Nomadic Massive, les griots des temps modernes

Avec ses complices, le groupe retracera des pans de son histoire en remontant à Nomad’s Land, lancé en 2006, et offrira des pièces de son futur album. 
Photo: Patryk Antoniewicz Avec ses complices, le groupe retracera des pans de son histoire en remontant à Nomad’s Land, lancé en 2006, et offrira des pièces de son futur album. 

Ils sont de Montréal, viennent de partout et sont devenus les pionniers d’un nouveau monde. Lorsqu’ils ont commencé, ils ont intégré dans leur hip-hop les langues et les racines qui les représentaient. Puis, ils les ont mélangées, ont créé là-dessus des paroles conscientes. Ce samedi, les membres de Nomadic Massive célèbrent leur dixième anniversaire au Belmont avec plusieurs invités, dont DJ Static et Sayen, qui étaient avec eux à leur début, de même qu’une section de cuivres, en plus de DJ Scott C et Andy Williams, les animateurs des soirées The Goods.

 

Avec ses complices, le groupe retracera des pans de son histoire, remontera jusqu’à Nomad’s Land, le disque lancé en 2006, et offrira aussi des nouvelles pièces de son album à paraître d’ici le début de 2015. « On est dans une phase où les membres qui font de la musique plus produite électroniquement amènent beaucoup d’idées. Donc, le prochain CD sera peut-être plus électro que les précédents »,affirme Diegal Leger, dit Rawgged MC, bassiste et vocaliste de la formation.

 

Nomadic Massive rappe et chante en anglais, en français, en créole, en espagnol, en arabe, et maintenant un peu en portugais. À son actif, deux albums et deux minis : le Supafam Mixtape de 2012 et Any Sound, paru l’an dernier sous la forme d’une émission de radio. On commence en reggae, puis des cuivres accompagnent discrètement le rap. On change souvent de langue, les voix alternent et se superposent. On lorgne vers l’afro-funk et la soul urbaine, on cultive aussi l’esprit old school en plongeant vers New York. Sur d’autres productions du groupe, on entendra des samples de vieille musique cubaine, de la guitare acoustique latine, du rara haïtien et du blues.

 

Pour Nomadic, c’est le hip-hop ouvert sur le monde. Ont-ils été les premiers à Montréal à faire cela ? « C’est sûr que ce n’était pas si courant, mais dans le fond qu’est-ce que c’est ? C’est le son de notre génération issue de l’immigration. Je ne pense pas qu’on a été les premiers. Les gens s’appropriaient le hip-hop américain, mais la trame pouvait être issue de leur tradition à eux et les paroles étaient dans leur langue à eux. C’est ce courant plus large qu’on a épousé », répond Diegal Leger.

 

Ils avaient des affinités avec des artistes comme Tumi and the Volume d’Afrique du Sud, Obsession et Doble Filo de Cuba ou Emcida du Brésil. Ils ont adapté leur hip-hop à leur réalité. Vox Sambou vient d’Haïti et rappe souvent en créole. Butta Beats, qui est originaire d’Argentine, intègre l’espagnol, et Meryem utilise l’algérien. Quant à Lou Piensa, il passe du français, à l’anglais, à l’espagnol et maintenant au portugais. Au final, le son de Nomadic Massive est unique, pluriel, nomade. En tout, huit artistes, dont trois musiciens et au moins cinq vocalistes. Du lot, Diegal, Vox Sambou, Lou Piensa, Waahli, Ali Sepu et Butta Beats y sont depuis le début, d’où la cohérence. Vers 2005, Meryem et Nantali Indongo sont arrivées et ont renforcé la présence féminine dans les créations.

 

Ensemble, ils écrivent des messages engagés, et chez eux, le MC est dépositaire d’une mission que Diegal résume : « Dans notre conception du hip-hop, il est le descendant du griot de l’Afrique de l’Ouest. Il raconte l’histoire de sa communauté et les situations sur lesquelles on devrait s’attarder. » Mais cela n’enlève rien à l’énergie débordante sur scène.

 

Au Belmont, ce samedi à 22 h. Renseignements : 514 845-8443, www.lebelmont.com.