Pierre Kwenders: un potentiel majeur

Le phénomène de la world 2.0 québécoise s’implante lentement mais sûrement. Après Poirier, Boogat, Heavy Soundz, Face-T, Mr OK, entre autres, voici Pierre Kwenders, celui par qui les villes se fondent les unes aux autres, de Kinshasa à Montréal.

Il a lancé en 2013 deux mini-albums marqués d’un potentiel majeur. Il marie la rumba congolaise et quelques autres rythmes de sa RDC natale aux musiques urbaines nord-américaines. Et la présence de l’électro est probante. Il s’amène en trio ce jeudi à la Sala Rossa et devrait lancer son premier album complet en octobre.

« Pour le disque, je reprends quatre ou cinq chansons des deux EP. Les autres seront nouvelles, mais dans la même saveur. Parfois, je me suis inspiré de la musique plus ou moins dance électronique des années 1980 en Afrique du Sud, alors je vais aussi vers des chansons plus funky ou d’autres qui rappellent un peu le drum des fanfares militaires », raconte Pierre Kwenders.

Pour la scène, il donne pour l’instant la priorité au trio. « Le percussionniste Julien Sagot est toujours là avec son énergie électrisante. Il a une façon de jouer les congas avec ses bâtons qui n’a rien à voir avec la salsa. » Kwenders parle aussi de Daniel Leznoff, nouveau venu au clavier et à la guitare : « C’est d’abord un rockeur, mais il est fan de musique électronique. Il m’a dit que ce serait bien d’ajouter de la guitare à certaines chansons. Nous avons essayé et le résultat est magnifique. Ça ajoute ce petit côté groovy ». À cela s’ajoute l’ordinateur avec les sons électros. À la base de la musique de Kwenders, une superbe voix doucement céleste de rumba congolaise qui survole ces rythmes de la RDC passés dans la machine et mâtinés de tous les mondes urbains, du soul au r&b, en plus du hip-hop par l’esprit. Whisky & Tea, un premier mini-album paru en avril 2013, a révélé une musique sale, électro et distordue, mais pourtant si mélodique. Puis African Dream, paru en octobre suivant, plus rythmique, plus tribal, en continuité avec le premier disque. Son répertoire, Kwenders le chante en lingala, en tschiluba, en kikongo, en français et en anglais. Un point commun entre les productions : l’engagement d’Alexandre Bilodeau, dit Nom de Plume. D’autres collaborations suivront, dont celle avec Poirier.

Après son arrivée ici en 2001, Pierre Kwenders s’est impliqué au sein de la chorale Le Cœur des anges. Il y a développé des influences de chant classique et maintient un goût marqué pour des interprètes plus pop, comme Josh Groban ou Andrea Bocelli. Vocalement, il descend pourtant des grands chantres de l’histoire congolaise, comme Koffi Olomide d’abord, puis Franco et Tabu Ley Rochereau. Un autre l’a beaucoup marqué : Michael Jackson. « C’était un visionnaire et sa musique dépasse les générations. Aujourd’hui, tu écoutes sa musique comme si c’était de la musique courante. C’est au même niveau, même meilleur que certaines des musiques qu’on écoute à la radio aujourd’hui. C’est une de mes plus grandes inspirations. »

Kwenders revient à l’importance de l’électro dans sa musique, née beuacoup de sa rencontre avec Nom de Plume : « Je m’identifie de plus en plus à ce genre-là et j’aime le résultat avec ma façon de chanter. On peut l’appeler “musique électronique“, mais il y a là-dedans des sons qui viennent de partout. Moi, j’apporte dans mon chant un peu de rumba congolaise, mais en même temps, j’essaie de rester vrai à l’électronique. »

Il chante l’amour, la joie et la paix, mais écrit instinctivement. Il vise la planète et a le talent pour y arriver.
Pierre Kwenders - Irene