Le Mozart ravageur de Jean-François Rivest

Le chef d'orchestre Jean-François Rivest
Photo: Source Domaine Forget Le chef d'orchestre Jean-François Rivest

Jean-François Rivest a eu l’excellente idée, avant de diriger le même programme dimanche à Magog, de venir présenter à Montréal l’un des concerts importants du Festival Orford 2014, celui proposant le Requiem de Mozart dans la reconstitution de Robert Levin, une version dont, comme Bernard Labadie, il est un fervent partisan.

 

Il y avait au moins deux autres incitatifs à notre présence, puisque Rivest proposait aussi la 2e Symphonie de Brahms une semaine après celle de Paavo Järvi et que ce rendez-vous nous permettait de juger du niveau de l’Orchestre de l’Académie Orford (OAO), juste après avoir entendu l’Orchestre de la francophonie et l’Orchestre national des jeunes du Canada (ONJC).

 

Sur ce dernier point, l’ONJC, très brillant lors de son concert lundi dernier à Notre-Dame, est au-dessus du lot. L’OAO, millésime 2014, est une formation honorable et vaillante, mais pas exceptionnelle : les ensembles mettant en oeuvre deux flûtes et deux hautbois dans Brahms étaient souvent tendus du point de vue de l’intonation, tout comme le trio de violoncelles dans le Requiem. Mais Jean-Franços Rivest possède cette précieuse qualité de galvaniseur hors pair, tout à fait patente dans un Brahms qui s’améliorait au fur et à mesure. Toutes proportions gardées, eu égard au gouffre de niveau entre les deux orchestres, Rivest est moins intrusif que Järvi dans cette oeuvre et bouscule moins son équilibre structurel. Les dynamiques du 1er mouvement ont sans doute été mieux en place à Magog, dimanche, que dans la sèche acoustique de Pierre-Mercure, mais le 2e mouvement ne trouve pas sa pulsation.

 

Le moment attendu était évidemment le Requiem de Mozart. Jean-François Rivest m’a vraiment convaincu de l’intérêt de la version Levin. Dans les parties non composées par Mozart, la finesse de l’orchestration, l’importance de la clarinette, la révision du Sanctus-Benedictus, la qualité des fugues sont supérieures aux reconstitutions antérieures.

 

Jean-François Rivest est un mozartien passionné. Outre le choix de la partition et la pulsation idéale de l’Hostias, la seule scansion orchestrale des Dies irae, Rex tremendae et, surtout, Confutatis valait le détour. Le choeur des Petits Chanteurs de Laval est inégal du fait qu’à ce jeune âge les voix de ténors ne sont pas bien caractérisées. Ce pupitre, sans couleur ni volume, aurait dû être discrètement renforcé. Par contre, la fraîcheur des aigus des sopranos faisait plaisir à entendre. Dans l’excellente qualité de préparation, deux minimes détails m’ont froissé les oreilles : la propension à chanter Rêêquiem ou, Jêsu et la scansion sautillante, pas assez tenuto, de « Qua resurget… » dans le Lacrimosa.

 

Côté solistes ; quatre jeunes voix québécoises. La plus lyrique est Samantha Louis-Jean, qui devra faire attention à ne pas accentuer davantage son vibrato. Parmi les trois autres, parfaitement assortis et sobres, nous avons eu une petite inquiétude en entendant, dans le Mors stupebit, un voile sur la voix de l’excellent Jean-Philippe Fortier-Lazure. Cela s’est placé par la suite.

LE REQUIEM DE MOZART

Brahms : Symphonie n° 2. Mozart : Requiem (version Robert Levin). Samantha Louis-Jean (soprano), Maude Brunet (mezzo), Jean-Philippe Fortier-Lazure (ténor), Julien Horbatuk (baryton), Les Petits Chanteurs de Laval, Orchestre de l’Académie Orford, Jean-François Rivest. Salle Pierre-Mercure, samedi 9 août 2014.

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