Guillaume Beauregard, le courage de ne pas se répéter

« C’était automatique que j’allais aller vers quelque chose de plus personnel, dans une logique où je n’essaie pas d’être la voix de quatre personnes », affirme Guillaume Beauregard.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir « C’était automatique que j’allais aller vers quelque chose de plus personnel, dans une logique où je n’essaie pas d’être la voix de quatre personnes », affirme Guillaume Beauregard.

Au premier regard, le fait que le chanteur du groupe punk-rock Les Vulgaires Machins lance un album solo fait de chansons personnelles pourrait être vu comme un ramollissement, voire une abdication. Le rebelle engagé serait-il devenu sage ? Pire, devenu vieux ? C’est mal connaître Guillaume Beauregard, qui propose depuis mardi D’étoiles, de pluie et de cendres.

Beauregard est bon joueur. Il sait très bien que ce premier effort hors de son célèbre groupe intriguera ceux qui l’ont vu depuis près de 20 ans brandir le poing contre le système et plaquer des accords en rafales contre les travers de ce monde, à grands coups de chansons comme Anéantir le dogme, Le mythe de la démocratie et Aimer le mal. En solo, on le découvre dans une bulle bien ronde, un peu amère, mais très personnelle, où les titres parlent beaucoup d’amour.

Alors, M. Beauregard, on vieillit ? Il sourit. « Pour moi, c’est exactement le contraire. Vieillir, c’est répéter la même affaire. C’est arrêter de te battre et accepter quelque chose parce que c’est confortable. Pour moi, faire un album solo et me lancer dans cette démarche-là, c’est juste des risques, des dangers. »

Le chanteur et guitariste de 36 ans rigole du fait qu’on puisse même penser qu’il a choisi de prendre une voix plus « chanson » pour obtenir plus de succès, ou d’argent. « En réalité, dans cette logique-là, ç’aurait été plus simple de faire un album avec les Vulgaires, parce qu’on a un fanbase, il y a un intérêt déjà. Pour moi, faire un album solo, c’est renaître, c’est dire que je suis encore jeune et que j’ai encore le goût d’évoluer. J’ai encore le goût d’ajouter des cordes à mon arc, de rencontrer du nouveau monde et de vivre une expérience différente. »

De nouveaux sillons

Beauregard le dit d’emblée, Les Vulgaires Machins ne sont pas morts, mais plutôt en jachère. Quand il a commencé à écrire ses chansons, il y a plus d’un an, le nouveau papa avait l’impression que le groupe devait prendre un peu d’air, pour éviter de reprendre les voies maintes fois labourées. « La peur et l’adrénaline, on dirait que c’est ce qui donne du sens à ça, à faire de la musique dans la vie. Et là, on avait l’impression que si on refaisait un album des Vulgaires, ç’aurait été un peu sur le radar. On sait comment faire, et on l’aurait refait. L’approche engagée, politique, sociale, l’ironie… Moi, je sentais qu’il n’y avait rien d’autre qui allait pouvoir renouveler et apporter quelque chose de nouveau s’il n’y avait pas de détachement, s’il n’y avait pas d’autres expériences. »

Très bien, mais une fois que c’est dit, qu’est-ce qu’on fait, qu’est-ce qu’on écrit sur sa feuille de papier ? Rien qui ne fasse penser aux Vulgaires Machins, dit Beauregard, qui s’est interdit certains chemins, comme celui de la politique et du social. Ce qui restait ? « C’était automatique que j’allais aller vers quelque chose de plus personnel, dans une logique où je n’essaie pas d’être la voix de quatre personnes. »

D’étoiles, de pluie et de cendres contient donc des chansons d’amour en montagnes russes — comme le laisse indiquer le titre — où tout n’est pas rose mais où il y a quand même quelques rayons de soleil. Comme le recueil d’une mauvaise passe qui finit bien.

L’angoisse de la liberté

Mais l’écriture au « je » ne s’est pas faite comme une marche dans le parc, admet Beauregard, qui a bossé fort pour trouver le bon ton, pour ne pas franchir la fine ligne entre le touchant et le mielleux. Surtout si on garde en tête une pièce comme Une chanson acoustique, des Vulgaires Machins, où il ne mâchait pas ses mots sur les ballades romantiques. « Moi, ça m’a fait peur tout le long. Et un moment donné, tu te dis: ben, ça sera peut-être cheap pour quelqu’un, mais pour moi, ç’a du sens, une valeur. »

Au-delà du ton, c’est la solitude qui a le plus défié le chanteur au bras tatoué. Oui, il écrivait souvent les chansons de son groupe, mais il y avait toujours trois autres musiciens qui y jetaient un regard, qui donnaient leur avis, qui l’appuyaient. « Là, c’était l’angoisse de la liberté quelque part, explique Beauregard. J’aurais pu me trouver des musiciens plus rapidement et faire évoluer les tounes au fur et à mesure que j’écrivais, mais je me suis obligé à assumer ce que je faisais, à être en confiance, et à aller jusqu’au bout de mon affaire avant de la présenter à des musiciens. »

Maintenant qu’il a fait un grand virage, changeant même d’étiquette de disque, Guillaume Beauregard sera aussi plus accessible pour un public un peu plus large. Comme ce couple dans la cinquantaine qui est venu jaser longuement avec lui après son concert lors du dernier Festival de la chanson de Granby. « J’espère que ça va pouvoir être diffusé le plus possible. Ça m’intéresse de voir ce que le monde en pense. Je peux savoir à peu près comment un fan de Vulgaires Machins qui nous suit depuis le début va recevoir une toune comme Le mythe de la démocratie. On a fait le tour. Mais je ne sais pas la réaction à une pièce comme Cadeau du ciel. Et ça m’intéresse ! »


Guillaume Beauregard - Dans le décor

Moderne rétro

D’étoiles, de pluie et de cendres a été capté en groupe, une chanson par jour. « On enregistrait tout ce qu’on faisait et, à 8 heures le soir, on avait une toune qui était finie et qui s’en allait pratiquement sur l’album », dit Guillaume Beauregard. Le guitariste évoque Neil Young influencé par le folk de Nashville des années 1950-1960, Van Morrison avec son groupe plus Motown, les Beatles. « Et comme il y a des sonorités de B3, ça évoque forcément une certaine époque. Les sons de guitares, les textures, jusqu’au son de la batterie, tout a été peaufiné pour arriver à cette enveloppe sonore là, qui est très moderne selon moi par rapport aux compositions. » Et Beauregard ne voulait pas un album « indie », ou strictement folk. « Ultimement, on avait envie de faire un album entre adultes, qui allait être de la bonne musique. »
1 commentaire
  • Jean Guy Nadeau - Abonné 19 octobre 2014 12 h 13

    Un album plein de vie

    Bravo Guillaume, c'est un très bel album. Parfois dur, toujours avec une ouverture, un avenir... que je te souhaite rayonnant. Quand à Cadeau du ciel, pas de problème. On sent partout la vérité du propos, son authenticité. À ce titre, c'est bien dans la veine des Vulgaires même si le spot light est tourné dans une autre direction. Tiens, c'est comme si tu était entré dans "la télé [qui] me regarde" et avais décrit ce que tu vois alors. Oui, c'était risqué. On te sent pas pantoute dans un cercueil de cuir". Y a plein de vie dans cet album. Merci.