étiquette de disque, Grosse Boîte. « On voulait pas perdre de temps avec les histoires de subventions, ça finit plus, pis on ne savait pas ce qu’on allait faire, deux, trois, quatre, huit tounes… On a juste commencé, pis c’était cette espèce d’urgence qui faisait que ça pouvait marcher, ce projet-là. On voulait juste agir. »

Éthier se met à rigoler en se frottant le front à deux mains. « Câlice. Plus on en parle, plus je me dis : “ c’est quoi ça ? ! Qu’est-ce qu’on a fait ?  » Rien que de la musique, de la musique sans filtre, de la musique pour le plaisir. Un plaisir contagieux.


Chocolat - Fantôme

Tss Tss

Chocolat Grosse Boîte En magasin mardi