La musique à Walter

La Salle Pierre-Mercure était très remplie d’un public jeune et concentré pour ce concert gratuit d’ouverture de la saison 2014-2015. L’accueil n’a toutefois pas été délirant.

J’allais écrire que Walter Boudreau avait décidément de la suite dans les idées, en nous faisant entendre une musique encore une fois sous perpétuelle tension, ressemblant fort à celle entendue il y a six mois pour le 25e anniversaire du NEM (tu parles d’un cadeau empoisonné !), quand je me suis rendu compte, au moment d’écrire, qu’il s’agissait de la même oeuvre…

Voilà donc que Solaris a été joué par les deux grands ensembles de la musique contemporaine québécoise en moins de six mois. La musique à Walter mérite-t-elle donc tant d’honneur ? Ma seconde impression fut encore pire que la première : ce matraquage cosmique séquentiel est quasiment insupportable et les jeux de lumière n’y ajoutent rien.

Peut être que la projection des titres des 23 chapitres au moment où on les entend aurait été plus utile d’autant que, pour sa défense, le compositeur nous confiait, en mai : « C’est une oeuvre d’exécution “exigeante” qui, à l’instar des musiques de Charles Ives par exemple, est constituée(très souvent) de diverses strates superposées et dont le délicat équilibre repose sur une connaissance approfondie de la nature et de l’importance relative de chacune d’entre elles. » Boudreau espérait que « des exécutions subséquentes contribueraient à en découper et préciser davantage les multiples profils ». Cela n’a pas été le cas et on n’est pas près d’en redemander… Vraiment pas.

Inutile que préciser qu’en la circonstance City Life, de Steve Reich, a volé la vedette. La juxtaposition acoustique-électronique relaie très bien la fièvre new-yorkaise et, près de vingt ans après, l’oeuvre n’apparaît pas datée. Mieux encore, le film de Jérôme Bosc projeté vendredi amplifie le propos avec une découpe nerveuse mais parfaite, relayant l’électronique, et nombre d’effets visuels (chromatisme, inversions positif-négatif) d’un esthétisme très en rapport avec l’oeuvre, contrairement à d’autres films fadasses, réalisés sur la même musique et que l’on peut voir sur Internet.

D’autres expériences réussies de ce genre amèneront un nouveau public à la musique contemporaine.

City Life

Alain Thibault : God’s Greatest Gift (1985). Walter Boudreau : Solaris (2014). Steve Reich ; City Life (1995 ; avec une vidéo de Jérôme Bosc, 2011). Ensemble de la SMCQ, Walter Boudreau. Salle Pierre-Mercure, vendredi 26 septembre 2014.

4 commentaires
  • Louis-Marie Papineau-Leroy - Inscrit 29 septembre 2014 02 h 09

    La SMCW + !

    C'est pas trop tôt, M.Huss ! Après les cloches, les camions de pompier, les cellulaires, il serait peut-être temps de réaliser l'hégémonie insipide qu'opère le monsieur ! Il vous a bien eu vous aussi, toute ces années. Remarquez, ce n'est pas un blâme, il y a tout un comité artistique qui se met bien à plat ventre avant vous !
    Et puis surtout, qui aura donc la franchise de le dire une fois pour toute: le monsieur dirige un orchestre comme une machine à coudre. Musicalement, c'est 4 ou 5 degrés Kelvin maximum. Oui oui, avec Raoul et consort, le bandeau autour de la tête, le houblon pis la fumée partout c'était "cool man ! ". Mais là, s'il est question de faire de la musique de répertoire, come on, il n'a juste pas ce qu'il faut pour ça !
    Je ne connais personne qui puisse être indifférent à Boulez ou à Vaillancourt lorsqu'ils interprètent quelque chose. Ils font de la musique, ils en sont capables, même avec des oeuvres moyennes. En assistant à leur concert, on est au moins assuré de ça ! À la SMCW, on BAT LA MESURE mon gars, jacket and red shoes on, rock it baby !

    D'autre part, les "expériences" vidéo-musique ne sont ABSOLUMENT pas une solution pour "amener un nouveau public à la musique contemporaine". Pourquoi pas distribuer des sucettes aussi...une belle initiative à partir de laquelle on pourrait aussi renommer la SMCW en ajoutant le fameux "+" !! Concentrez-vous plutôt sur vos oreilles et invitez vos lecteurs (?) à aller faire de même dans le très riche univers de la musique contemporaine.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 29 septembre 2014 10 h 12

    La musique de l’avenir a-t-elle un avenir ?

    De nos jours, on n’entend qu’une minuscule partie de la musique d’autrefois. Des centaines de compositeurs respectés et connus dans le domaine seigneurial où ils exerçaient, ont sombré dans l’oubli, parfois injustement, souvent avec raison. C’est ce qui attend de nombreux compositeurs d’aujourd’hui.

    Dans deux siècles, s’intéressera-t-on davantage aux lieders de Lennon-McCartney ou aux œuvres qui, à leur époque, n’ont presque jamais intéressé personne et dont chaque écoute subséquente impatiente au point de donner envie de commettre l’irréparable.

    • Charles-Antoine Fréchette - Inscrit 29 septembre 2014 22 h 35

      SVP, monsieur Martel.
      Ne confondez pas tout. Certaines chansons populaires vont rester, d'autres vont être oubliées. Pourquoi toujours mélanger le folklore et la musique savante? Il y a de la place pour «V'la l'bon vent» ou «À la claire fontaine», ou Félix, Loco Locass, et Chloé Sainte-Marie, tout comme pour le travail avant-gardiste des compositeurs.
      Et puis, ça ne tient pas ce que vous dites:
      Schubert est mort à trente-et-un ans dans la pauvreté et l'isolement les plus absolus, totalement incompris, alors qu'on était loin de prêter à Bach de son vivant la profondeur et le génie que les générations subséquentes vont lui accorder. Le Don Giovanni de Mozart n'a pas du tout été compris à Vienne. Mais évidemment, j'imagine que si vous y aviez été, vous auriez sans doute décelé le chef-d'oeuvre. ; )
      Mahler aussi n'a pas vraiment été apprécié comme compositeur de son vivant, même sa femme Alma ne comprenait pas sa musique au début de leur mariage.
      Ce que ça nous dit: ça prend du temps pour digérer la nouveauté, l'inconnu et ce qui nous déstabilise.
      Est-ce à dire que toute la musique contemporaine est géniale? non...
      Mais encore faut-il sortir de ses ornières...

      Pour ne donner qu'un exemple, vous avez tout à fait le droit de ne pas aimer un Schönberg par exemple... reste qu'avec Varèse, Berg et Webern, difficile de faire mieux en matière d'expressionisme en musique - je parle du courant artistique, bien entendu, et de l'époque de l'entre-deux-guerre.

      La musique contemporaine, c'est comme l'art contemporain et l'architecture d'aujourd'hui: il y a une multitude de courants et d'écoles
      de pensée différentes. Peut-être que vous n'avez pas encore fait la rencontre avec votre coup de coeur, celui qui vous ouvrira d'autres perspectives, creusera de nouvelles pistes pour encore aller plus loin, vers de nouveaux territoires?
      Quel dommage de s'arrêter en chemin, de se couper de ce cheminement infini...

  • bertrand simon - Inscrit 29 septembre 2014 14 h 50

    La critique à Huss

    En réponse à la critique un tantinet paresseuse et plutôt nonchalante de Christophe Huss parue ce matin (" La musique à Walter"), je reprendrai sa propre "argumentation" en me demandant, a mon tour, si ce genre de critiques dépourvues de nuances ''méritent'' d'être publiés . M. Huss ne fait pas son devoir (sic) de critique en soulignant autant les aspects positifs et négatifs d'une œuvre, tel que savent pourtant le faire les bons critiques de cinéma, il se contente de tout rejeter d'un seul revers de la main, sans donner de détails spécifique en parlant simplement de "matraquage cosmique séquentiel'' (???) et présente ENCORE la création d'ci comme un fardeau face a la création d'ailleurs. Voilà en effet des années que ce critique ne cesse de sous-entendre à mots à peine voilés son apriori négatif sur la création d'ici, tout en criant au génie pour tout ce qui vient d'ailleurs (Et surtout d'Europe!) en musique contemporaine. Et lorsque miraculeusement (ou mystérieusement) il reconnaît la valeur du travail d'un compositeur québécois, alors il le fait mais s'empresse de souligner bien sûr aussi tout les défauts du travail de celui-ci. Très bien alors, pourquoi ne pas faire le processus inverse lorsque l'œuvre ne lui plait pas? Est-ce a dire que M. Huss n'a donc rien entendu de valable qui méritait d'être souligné au sujet de cette ambitieuse œuvre de Walter Boudreau ? Celle-ci n'aurait-elle pas ''merité'' que le critique prenne un plus de temps sur cette critique qui reste complètement en surface des choses ?
    Cette critique m'apparaît donc mal argumentée, incomplète, et manque complètement de nuances. Retournez à vos devoirs, cher monsieur; Vous avez déjà pourtant fait mieux. Si vous avez la prétention de pouvoir déterminer la valeur des nouvelles œuvres musicales québécoises, faites le avec un peu plus de sérieux, et de nuance.

    Simon Bertrand, compositeur
    PS: @ ''Louis-Marie Papineau-Leroy'' Votre commentaire sent la mauvaise foi et le reglement de compte à plein nez...Pas très subtil.