La version courte du show marathon

C’est auréolé du Montreal Jazz Festival Spirit Award qu’il s’est présenté ce dimanche à la Maison symphonique, avec ses guitares, son piano, sa voix et ses lunettes : le brillantissime Britannique de la chanson rock, comprenait-on, n’a besoin de rien d’autre pour servir son répertoire.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir C’est auréolé du Montreal Jazz Festival Spirit Award qu’il s’est présenté ce dimanche à la Maison symphonique, avec ses guitares, son piano, sa voix et ses lunettes : le brillantissime Britannique de la chanson rock, comprenait-on, n’a besoin de rien d’autre pour servir son répertoire.

Une belle heure et demie pas chiche d’Elvis Costello en solo, 21 titres joués avec la délicatesse voulue, grattés avec toute la vigueur nécessaire, et poussés à pleins poumons. Des échantillons d’humour britannique de haute volée, quelques belles anecdotes et quelques mises en contexte brillamment tournées, et surtout les morceaux qu’on voulait le plus et qu’on a eus (Veronica, Everyday I Write The Book, Watching The Detectives, Alison) : c’est absolument satisfaisant, normalement.

 

Et les gens étaient passablement contents ce dimanche à la Maison symphonique, ça ovationnait chaleureusement quand notre Elvis, à 20h32, est parti rejoindre sa belle, « my gal playing across town » comme il l’a dit pour ne pas nommer sa Diana Krall, laquelle se préparait à présenter son grand spectacle extérieur à 21h30.

 

Une heure et demie pleine et entière et satisfaisante, oui, quand on ne sait pas que partout ailleurs, c’est un show marathon de deux heures et demie que l’Elvis propose, jusqu’à 38 titres le 25 juin dernier à Carnegie Hall. Mais quand on sait ?

 

Tout le monde va fureter du côté de setlist.fm, de nos jours, le fan autant que le spectateur lambda, surtout quand l’intéressé parle dans les entrevues d’un show solo sans limite, à géométrie très variable, avec moult permutations selon l’inspiration du moment : ça rend curieux.

 

On compare. Lesquelles a-t-il ressorties au Ryman de Nashville, au Massey Hall de Toronto ? On se prépare, on s’excite, on fait des prédictions. Fera-t-il l’une de ses chansons créées avec Burt Bacharach ? Ou toute la face A de l’album My Aim Is True, osée récemment ?

 

Forcément, on s’attend à autant. À différent, mais autant. On va voir le gaillard jouer le jeu du spectacle imprévible, mais long tout le temps. Quand on a le vaste et riche répertoire d’un Elvis Costello, tout semble possible, sauf d’écourter.

 

Pensait-on. À tort.

 

Notons : il a lui-même annoncé assez tôt un « 90-minute show ». Près de la fin, il promettra de « revenir et toutes les jouer ». On ne hasardera pas de suppositions, mais le fait est que, dans la conduite fournie aux journalistes, il y avait 31 titres. Parmi les prévues et retranchées : King Horse, Watch Your Step, Almost Blue, Quiet About It, Man Out Of Time, Suit Of Lights, For The Stars, d’autres encore…

 

Ne pas savoir, elles ne nous manqueraient pas : seulement voilà, elles ont toutes été données ailleurs, la plupart des soirs…

 

Qu’avons-nous eu, tout de même ? Beaucoup, et du bon, avouons. Une entrée certes un peu précipitée, avec Jack Of All Parades, 45 et Either Side Of The Same Town en rafale, puis Veronica, la belle créée avec McCartney, que l’on a eu tout juste le temps d’apprécier. Après, l’homme s’étant calmé, ça se goûtait chanson après chanson.

 

On se dit qu’il avait lâché prise, et s’occupait à rendre à sa formidable manière ce qui restait : j’ai retenu le picking délicat dans Poison Moon, le chouette medley New Amsterdam/You’ve Got To Hide Your Love Away (ou comment du Beatles peut sonner comme du Costello), une série de jolis morceaux ragtime (le standard Walking My Baby Back Home, et sa propre Jimmie Standing In The Rain, évoquant son grand-père qui jouait dans les orchestres des grands paquebots).

 

Il y a aussi eu l’orgie du générateur de boucle dans la très électrique Watching The Detectives, l’exquise Alison, la poignante Shipbuilding, l’immense The Last Year Of My Youth. Et la remise du Montreal Jazz Festival Spirit Award par André Ménard, qui a su faire vite. De quoi repartir à la fois content et… un peu interloqué.

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