Tiken Jah Fakoly : le reggae, l’agriculture et la société civile

Tiken Jah Fakoly: une parole simple et accrocheuse
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse Tiken Jah Fakoly: une parole simple et accrocheuse

Tiken Jah Fakoly, le reggaeman engagé, revient à Montréal pour l’ouverture du 28e Festival international Nuits d’Afrique (FINA). Il en est le parrain et ce n’est pas la première fois. En 2012, on l’attendait pour la clôture d’un printemps chaud, mais il n’a pu venir. Cette fois-ci, il sera à L’Olympia ce mercredi pour offrir Dernier appel, le nouveau bébé qui marque le retour aux basses fréquences. Et comme toujours, l’âme sera à tous les combats qu’il mène pour l’Afrique et la justice sociale.

 

Dès l’entrée en matière du disque, il y chante ce dernier appel du vol Africa. La parole est simple et accrocheuse : « Dans cet avion, il est écrit qu’on doit arrêter de demander et de quémander. Babylon donne et Babylon ordonnera toujours. » Il parle du titre : « Oui, il y a urgence : urgence d’unité et de rassemblement parce qu’à un moment où l’Afrique est très sollicitée économiquement, si les Africains sont divisés, si les pays africains ne se rapprochent pas les uns des autres, nous sortirons perdants. »

 

Tiken Jah s’est rapproché de son vieux rival Alpha Blondy. Les deux chantent ensemble Diaspora sur Dernier appel et Réconciliation sur le plus récent disque de l’autre grand reggaeman ivoirien. « On a également fait ensemble une tournée de réconciliation avec une centaine d’artistes dans cinq villes en Côte d’Ivoire. Dans les années à venir, lorsque l’on parlera de la réconciliation du pays, il faut qu’on trouve des traces des artistes. »

 

Il vit en partie dans le nord de la Côte d’Ivoire, y a cultivé 15 hectares de riz en 2013, son but étant d’ennoblir l’agriculteur et de montrer l’exemple d’une solution à la crise alimentaire que l’Afrique a vécue il y a quelques années. « Ce n’est pas normal que l’on parle de crise alimentaire alors qu’il y a la terre, la pluie et le soleil. Je voulais montrer un peu le chemin à la jeunesse africaine. Les villages se vident et il n’est pas étonnant de trouver du riz chinois ou thaïlandais dans nos assiettes, alors que quand j’étais jeune, dans mon village, tout ce que l’on consommait venait du village. » Il chante tout cela dans Le prix du paradis.

 

Malgré cela, son port d’attache artistique demeure Bamako, capitale du Mali, pays qui l’a bien accueilli lors de son exil en 2002. Il voulait retourner s’installer complètement en Côte d’Ivoire, mais entre-temps il a ouvert à Bamako un complexe culturel comprenant deux salles de spectacles, un studio d’enregistrement qui permettra aux artistes de faire des captations en direct des salles de concert, de même qu’une radio reggae à venir. « Pour moi, le retour en Côte d’Ivoire n’est plus une priorité puisque mon combat est panafricain. On n’oublie pas son lieu de naissance, mais le plus important est d’être dans un pays africain pour continuer ce combat. »

 

Il parle aussi des intégristes du nord du Mali et de ceux de Boko Haram au Nigeria : « À Bamako comme dans une grande partie du Nigeria, les gens pratiquent un islam modéré et n’adhèrent pas à celui qui est proposé par les intégristes. C’est dommage parce que, dans son processus, l’Afrique n’avait pas du tout besoin de ça. J’espère que les gouvernements africains vont trouver des idées communes pour combattre ce fléau. »

 

Quant au disque Dernier appel, il marque un retour au reggae roots, contrairement à la tangente plus acoustique du précédent, mais en créant un nouvel équilibre avec les instruments traditionnels. « On ne fera jamais mieux le reggaeque les Jamaïcains, mais on peut lui donner une couleur africaine. On est aussi là pour concrétiser une prophétie de Bob Marley qui avait dit : “Un jour, le reggae retournera à la source africaine et prendra alors sa vraie place.” C’est ce qui se passe aujourd’hui et, avec les messages que nous avons, nous jouons un peu le rôle de la société civile en Afrique. »

 

 

Tiken Jah Fakoly - Dernier appel

Tiken Jah Fakoly

À L’Olympia, mercredi le 9 juillet à 20 h 30