L’univers musical du pianiste Christian Blackshaw

Homme modeste, le pianiste Christian Blackshaw est mû par une force intérieure le conduisant à partager la musique avec le public.
Photo: Véronique Boisvert Homme modeste, le pianiste Christian Blackshaw est mû par une force intérieure le conduisant à partager la musique avec le public.

Samedi 26 juillet, le pianiste anglais Christian Blackshaw donnera au Centre d’arts Orford son premier concert au Canada, à l’âge de 65 ans. Au programme : des sonates de Mozart.

 

Christian Blackshaw devrait faire salle comble à Orford puisqu’il restait jeudi à peine une trentaine de billets à vendre. C’est une belle prouesse pour un artiste dont personne ne connaissait le nom ici il y a seulement un an. Plus que d’autres encore, nous sommes impatients dans l’espérance de vivre en direct l’intensité de l’expérience rare et précieuse qu’il nous a donnée dans un album Mozart hors du commun, paru chez Wigmore Hall.

 

Ces disques avaient incité Le Devoir à faire son portrait en novembre dernier, portrait et disque qui ont conduit Jean-François Rivest à décrocher son téléphone pour le faire venir au Québec !

 

Les modèles

 

Nous avions brossé le portrait de cet homme modeste, de ce timide mû par une force intérieure le conduisant à partager la musique avec le public. Pas toute la musique, mais un répertoire restreint d’oeuvres pour fins esprits : Mozart, Schubert, quelques Beethoven et quelques Schumann.

 

Nous avons voulu, cette fois, en connaître davantage sur l’univers musical de Christian Blackshaw ; ses rencontres, ses modèles, ses écoutes…

 

« Les personnes qui nous ont influencés, pourquoi sont-elles entrées dans notre esprit ? C’est une réaction presque chimique, inexplicable », s’étonne Christian Blackshaw, interrogé par Le Devoir à son retour du festival Les Nuits blanches de Saint-Pétersbourg, où il venait de donner un récital Schumann. « Clifford Curzon a été dès mon jeune âge une telle figure. Il a légué de grands disques chez Decca… et pourtant il n’aimait pas l’enregistrement ! En fait, il n’aimait pas cette idée, véhiculée par l’enregistrement, qu’il puisse exister une “ vision définitive ” sur une oeuvre. Lorsque, très jeune, je l’entendais à la radio, sa musique me parlait. Ne me demandez pas pourquoi ! Lorsque j’ai eu le privilège de le rencontrer et de le côtoyer, j’ai découvert un homme doux, nerveux, sérieux mais très drôle. Travailler le 4e concerto de Beethoven avec lui et voir ses mains toucher le clavier tenait d’une sorte de magie. »

 

Curzon avait lui-même étudié avec Artur Schnabel et Wanda Landowska, « dont il a hérité des valeurs importantes, par exemple le son et le timing de Schnabel ». Mais Curzon avait aussi travaillé avec Nadia Boulanger, qui lui avait inculqué la conscience de la forme musicale. « Après mes études en Russie, je suis revenu à Londres, à l’âge de 23 ou 24 ans, et j’ai été appelé à jouer le Concerto K. 595 de Mozart pour Nadia Boulanger. Elle m’a dit : “ pensez à la musique sans barres de mesure ”. » Christian Blackshaw n’a pas forcément intégré cette maxime à ce moment-là, mais il se souvient de l’empreinte et se trouve très chanceux d’avoir rencontré ceux qu’il appelle ses « héros ».

 

Dans son salon

 

Christian Blackshaw n’est pas pendu à sa chaîne haute-fidélité. Comment le serait-on quand on travaille son piano dix heures par jour ? « J’aime écouter certains chanteurs, car je peux apprendre des choses en matière de respiration et dans la manière de donner vie à une phrase. » Christian Blackshaw oeuvre également comme accompagnateur de la chanteuse Alice Coote, dont il admire la manière de faire vivre les mots. Au disque, « Gundula Janowitz, Irmgard Seefried, le géant Dietrich Fischer-Dieskau, Janet Baker, Kathleen Ferrier. Mais vous pouvez apprendre de tout. Vous pouvez regarder une fleur dans la nature et apprendre quelque chose. » Dans son île déserte, il y a les opéras de Mozart sur des livrets de Da Ponte, « car ils peuvent se refléter dans le monde des sonates, qui est si souvent opératique. De toute manière, toute la musique de Mozart est très vocale », constate-t-il.

 

Jardin secret plus surprenant : « J’aime aussi la musique de Bruckner, il est très inspirant, par sa modestie, par sa foi, comme s’il disait ses prières en musique ! »

 

Après l’été paraîtra le second volume des sonates de Mozart sur l’étiquette du Wigmore Hall, puis un disque Schumann avec Alice Coote dans Frauenliebe und -Leben et Dichterliebe.

Blackshaw le plus grand mozartien

Christian Blackshaw au piano. Mozart : Sonates nos 10, 12, 14 et 17 (K. 330, 332, 457 et 570). Au Festival d’Orford, samedi 26 juillet à 20 h. Billets : 819 843-3981, poste 232

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