Rachid Taha et les muses compatibles

Photo: Francofolies de Montréal

C’était la soirée des grandes rencontres mercredi soir au Métropolis. Non pas que la salle était pleine, mais Rachid Taha avait convié ses muses: Elvis Presley et Oum Kalthoum, les deux vedettes très audibles du plus récent disque Zoom. Les deux remplissaient l’espace sonore durant toute la soirée, même si plus de la moitié des pièces présentées se trouvaient sur d’autres albums. Il en a résulté un superbe équilibre entre les deux pôles fondamentaux du punk de Barbès: le rock et le monde arabe.

 

Ce n’était pas le party qui marque l’histoire, mais simplement une belle soirée dansante très animée dans une grande salle à moitié pleine. Ce n’était pas non plus soirée de scandales. Si on peinait parfois à comprendre le rockeur et s’il chantait souvent courbé, on le sentait en contrôle et il n’a pas eu besoin de ses musiciens pour se tenir debout. Certains comme le batteur ou le fidèle joueur de mandole Hakim Hamadouche sont là depuis belle lurette et c’est d’ailleurs le vieux complice qui a ouvert la soirée en solo pour annoncer ce qui devait devenir Walk on the Wild Side de Lou Reed. 

 

Les gens bougent et chantent déjà avec un Rachid tout de noir vêtu et coiffé d’un chapeau. Il attaque Jamila, très rock et très arabo. L’équilibre est déjà atteint et le refrain est accrocheur. On commence à se lever. Il fait entendre la voix d’Oum Kalthoum, la techno lâche, on arrête. puis on recommence et pour de bon. Avec de l’électro très rock et de l’électro tango avec des voix aériennes et la mandole qui répond au chant. L’instrument lancera parfois des riffs percutant pendant que la guitare ponctuera énergiquement. Sinon Hamadouche fera galoper ses cordes dans le monde du western (avec le spaghetti en option) et plus tard, il chantera, en s’accompagnant, un superbe hommage à la regrettée Lhasa. 

 

On lancera aussi des moments plus rythmiques, assumés par la batterie sans les percussions maghrébines. On enveloppera la musique par des nappes de synthé plus orientales. Plus on avancera, plus on ira vers les classiques en finissant par les Ya Raya, Voilà Voilà et Rock the Casbah, avant d’offrir un poème sur une chanson et de lancer le moment le plus hypnotique de la soirée : la pièce Garab dont le crescendo final rappelait la dernière phase des musiques soufis, mais en rock.  Avant le sprint final, le punk à la mémoire vive avait parlé du FN : «Allez, réveillez-vous! Ne faites pas comme en France! À bas les fascistes !». Jusque là, le garnement s’en était tenu à la musique et à ses muses.

 

Yasmine Hamdan

 

En première partie, on a eu droit à une révélation: Yasmine Hamdan, forte vocaliste parisienne d’origine libanaise qui s’inspire des grandes chanteuses arabes du milieu du XXe siècle en transformant complètement la facture sonore et en jouant avec plusieurs dialectes arabes. Il en résulte un électro folk planant, hard, prog, obsédant, atmosphérique, et parfois même lumineux et dansant.

 

Collaborateur

Le Devoir