Le meilleur quatuor à cordes du Canada?

Au lendemain de son fabuleux récital Schubert, Marc-André Hamelin était associé au Nouveau Quatuor Orford dans le fameux Quintette de Schumann. Le pianiste, qui a enregistré cette oeuvre avec l’un des meilleurs quatuors du monde, les Takács, a établi une très efficace communication et une vraie complicité avec Jonathan Crow, Andrew Wan, Eric Nowlin et Brian Manker.

 

Comme dans Schubert, la veille, la manière d’inscrire imperturbablement la musique dans le temps fut une qualité majeure de la marche (2e mouvement) de l’Opus 44 de Schumann. Les mouvements 3 et 4, tout comme le rappel, le 3e mouvement du Quintette de Chostakovitch, ont été abordés avec beaucoup de tranchant et une précision au scalpel.

 

Mais c’est vraiment au quatuor qu’il faut adresser les compliments les plus sentis. La formation, composée à parité de deux musiciens importants du Symphonique de Montréal et du Symphonique de Toronto, se nourrit d’une qualité instrumentale individuelle de haut vol. Après cinq années de maturation, les « réflexes de quatuor » semblent très naturels. L’un des bijoux de cette entente fut le passage quasi imperceptible entre Crow et Manker de la voix principale dans le 2e thème du second mouvement de Schumann.

 

Jean-François Rivest a présenté le Nouveau Quatuor Orford comme le meilleur quatuor canadien, ce qui le ferait devancer les Alcan (ce qui paraît évident), les Cecilia (d’accord…), mais aussi le St. Lawrence String Quartet. Ce dernier est plus renommé sur le plan international, mais, c’est vrai, Wan et Crow sont tous les deux nettement supérieurs à Geoff Nuttall, premier violon du St. Lawrence. Et lorsqu’on entend, dans le Quatuor K. 421 de Mozart, la manière dont la musique coule et circule entre les instruments, avec une vraie égalité entre eux, on se dit que les Nouveaux Orford filent un excellent coton et méritent ce titre.

 

Entre Mozart et Schumann, Tim Brady a présenté avec humour son Quatuor à cordes no 2 fort astucieux, en sept sections facilement identifiables, une oeuvre, souvent héritière du minimalisme américain, jamais écrite contre les instruments.

 

Un dernier mot sur les concerts eux-mêmes, que Jean-François Rivest, dans un souci de rapprocher l’académie et le festival, fait commencer par l’exécution d’une brève oeuvre par un étudiant. L’initiative est intéressante, mais cette formule brise l’équilibre des programmes et, vendredi comme samedi, en a sérieusement plombé le début.

Nouveau Quatuor Orford

Mozart : Quatuor K. 421. Brady : Journal (Quatuor à cordes n° 2 en sept sections enchaînées, création mondiale). Schumann : Quintette pour piano et cordes, op. 44. Marc-André Hamelin (piano). Salle Gilles-Lefebvre du Centre d’arts Orford, samedi 12 juillet 2014. Diffusion du concert sur Ici Musique le 28 juillet à 20 h.

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