Michel Robichaud couronné à Granby

Photo: Bertrand Duhame

Dans un Granby gris et sous la pluie, la 46e édition du Festival international de la chanson a pris fin samedi soir avec la grande finale de son volet concours. C’est l’auteur-compositeur-interprète Michel Robichaud qui est reparti avec les grands lauriers et une bourse de 40 000 $.

Robichaud poursuit une année ponctuée de réussites, lui qui s’est aussi démarqué dans plusieurs concours et festivals, dont à Petite-Vallée. Surpris mais ému, le guitariste a lâché un « j’peux tu dire tabarnak? », avant de remercier la communauté de la ville et ses passionnés de musique. Comme autres prix, il a aussi reçu des invitations au Festival de Tadoussac et à la Francofête en Acadie.

En tout ils étaient cinq artistes à monter sur la scène du Palace, jolie salle à l’enseigne en néon bleu et rose, installée sur la rue Principale. Pour cette finale, animée par Marina Orsini, c’est le groupe Soucy qui a commencé le bal, avec son pop-rock théâtral, tissé comme une comédie musicale. Le chanteur, qui donne son nom au groupe, avait des allures de Freddy Mercury, avec son pantalon rouge à brillant en spandex et son manteau court de poil blanc. Arrivé déguisé en grosse chenille de fibre optique, puis assis sur son trône, il a mené une prestation bien ficelée, éclatée, qui faisait penser au travail de Viollett Pi. Le résultat reste obtus, surtout en trois chansons. 

Approche folk

Michel Robichaud suivait. Son approche est folk, et il se présente devant la foule avec sa guitare, jouée simplement. Mais le groupe maison derrière lui donne un bon coup de pouce, menant ses chansons dans un univers quasi cajun (avec le violon ainsi que l’harmonica, joué par Rick Haworth), ou velouté. Sur son troisième titre, avec son ton récité chanté, Robichaud avait quelque chose de Martin Léon ou des Colocs — dans les titres les plus tristes. Robichaud a beaucoup d’esprit, et une très bonne présence sur scène. Il a du talent pour décrire l’anecdotique, et avec un peu plus de frisson et de concision, ç’aurait été encore mieux, quoiqu’en ait dit le jury composé d’environ une centaine de membres de l’industrie musicale.

Autre nom, autre ton. Avec la Winnipégoise d’origine ivoirienne Kelly Bado, la soirée a pris un virage un peu mièvre, avec une chanson soul sans grand tonus. Bado, dans un flamboyant ensemble jaune soleil, a montré des qualités vocales intéressantes, mais trop souvent elle a poussé la note à des endroits inutiles, pour l’esbroufe peut-être, ou par maladresse. Rien de bien méchant, mais rien de bien enivrant. De la chanson world gentille qui trouverait à la limite son chemin à Ici Musique. 

Présence magnétique

Le jeune Émile Bilodeau a rapidement fait table rase de la performance de Bado avec ses blagues et sa présence magnétique. Seul avec son harmonica et sa guitare blues martelée du pouce, Bilodeau avait des allures de Bernard Adamus sans dreads, débitant à grande vitesse ses textes comiques, racontant le quotidien et les préoccupations de ce jeune adulte d’à peine 18 ans. Clins d’oeil à Félix, à l’indépendance, mais aussi au hockey, aux devoirs, aux leçons et aux filles du secondaire… voyez le ton. En même temps, c’est fait fichtrement bien et on oublie vite les faiblesses de l’univers pour en apprécier les grandes forces. Un p’tit maudit qui s’est sauvé avec de nombreux prix secondaires, dont celui du ROSEQ et du Festival d’été de Québec. 

C’est Antoine Lachance, membre de la formation On a créé un monstre, qui a clôturé la soirée musicale rondement menée. Le musicien était le premier de la soirée avec une guitare électrique en main et il a livré un rock personnel à tendance atmosphérique, qui faisait penser au travail d’Alexandre Désilets. Lachance a de bonnes lignes mélodiques, un joli grain de voix, et quelques lignes de textes pas mal du tout, entre autres sur son métier. Le sillon musical est bien creusé, mais il n’est pas le premier à y mettre la roue, loin de là. Quand même, il ira défendre ses chansons à Astaffort, fief de Francis Cabrel.

Un premier déficit en quatre ans

Côté financier, le festival a connu une année plus difficile, la pluie et le froid ayant grevé le nombre des mélomanes venus voir les artistes sous les chapiteaux et dans les bars de la ville. Selon Pierre Fortier, directeur du festival, les ventes sur le site ont chuté de moitié, ce qui mènera l’événement à un premier déficit en quatre ans. « Mais notre bas de laine est bien garni, on n’est pas du tout en péril », a-t-il rassuré. 

Cette année, le festival a entre autres accueilli Les trois accords, Salomé Leclerc, Canailles, Alex Nevsky, David Marin et Dead Obies. En tout, plus de 100 000 $ ont été remis en prix et bourses.