Trois hommes en solo, peut-être dans le désordre

Vincent Vallières
Photo: Francis Vachon Le Devoir Vincent Vallières
Trois hommes en solo sont montés jeudi soir sur la scène de l'Impérial, dans le cadre du Festival d'été de Québec. Philippe Brach, encore tout vert et fou, devait être le premier à monter sur scène, pas de question là-dessus. Puis il y avait le héros local Vincent Vallières, puis en tête d'affiche Father John Misty, champion indie américain.

Si on juge les artistes par la puissance de leur performance, l'ordre était sans l'ombre d'un doute le bon, mais d'un point de vue populaire, peut-être que Vallières aurait dû clôturer la soirée.

À ras bord pour Vallières, l'Impérial s'est vidé d'un bon tiers, sinon plus, pour Father John Misty. Et pourtant quel tour de chant il a donné, l'Américain. Il a dans sa poche un premier disque, Fear Fun, sans chansons faibles. Déjà ça aide. Mais seul à la guitare, le musicien — de son vrai nom Josh Tillman — a été émouvant, drôle, puissant.

Il a le don d'amener des musiques pures, quasi spirituelles, et de raconter des histoires brutes, terre-à-terre, franches. Il a cette voix qui a gobé tout l'Impérial, touchante dans les graves comme dans les aiguës. Et en plus il ne joue pas au prétentieux, rigolant de lui-même. D'entrée de jeu, avec son espèce de chapeau de fermier hippie sur la tête, il a dit à la foule : «Je ne parle pas français, je n'ai pas de groupe, je n'ai même pas d'harmonica, je suis un guitariste moyen, mais ce que j'ai je vous le donne... pour l'amour de l'argent.»

I'm Writing a Novel, Funtimes in Babylone, Nancy From Now On, Hollywood Forever Cemetery Sings, ça vibrait dans l'air, ça fouettait les cœurs, et ce juste avec une voix et une guitare. Au rappel, il a même fait Bird On a Wire, de Leonard Cohen. Father John Misty a aussi offert de nouvelles chansons, moins haletantes parce qu'inconnues, mais qu'on a hâte d'entendre à nouveau, sur un album qui devrait paraître dans pas trop longtemps.

Vallières et son public

Au cœur de la soirée, Vincent Vallières était vraisemblablement devant son public, qui réagissait, chantait, applaudissait. Peut-être nerveux, le rouquin sherbrookois a livré une performance plus timide que celle de Father John Misty, regardant parfois au sol, enlevant ses lunettes. Il s'est même un peu caché dans un éclairage qu'on aurait dit à la chandelle, qui créait en même temps une intimité intéressante.

Et Vallières a joué jeudi pour ses fans de longue date, choisissant des titres issus de plus vieux albums, dont Tom, Manu et Le repère tranquille. «J'ai un peu vu le film de ma vie passé», a-t-il rigolé au rappel. La preuve qu'il ne jouait pas que pour ses admirateurs récents, il a offert On va s'aimer encore en plein milieu du concert. «Ça fait bizarre, qu'est-ce que je vais faire si y'a un rappel!?»

Au dit rappel, la foule a crié ses préférées, que Vallières lui a chantées, avant d'être récompensé par une autre salve d'amour, preuve encore que la plupart des gens sur place étaient venus le voir lui.

Philippe Brach

Philippe Brach, en tout début de soirée, a déridé la foule comme un champion avec ses chansons folk-rock, mais surtout avec son charisme et son humour efficace. Du genre : «C'est l'fun, y'a un autre show après, vous pouvez pas partir!» Le jeune auteur-compositeur, qui a un peu de Fred Fortin dans le nez et de Daniel Bélanger dans la voix, est toutefois encore meilleur que ses chansons, qui pêchent trop souvent par des textes malhabiles. Mais en solo, en pieds de bas sur la scène, il s'en est très bien tiré avec sa guitare électrique au son à peine distordu. Des chansons ça se travaille, de la présence, moins.

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