Pareil, pas pareil

Karim Ouellet
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Karim Ouellet

En apparence, Karim Ouellet a fait pas mal le même concert que, quoi, les deux ou trois fois où on l’a vu depuis que Fox, son deuxième disque, a été lancé. Est-ce qu’il a fait la blague du début? Il l’a fait. «Bonjour je m’appelle Karim Ouellet! Je compte jusqu’à trois et vous allez me dire vos prénoms en même temps.» Et la foule, toujours amusée, de crier 2000 prénoms en même temps. 

 

On dit 2000, mais bon, on ne sait trop franchement. En tout cas il y avait du monde sur la place des Festivals, pour ce concert «pareil, pas pareil» que les autres. Pareil parce que Ouellet a toujours cette touche sympa, qu’il prend encore la foule en photo avec son iPhone recouvert d’un étui en forme de renardé. Pas pareil pour plein de petites raisons, musicales surtout. 

 

Ses récents passages européens, entre autres avec Stromae, et les nombreux concerts donnés ont poli la pierre. Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage, dit l’adage, et ici on sent l’impact de l’expérience. On la voit dans la liberté qu’il se donne sur scène, dans le groove qui vibre plus que jamais, parce que la basse est en plus en avant, parce qu’il étire de quelques demi-secondes ici et là, qu’il accélère ailleurs. 

 

Dès le départ, avec Cyclone, et malgré la diffusion en simultanée chez Pénélope à Radio-Canada, Karim Ouellet a proposé une introduction touffue, loin de la version de l’album. Le début du Monstre, joliment livré, frappait dans le mille. En résumé, il y avait du soul partout plus qu’à l’habitude. 

 

Ses musiciens aidaient, lui qui était accompagné de trois choristes, et par moment d’une trompette et d’un saxophone, jouée par Roboto et DRouin, de Misteur Valaire. Son percussionniste King Abid a même mis du sien sur La moindre des choses, parcourant la scène de gauche à droite. 

 

Pour faire vraiment différent, Ouellet a profité de sa vitrine pour faire venir de la visite, son amie Marième d’abord, pour un peu de reggae, et puis de sa soeur Sarahmée, pour un moment rap. Pas mémorable. Puis c’était déjà mieux avec Koriass, venu chanter 88 mph avec Karim Ouellet comme bras droit. Dernier «pas pareil» de la soirée, au rappel, le musicien a interprété Marie-Jo accompagné pour sa finale d’une chorale d’une douzaine de voix, provenant de l’ensemble vocal Les voix ferrées, que l’on reverra vendredi aux FrancoFolies avec Les soeurs Boulay. 

 

Marième 

 

Plus tôt en soirée, la chanteuse Marième, toujours elle, avait droit à la même place des Festivals, mais un peu moins occupée, heure plus hâtive oblige. Rayonnante qu’elle était sous le soleil, mais pas contagieuse, malheureusement. Rien de mal, pas vraiment de faux pas pour celle qui présentait son nouveau disque Petit tonnerre.

 

Un peu figée autour de son pied de micro recouvert du drapeau sénégalais — «vert-jaune-rouge» comme le dit sa chanson —, Marième a pris un peu d’aisance au fil de l’heure, mais rien pour faire prendre le feu. Il aura fallu l’arrivée de l’invité reggaeman Neto Yuth et surtout l’énergie d’un des DJ de la chanteuse, venu rapper quelques barres, pour que la foule s’anime pour vrai. Marième devra en donner plus pour recevoir plus, tout en évitant de mâcher quelques débuts et fins de phrases. 

 

Du brut en soirée

 

À 23h, sur ce que Navet Confit a appelé « la scène des voitures » en pointant le logo du commanditaire, la musique était à l’opposé du spectre pop du reste de la soirée. Les mélodies ne sont pas moins puissantes chez Navet Confit – de son vrai nom Jean-Philippe Fréchette – que chez Karim Ouellet, mais elles sont autrement enrobées, autrement présentées.

 

Chaque fois qu’on revoit le grand musicien sur scène, on s’amuse ferme avec son auto-sabotage en règle, où se côtoient une mélodie béton et une rupture de ton. Lundi, il a tout de même commencé avec un bon 4 minutes du même accord plaqué! Puis quelques instants après il offrait l’accrocheuse Louis-José Houde, ironique à souhait mais hyper pop dans sa structure.

 

Navet Confit était aux Francos en formule trio, accompagné de Carl-Éric Hudon à la basse et aux claviers, ainsi que de la batteuse Lydia Champagne, implacable avec tous ces rythmes très 1990, très grunge. Fréchette, qui a invité son alliée Géraldine le temps de deux titres, s’est même payé un gros clin d’oeil à Kevin Parent et à une de ses chansons citant un grand nombre de musiciens québécois, mais pas celui de Navet. Ce dernier a répliqué avec la pièce Kevin Bacon, qui commençait à peu près ainsi : «Kevin Bacon / Kevin Spacey / Kevin Costner, Kevin Parent ». Ouais bon, on était vraiment à l’autre bout du spectre pop, on s’entend.