Pahud-Lemieux: la rencontre miraculeuse

Le Festival du Domaine Forget, qui accueillera notamment cet été Louis Lortie, Till Fellner, Benedetto Lupo, Vadim Gluzman, Christian Tetzlaff et le Quatuor Emerson, a démarré samedi par une soirée musicale exaltante, menée enmaîtresse de cérémonie par l’ambassadrice du festival, Marie-Nicole Lemieux.

 

La chanteuse partageait pourtant la scène, pour le meilleur, avec le flûtiste du Philharmonique de Berlin, Emmanuel Pahud. On avait déjà entendu Pahud. Avec les Violons du Roy, même. Mais pas dans cet état de grâce, à la fois dans les moments de partage avec Marie-Nicole Lemieux et dans les moments d’émulation avec les Violons du Roy, notamment un diabolique 3e mouvement du Concerto en ré mineur, Wq 22, de CPE Bach.

 

Dans ce concerto aux contrastes puissants, Pahud a été entraîné dans un dialogue exalté par des Violons du Roy survoltés, menés par Pascale Giguère qui, avec ses pairs, s’est démenée pour que l’absence de Bernard Labadie, auquel nous pensions tous, ne se fasse pas trop sentir. Le style de direction de son remplaçant d’un soir n’avait en tout cas rien à voir.

 

Excellent musicien, mais réfugié derrière un clavecin dont on peinait à entendre quelques notes çà et là, Alexander Weinmann lance quelques stimuli gestuels du genre chef de choeur amélioré. C’est surtout grâce au haut coefficient d’autogestion énergético-musicale des Violons que toute la précision a pu être préservée. L’orchestre ne pourra pas puiser indéfiniment sur ce capital-là et, pendant son absence, Labadie devra être aussi remplacé par des chefs de son calibre.

 

Dans un programme idéalement composé pour multiplier les associations avec Emmanuel Pahud, Marie-Nicole Lemieux a su tourner en jovial happening son trou de mémoire dans l’air de Rodelinda. Le plantage de l’orchestre, ensuite, était moins goguenard. Vocalises agiles, épanouissement vocal somptueux (avec un Ombra mai fu d’anthologie, en rappel) : Marie-Nicole Lemieux est au sommet de son art pour s’illustrer à Salzbourg.

 

Dimanche, la chanteuse ajoutait à ce plaisir une participation à un concert tripartite lancé sur une atmosphère piano-bar, vite et très largement éclipsée par le débordement d’émotions qui s’est emparé de Marie-Nicole Lemieux dans les Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle d’André Gagnon sur un texte de Michel Tremblay. Un bien bel honneur pour cette oeuvre.

Concert d’ouverture

Vivaldi : Sinfonia en do, RV 116 ; Air « Sol da te, mio dolce amore » d’Orlando furioso ; Concerto pour flûte « Il Gardellino ». Haendel : Cantate Mi palpita il cor ; Airs extraits de Rodelinda et Ariodante. Carl Philipp Emanuel Bach : Concerto pour flûte Wq. 22. Jean-Sébastien Bach : Air « Ich habe genug », de la Cantate BWV 82. Gluck : Extraits de l’opéra Orfeo ed Euridice. Emmanuel Pahud (flûte), Marie-Nicole Lemieux (contralto), Les Violons du Roy, Alexander Weinmann. Salle Françoys- Bernier, samedi 21 juin 2014.