Trois âmes fortes et une muse

Richard Desjardins, Alexandre Éthier et Alexandre Da Costa (absent de la photo) se sont unis pour rendre hommage au poète espagnol Federico García Lorca.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Richard Desjardins, Alexandre Éthier et Alexandre Da Costa (absent de la photo) se sont unis pour rendre hommage au poète espagnol Federico García Lorca.

Poète au destin tragique, Federico García Lorca a incarné l’Espagne du début du XXe siècle et laissé une oeuvre majeure, dont plusieurs fragments furent repris par les Leonard Cohen, Jean Ferrat, Paco Ibáñez et plusieurs autres. Aujourd’hui, trois âmes fortes lui rendent hommage : Richard Desjardins porte les mots, alors que le violoniste Alexandre Da Costa et le guitariste Alexandre Éthier créent l’environnement sonore à partir des oeuvres de plusieurs compositeurs espagnols, dont Albéniz, Sanz, de Sarasate et Manuel de Falla, qui fut un proche de Garcia Lorca. Le soleil d’Espagne sera tumultueux ce jeudi à l’Outremont.

L’idée vient d’Alexandre Da Costa qui a vécu en Espagne pendant quatorze ans et qui est en quelque sorte devenu un ambassadeur culturel du pays : « Je voulais faire un concert qui allait vraiment mettre en valeur toute cette musique parce qu’on la connaît très mal, tant en classique qu’en flamenco. On a fait un concert littéraire à Londres autour de García Lorca, un poète qui a vécu dans un moment très tendu et très représentatif de ce qui est l’Espagne et sa culture. Ç’a été un grand succès, et là, je me suis dit qu’il fallait qu’on amène ça au Québec ».

Il en parle alors à son grand complice Alexandre Éthier, qui, à son tour, lui recommande Richard Desjardins, pour son charisme, et qui en plus, parle espagnol. Desjardins embarque dans le projet : « Mais, comme il ne fait rien à moitié, il a réécrit les textes », explique le violoniste virtuose. Le chansonnier documentariste donne sa version : « Ils m’ont dit que tout ce que j’avais à faire était d’arriver sur le “stage” et de faire la narration. C’était l’année passée. J’ai dit oui, mais finalement, quand le texte traduit m’est arrivé, c’était pas adapté pour le public québécois. J’ai commencé une narration à ma manière à moi. »

Desjardins et García Lorca, deux êtres de liberté que le destin a fini par réunir. Et pourtant : « García Lorca, je le connaissais, mais pas plus que ça », admet le Québécois. « Au début, c’était supposé être les chansons de Lorca. J’ai écouté les chansons, mais je trouvais que la densité littéraire dans ses chansons n’avait aucune commune mesure avec sa poésie qui est beaucoup plus intense. Fait qu’on a changé la direction. » Desjardins finira par lire la poésie de García Lorca et remettre les textes dans leur contexte : « On suit vraiment l’histoire de l’Espagne et la trame est chronologique. On part même de très loin, de la poésie arabe du XIIe siècle et on remonte jusqu’à aujourd’hui ».

De son côté, Alexandre Éthier, le guitariste, retrouve dans ce projet un pays qu’il a déjà abordé avec son ensemble Forestare sur le disque Arauco : « C’était un conte musical inspiré par l’histoire de l’invasion du Chili par les conquistadors espagnols. Quand tu joues de la guitare classique, tu passes nécessairement par la guitare espagnole. En fait, il y a comme deux grandes écoles de guitare : celle de l’Amérique du Sud et celle de l’Europe, qui est dominée par l’Espagne. »

À la fois concert littéraire, conte tragique ou conférence musicale, Soleil d’Espagne – Vies et poésies de Lorca est en tournée au Québec jusqu’au 4 octobre. Lors de la dernière soirée, il sera intégré à l’événement Viva Lorca à l’Arsenal qui offrira aussi un échange avec Desjardins sur Garcia Lorca, un cocktail apéritif au cava, un concert de flamenco avec l’excellente Caroline Planté, un repas espagnol et une fin de soirée inspirée de l’Espagne des années vingt : « Une soirée extravaganza d’Espagne », résume Da Costa.

Soleil d’Espagne – Vies et poésies de Lorca

Au Théâtre Outremont, jeudi 18 septembre à 20 h, en tournée au Québec jusqu’au 4 octobre «Viva Lorca» à l’Arsenal, samedi 4 octobre à 18 h