Daniel Lanois heureux parmi les siens

Il y avait un sentiment de confiance et d’amitié au spectacle de Daniel Lanois, musicien-compositeur chéri des Montréalais, ce jeudi à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Il y avait un sentiment de confiance et d’amitié au spectacle de Daniel Lanois, musicien-compositeur chéri des Montréalais, ce jeudi à la salle Wilfrid-Pelletier de la PdA.

Pas de différence. Daniel Lanois était jeudi sur la grande scène de la salle Wilfrid-Pelletier dans sa maison de musique. Il aurait pu être dans la grande pièce de la maison de la Nouvelle-Orléans où il enregistra le Wrecking Ball d’Emmylou Harris en 1994, et tant d’autres disques mémorables. Même principe moteur : on joue ensemble, on chante ensemble, on essaie des sons de guitare, on s’aventure dans les solos, on espère qu’il se passe quelque chose d’exaltant, de beau, d’émouvant peut-être même.

 

Seule différence : Montréal. Le festival de jazz, l’invitation renouvelée d’André Ménard (dûment salué), la conscience d’être un peu plus chez lui ici qu’ailleurs, jusqu’à se réaffirmer « premièrement québécois », le sentiment de devoir revisiter son monde, renouer avec sa Jolie Louise et l’album des débuts, l’Acadie de 1989. Moins pour faire plaisir que par plaisir d’être parmi les siens.

 

Ça ne l’a pas empêché de donner d’abord des nouvelles fraîches. Présenter une série de courts-métrages avec ses nouvelles pièces instrumentales (album à paraître en octobre : The End). Séance de cinéma qui s’est terminée par de l’accompagnement en direct, au pedal steel, avec un cinéaste sur scène pour continuer le film, images retransmises en noir et blanc sur le même grand écran. Subtile transition, impression de création en continu, beauté infinie des arpèges au pedal steel. Sans qu’il n’y paraisse, le formidable Brian Blade avait pris place derrière la batterie, l’efficace Jim Wilson empoigné sa basse, la musique prenait du volume.

 

Et bientôt, sans qu’on s’en rende tellement compte, les instrumentaux avaient laissé la place aux chansons, et puis c’était Trixie Whitley qui s’amenait, soulful et forte, poussant Last Time (calorifère titre de l’album du groupe ad hoc Black Dub), puis s’installant derrière une seconde batterie pour jouer avec Blade. Dans tout ça, quelque chose d’ininterrompu : ni entracte ni temps morts. Rien que de la musique, un brin de causerie ça et là, surtout pour dire merci.

 

Suivirent les chansons de son passé québécois, « that were born in this neck of the woods », puis une longue improvisation qui avait ses longueurs, et puis Emmylou avait assez attendu et nous itou, alors on a eu Emmylou. Magnifique Emmylou Harris, accompagnée par Lanois comme on vénère une déesse, avec soin, attention, affection, amour. On aura eu sept chansons avec elle, dont quelques belles oh si belles de Wrecking Ball (Orphan Girl, Sweet Old World, Blackhawk, la chanson-titre au rappel) : juste ce qu’il fallait pour finir de remplir la maison de musique. Et laisser repartir le « premièrement québécois » dans son Amérique à lui.