Magnifique, mais…

Interprétés par des humains, les personnages, animaux de la savane, sont brillamment esquissés au moyen de masques et d’étoffes assorties.
Photo: Evenko Interprétés par des humains, les personnages, animaux de la savane, sont brillamment esquissés au moyen de masques et d’étoffes assorties.

Jusqu’à ce que Frozen le détrône l’an dernier, Le roi Lion détenait le record enviable du long métrage d’animation le plus payant de l’histoire du cinéma. Commandée il y a plus de quinze ans par Disney dans la foulée du succès de son film, la version scénique créée sur Broadway par Julie Taymor n’a rien à envier à sa contrepartie cinématographique, ayant franchi le cap du milliard de recettes depuis belle lurette. C’est dire que le spectacle en question est populaire — à preuve ce retour à la Place des Arts après une absence d’à peine trois ans. Ironie du sort, il y est justement question d’usurpation de trône…

 

Shakespearien dans ses motifs, Le roi Lion emprunte en effet ouvertement à Hamlet. On y suit les tribulations de Simba, lionceau désobéissant mais courageux qui est amené à croire par son oncle fourbe qu’il a causé la mort de son père, le roi Mufasa. Exilé, Simba revient, à présent lion adulte, venger son père et réclamer sa couronne. Le tout en chansons, gracieuseté de Sir Elton John.

 

Éminemment populaire, la trame musicale du film a été imprégnée de rythmes africains seyant parfaitement au contexte. Si l’on fredonne d’instinct les tubes Can You Feel the Love Tonight et Circle of Life, il n’en reste toutefois pas moins que les véritables vedettes ici sont la mise en scène, la scénographie et les costumes, dans l’ordre.

 

À l’époque, en intégrant des influences asiatiques à son approche (marionnettes, ombres chinoises), Julie Taymor frappa un grand coup, proposant un mélange détonant, mais absolument magnifique. Évoqués par un simple changement d’éclairage, une perspective forcée ou une découverte minimaliste placée à l’arrière-scène, les tableaux d’une beauté saisissante se succèdent, entre savane et désert, à toute heure du jour ou de la nuit. Pour l’anecdote, la metteure en scène s’est également illustrée au cinéma, encore une fois en adaptant Shakespeare, d’abord avec le remarquable Titus, avec Anthony Hopkins et Jessica Lange, en 1999, puis avec une inégale mais intéressante Tempête, avec Helen Mirren, en 2010, lesquels témoignent de la même maestria formelle.

 

Entre superbe et fadeur

 

Interprétés par des humains, il va sans dire, les animaux sont esquissés, brillamment, au moyen de masques et d’étoffes assorties. Du lot, le vil oncle Scar se démarque nettement. Patrick R. Brown confère au personnage la superbe requise, mais aussi un côté blasé absolument irrésistible. Face à un tel méchant, le gentil Simba fait pâle figure, surtout dans son incarnation juvénile (le jeune acteur ne tient pas toujours bien la note). Vite expédié dans l’au-delà, le noble Mufasa, défendu par L. Steven Taylor, possède davantage de coffre.

 

À plus de deux heures et demie, qu’il soit dit que le spectacle accuse quelques longueurs. Le numéro I Just Can’t Wait To Be King, par exemple, pourrait être retiré, comme le fut d’ailleurs The Morning Report, en 2012. Cela étant, la proposition demeure visuellement splendide et, dans l’ensemble, assez distrayante, pour peu que les plus vieux soient préparés à faire parfois patienter les plus jeunes.