Rachid Taha, de Memphis à Memphis

Le garnement est en verve et cause de rock arabe. Rachid Taha est à préparer un festival de rock du monde arabe. « Je veux le faire en France », précise-t-il.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le garnement est en verve et cause de rock arabe. Rachid Taha est à préparer un festival de rock du monde arabe. « Je veux le faire en France », précise-t-il.

L’an dernier, Rachid Taha a fait paraître Zoom, son neuvième disque, qui propose un voyage de Memphis à Memphis : de la ville de l’Égypte des pharaons à celle du King. On y ressent fortement le mariage entre les deux divas de la musique orientale et du rock : Oum Kalsoum et Elvis. Dans la rencontre imaginaire, les musiques orientales, maghrébines, folk, country, rock et punk y sont brillamment affirmées. La mixture sera offerte au Métropolis ce mercredi.

 

« Le disque a reçu beaucoup de bonnes critiques en France et, enfin, ils ont parlé du rock’n’roll. Certains ont découvert que je faisais du rock. Ils n’écoutaient pas, ils ont des clichés dans la tête. C’est comme ceux qui croient que les Québécois font toujours du FélixLeclerc, du Charlebois ou du Céline Dion. »

 

Le garnement est en verve et nous causons de rock arabe. Il est à préparer un festival de rock du monde arabe. « Je veux le faire en France. J’ai pris contact avec des groupes jordaniens, palestiniens, égyptiens, tunisiens, algériens, marocains, irakiens, koweïtiens et syriens. Ils viennent de loin et c’est difficile de trouver du financement. »

 

Lors du Printemps arabe, on a souvent illustré l’importance du hip-hop et de la chanson en tant que véhicule de la révolte. Mais comment se porte le rock dans ce monde qui traverse une période cruciale ? « Ça bouge énormément, répond Rachid Taha. Ils sont dénonciateurs. C’est en réaction qu’ils existent. Ils apportent la réponse des gens qui n’ont pas envie de vivre dans l’obscurité des intégristes. Il y a des groupes qui ressemblent un peu à des groupes gores, un peu comme des groupes très sombres. J’ai des amis au Maroc qui ont été traités de satanistes et qui ont fait de la prison pour ça. Il y a aussi du hard rock, du métal, du punk. Certains groupes commencent à se réclamer de ma musique. »

 

Mais la musique du punk à la mémoire vive est ample, et Rachid travaille à la réalisation d’un autreDiwan, le troisième de sa collection de disques de musique arabo-andalouse et maghrébine. « Cette fois-ci, je vais élargir pour que ça aille aussi en Occident. Je vais faire des chansons un peu françaises. On peut trouver des perles », raconte-t-il. Sur Zoom, le fond est punk et la pulsion rock se développe sur les arabesques de façon naturelle jusqu’à l’échantillonnage de la voix de la grande Oum Kalsoum et la reprise de Now or Never de Presley, elle-même repiquée du classique italien O Sole Mio. Et cela n’a rien des mariages forcés que l’auteur dénonce dans Jamila.

 

Il évoque aussi un Printemps arabe sans fleurs, porte la parole des apatrides, renoue avec ses racines oranaises et reprend son classique antiraciste Voilà voilà avec une pléiade d’invités connus. « Partout, partout, les discours sont les mêmes. / Étranger, tu es la cause de nos problèmes », chante-t-il. Au bout du fil, il précise : « Les hommes politiques ne voient pas la réalité en face. Moi, je voyais très bien. Aujourd’hui, la société française est gangrenée par l’extrême droite. Même le Parti socialiste a raté l’intégration et la République. Il a tout raté. Moi, ma position est toujours la même et je chante toujours la chanson, même si la situation a empiré parce que, quand il y a la crise, on accuse toujours l’autre. »

 

Reste le parcours imaginaire de Memphis à Memphis. Heureusement.





Au Métropolis, ce mercredi 18 juin à 21 h

Première partie : la Libanaise Yasmine Hamdan

Renseignements : 1 855 790-1245,