Trempés dans le reggae roots

Les Français de Danakil et les Montréalais de Deya ont offert un excellent programme de reggae roots dimanche soir à l’Astral. Deux groupes issus de la même école et pourtant assez différents l’un de l’autre.

 

Danakil était la tête d’affiche et Deya, le groupe prometteur. Et le public s’était visiblement rendu pour danser, chanter et crier sur les pièces des Français. Mais les Montréalais ont tout de même démontré leur maîtrise du genre. Les deux groupes se sont présentés en grande famille : 7 musiciens qui arrivaient de l’Hexagone et une dizaine qui étaient de Montréal pour la première partie. Danakil existe depuis le début du millénaire et Deya a quelques années de moins à son crédit. Les deux chantent des textes conscients et mâtinent leur musique de quelques cuivres. Et les deux chantent en français et en d’autres langues, ce qui confère au reggae roots des couleurs originales.

 

Le public a tardé à arriver. S’ils étaient moins nombreux au début, l’ardeur était quand même au rendez-vous. Deya a démarré avec un reggae rock cuivré assez lourd en introduction. Puis c’est devenu plus roots, la guitare s’est mise à tourner à l’africaine et le chanteur Nik est arrivé. On a alors projeté le reggae dans la zone créole avec le phrasé et les inflexions fort belles de la langue.

 

Le ton est cool et le propos, revendicateur. À travers la chanson on entend des mots comme « travail » et « bourgeoisie ». Puis, on évoque le printemps érable et le Mondial. A miseria, chante le groupe, une chanson composée sur le revers de l’événement sportif : les rejetés des favelas. On alternera entre français et créole en donnant parfois vers des inflexions qui rappellent le grand frère Alpha. On se fait tendres dans une pièce sur Haïti, on sautille et on lâche le reggae comme un mantra avec des phrases slogans efficaces.

 

Deya a mis la table pour Danakil. À leur arrivée, on sentait la salle prête à bondir. Toujours ce reggae roots, mais avec deux cuivres, deux claviers et sans percussions. La vague est lancée. On entame avec un rock atmosphérique pour prolonger le plaisir, puis les deux chanteurs prennent le devant de la scène et lancent l’ambiance. Le chant est lent et on s’adresse directement aux gens à même les pièces, comme dans une sorte de litanie mi-préparée, mi-improvisée. Puis, l’atmosphère étant installée, on s’attaque immédiatement à un classique de Piaf : « Non, je ne regrette rien ». Le chanteur Balik n’a qu’à laisser les gens la chanter. L’affaire est gagnée. Natty Jean, l’autre chanteur, répond, vocalise, joue dans les graves, dans les hautes, en français comme en wolof.

 

Les duos vocaux avec Balik sont superbes, les deux s’échangeant les rôles. On tombe parfois dans le ragga, on revient au chant, on se rapproche de la chanson française et les mots sont humains, universels, sociaux. Les gens dansent, connaissent souvent les paroles, ont peut-être vu Danakil quatre fois à Montréal depuis les quatre dernières années. Une complicité s’est installée, surtout que Balik anime constamment la foule. Le répertoire va au-delà du nouveau disque Entre les lignes. On cause du Mali, Natty Jean chante. On évoque le jour sous une autre lumière et Balik est là. On parle d’une génération trop oubliée, celle des jeunes.

 

Musicalement, on sort quelques effets de dub et de ragga. Parfois les cuivres se font mélodiques. Puis on revient à la formule qui fonctionne à merveille. C’est la fête des pères et Balik ressort un vieux texte que son père a écrit il y a quarante ans sur les vieillards assis sur les trottoirs. Il y a quelque chose de très touchant, d’attendrissant, même, là-dedans. C’est la fête !

 


Collaborateur