Festival Orford : le grand été des pianistes

Christian Blackshaw jouera les Sonates K. 333, 498a, 576 et 533/494 de Mozart.
Photo: Herbie Knott Christian Blackshaw jouera les Sonates K. 333, 498a, 576 et 533/494 de Mozart.

Le Festival du Centre d’arts Orford débute ce samedi, par un concert affichant les comédiens Sophie Cadieux et Christian Bégin qui réciteront du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare sur une musique de Mendelssohn. Une édition 2014 qui se distingue par la venue de pianistes de haut calibre.

 

Le rendez-vous inattendu de ce samedi 28 juin s’inscrit dans le cadre des hommages à Shakespeare, à l’occasion de son 450e anniversaire de naissance. L’environnement musical est pourtant inattendu, puisque les extraits du Songe d’une nuit d’été associant Cadieux et Bégin sont partie intégrante d’une première partie de concert lors de laquelle le Quatuor Alcan interprétera aussi le Quatuor opus 18, no 3 de Beethoven. Pour son 25e anniversaire, le quatuor saguenéen prépare l’enregistrement de l’intégrale des quatuors de Beethoven, qui paraîtra sur étiquette Atma.

 

Changement de ton et de style après la pause, avec un concert de musique klezmer par l’ensemble Kleztory… Jean-François Rivest, directeur artistique du Centre d’arts Orford, est un grand amateur de mélange des genres et des disciplines. Il avait fait du Centre d’arts, ces dernières années, un grand carrefour culturel, dans l’optique d’ouvrir des perspectives aux jeunes musiciens stagiaires et au public. Cette politique de programmation de conférences et de projections de films, notamment, est quelque peu mise en veilleuse cette saison.

 

Jean-François Rivest, interrogé par Le Devoir, dit avoir surtout déplacé ces activités au printemps et à l’automne, mais avoue que ce n’est pas facile de trouver un public nombreux. « Même si j’y crois sur le plan artistique, lorsqu’une présentation de ciné-club réunit 15 ou 20 personnes il faut adapter l’offre à la demande et ne pas s’entêter. Nous avons organisé ce printemps une série de six conférences et présentations culturelles, dont des visites d’Opéramania à Sherbrooke, pour présenter par avance les opéras diffusés par le Metropolitan Opera. Serge Bouchard ou Nathalie Bondil sont revenus l’automne dernier pour des conférences. » L’été ne semble pas la période optimale pour cela.

 

Les pianistes

 

Au coeur de la programmation du festival se niche une série de cinq concerts de piano. Deux affichent des musiciens d’ici : l’ensemble Orford Six Pianos, qui se reconstitue tous les étés, qui présentera le 5 juillet des adaptations d’oeuvres orchestrales russes, ainsi que Serhiy Salov, auréolé de son récent prix d’improvisation, qui s’attachera, le 8 août, à dompter Petrouchka de Stravinski et La valse de Ravel.

 

Entre ces deux concerts, trois visites fort précieuses. Le vendredi 11 juillet, Marc-André Hamelin viendra jouer les Sonates D. 664 et 960 de Schubert, deux monuments, avant de se consacrer au répertoire de musique de chambre le lendemain. Samedi 2 août, Till Fellner, apôtre de la délicatesse musicale et partenaire de Kent Nagano dans les concertos de Beethoven, interprétera quatre préludes et fugue du Livre II du Clavier bien tempéré de Bach, ce qui annonce enfin le second volume discographique, complément à un fabuleux Livre I publié il y a quelques années. Fellner proposera également une sonate de Haydn et les Davidsbündlertänze de Schumann.

 

La venue qui nous est évidemment la plus chère est celle de Christian Blackshaw, le 26 juillet. « L’un des plus grands pianistes de notre temps est-il un illustre inconnu ? », se demandait Le Devoir il y a six mois, en présentant ce pianiste anglais désormais âgé de 65 ans. L’article et l’éloge ne sont pas passés inaperçus : Jean-François Rivest a été le premier à décrocher son téléphone. « J’ai ressenti chez Christian Blackshaw une immense profondeur. C’est un homme vraiment spécial. Je l’ai perçu quand je lui ai parlé : il y a une force et une fragilité, une douceur et une ampleur que l’on sent dans sa voix. Cela donne une dimension de sagesse à la sève extraordinaire de la musique de Mozart. »

 

La venue du pianiste anglais a décidé Jean-François Rivest à mettre Mozart au coeur de la saison. Pour sa première venue au Canada, le 26 juillet, Christian Blackshaw jouera les Sonates K. 333, 498a, 576 et 533/494 de Mozart. Ce sera l’un des grands rendez-vous de l’été.

 

Un orchestre bien installé

 

Alors que le partenariat du Centre d’arts avec l’OSM et Kent Nagano est mis en veilleuse, l’apport de Jean-François Rivest depuis son arrivée demeure la création de l’Orchestre de l’Académie Orford, capable d’assurer, en fin de festival, des concerts orchestraux.

 

« J’ai instauré une classe d’orchestre avec ma formule pédagogique, c’est-à-dire trois semaines très intensives. » Cela positionne ce stage à mi-chemin entre le modèle de l’Orchestre de la Francophonie de Jean-Philippe Tremblay (six semaines avec tournée de concerts) et celui des académies européennes, plus court. Le stage d’orchestre « en version hybride » d’Orford permet de bâtir une sorte de crescendo sur trois semaines. « Les étudiants repartent la langue à terre mais le sourire aux lèvres », se réjouit Jean-François Rivest. L’encadrement des stagiaires est le sujet de fierté de Jean-François Rivest : « Après quelques années de travail sur le concept, nous avons un coach en permanence pour les bois, un pour les cuivres et deux pour les cordes, en plus des premières chaises de l’OSM qui viennent donner des leçons de maître. La présence constante de ces personnes d’expérience permet une évolution très rapide. » Le financement de l’orchestre, difficile pendant les premières années, a atteint sa vitesse de croisière.

 

Les résultats de ce travail seront présentés au public les 3, 10 et 17 août. Après les trois dernières symphonies de Tchaïkovski, l’an passé, les Symphonies nos 1, 2 et 4 de Brahms sont au menu cet été. Outre Brahms, le concert du 3 août comprendra une oeuvre de Tim Brady et le 5e Concerto pour violon de Mozart avec Yolanda Bruno ; celui du 10 août, le Requiem de Mozart. Le concert de clôture fera entendre la suite de L’oiseau de feu de Stravinski et La Moldau de Smetana.