Bouquet varié sur écrin champêtre

Le Festival du Domaine Forget accueillera notamment I Musici, Vadim Gluzman, l’OSQ, Christian Tetzlaff, l’Orchestre de la francophonie avec Louis Lortie, Yannick Nézet-Séguin...
Photo: Bleu Outremer Le Festival du Domaine Forget accueillera notamment I Musici, Vadim Gluzman, l’OSQ, Christian Tetzlaff, l’Orchestre de la francophonie avec Louis Lortie, Yannick Nézet-Séguin...

C’est l’ambassadrice du Festival du Domaine Forget, Marie-Nicole Lemieux, qui lancera l’édition 2014 avec un concert baroque, ce samedi, et un après-midi de dimanche en forme de bouquet varié.

 

Marie-Nicole Lemieux nous revient de Paris, où elle a chanté pour la première fois Tancrède de Rossini, une production montée pour elle par le Théâtre des Champs-Élysées, et s’apprête à partir pour Salzbourg, pour sa prise de rôle d’Azucena dans Le trouvère de Verdi, aux côtés d’Anna Netrebko (Leonora), Placido Domingo (Luna) et Francesco Meli (Manrico). Cela ne fait pas de mal de rappeler de temps en temps quelle est l’ampleur de la carrière de ce joyau vocal national.

 

Sans Bernard Labadie…

 

L’ouverture du festival, ce samedi, avec Marie-Nicole Lemieux, le flûtiste Emmanuel Pahud et Les Violons du Roy se fera sans la présence de Bernard Labadie, qui a dû annuler tous ses engagements jusqu’à la fin de l’année pour raison de santé. Il sera remplacé ce samedi par Alexander Weinmann, alors que pour le programme présenté au Festival de Lanaudière le 19 juillet, c’est Mathieu Lussier qui prendra la baguette.

 

Le programme du concert de ce samedi associe Vivaldi avec des extraits de l’Orlando furioso et le Concerto « Il Gardellino », Jean-Sébastien Bach, Carl-Philipp-Emanuel Bach, Gluck et Haendel, dont Marie-Nicole Lemieux chantera la cantate Mi palpita il cor et des airs de Rodelinda et Ariodante.

 

Marie-Nicole Lemieux considère que le Domaine Forget symbolise la manière dont elle envisage la musique classique, avec son « atmosphère décontractée, bienveillante et relax ». « On mange bien, on coupe les ponts avec l’extérieur, la nature est belle, la salle est fantastique et on se donne corps et âme à la musique », résume la mezzo- soprano interrogée par Le Devoir. Marie-Nicole Lemieux se souvient aussi que c’est Bernard Labadie qui le premier lui avait parlé de cette salle, « en 2001, alors que nous commencions à travailler ensemble. J’y ai ensuite chanté un récital et suis tombée amoureuse de l’endroit ».

 

Le programme de samedi est taillé sur mesure pour la première rencontre Lemieux- Pahud. « J’aurais envie de tout faire, mais nous nous sommes fixé une ligne directrice baroque et classique, en fonction de l’effectif orchestral. » De là la présence d’une cantate de Haendel qui fait la part belle à la flûte.

 

Nouveauté au répertoire de la chanteuse : l’air Sol da te, mio dolce amore de l’Orlando furioso de Haendel. « C’est l’une des plus belles pages de Vivaldi et je n’ai jamais osé l’aborder, car au disque ou sur scène c’est surtout mon grand ami Philippe Jaroussky qui la chante. Là, avec Emmanuel Pahud et Les Violons du Roy, j’ai décidé de me faire plaisir. Nous allons faire de la musique de chambre ensemble. »

 

Pleurer comme une Madeleine

 

« On aurait pu organiser une semaine Marie-Nicole Lemieux, mais je reprends l’avion pour Salzbourg le 24 juin », s’amuse la chanteuse en parlant de tous ses projets évoqués quand il s’est agi de composer le concert-dégustation de dimanche, en trois parties. La première balayera l’univers de la chanson française avec la pianiste Lorraine Desmarais et le saxophoniste Yannick Rieu. Dans le dernier tiers, Marie-Nicole Lemieux reprendra en version piano des Lettres de Madame Roy à sa fille Gabrielle d’André Gagnon sur des textes de Michel Tremblay. Le compositeur sera dans la salle.

 

Entre les deux, Marie- Nicole Lemieux emmènera Lorraine Desmarais dans l’univers de Kurt Weill, en chantant Youkali. La chanteuse se souvient très bien de sa première rencontre avec la musique de Weill : « J’étais au conservatoire de musique de Montréal, je prenais le bus jusqu’au Lac-Saint-Jean et j’écoutais Myra Cree à la Chaîne culturelle. Il était très tard. Et là, Teresa Stratas chante Je ne t’aime pas de Kurt Weill. Je me rappelle les lumières, le bus, le sentiment d’abandon : je pleurais comme une Madeleine. C’était un super beau moment ! »

 

Par la suite, le Festival du Domaine Forget accueillera notamment I Musici, Vadim Gluzman, l’OSQ, Christian Tetzlaff, l’Orchestre de la francophonie avec Louis Lortie, Yannick Nézet-Séguin, dans un concert hommage à Paul Desmarais, Benedetto Lupo, le Quatuor Emerson, Till Fellner et les chanteurs de l’Institut canadien d’art vocal.

 

Marie-Nicole Lemieux sera alors déjà loin, aux côtés du gratin vocal planétaire, à Salzbourg. De quoi être heureuse… « Évidemment je suis contente. C’est un des plus gros trucs qui pouvaient m’arriver. Mais je veux être à la hauteur de mes comparses et de l’oeuvre. Je serais très irresponsable de vous dire “Y a pas de problème”. C’est Salzbourg, c’est une prise de rôle, je capote et c’est normal ! »

Là, avec Emmanuel Pahud et Les Violons du Roy, j’ai décidé de me faire plaisir. Nous allons faire de la musique de chambre ensemble.

Billets : 418 452-3535