Entre richesse et énergie

Radio Radio
Photo: LM Chabot Radio Radio

C’était le premier véritable soir des 26es FrancoFolies de Montréal, vendredi, alors que la vaste programmation intérieure et extérieure prenait son envol. Deux des plus grandes salles de l’événement étaient occupées par des rappeurs de bon calibre, mais aux approches assez distinctes. Le Club Soda avait été confié à Koriass dans une formule orchestrale, tandis que Radio Radio avait le grand Métropolis à ses pieds.

 

Koriass, d’abord. Porté par ses deux derniers disques, Rue des Saules et Petites victoires, le rappeur a été invité aux Francos à développer une version orchestrale de ses chansons, une idée intrigante, d’autant que le natif de Saint-Eustache se sert souvent d’échantillons transposables pour des instruments. Bouts de musique classique, rythmiques martelées sur les temps, c’était jouable.

 

Mais l’orchestral, vendredi, était plus proche du big band, soyons sévères. Oh! Ils étaient bien une douzaine sur la scène. Trois garçons jouant les cuivres et trois filles jouant les cordes s’ajoutaient au groupe de style rock de Koriass, avec guitare, basse, batterie, en plus de son bras droit Bobby One et de DJ Manifest.

 

En soi, la petite heure et quart était étonnante et riche, les arrangements d’Hugo Trépanier enrobaient bien les airs choisis, on sentait une richesse plus grande que jamais autour du flot précis et efficace de Koriass. Mais tout au long, on attendait que les cordes prennent leur place plus que ne servent de couleur au tout. Le début plus rythmé, avec Les Choses, Montréal Nord et Gagnant, a donné le beau jeu aux cuivres. C’est quand Koriass a baissé le rythme, avec Américain, Trouver Dieu, ou Supernova, que les cordes ont pu respirer un peu plus.

 

Mais le révélateur de ce qui manquait à ce concert s’est avéré être la chanson Enfant de l’asphalte. Soudain, dans un espace musical dénudé, les violons et le violoncelle ont pris le contrôle, et construit la pièce, entremêlant les lignes plus lyriques à un jeu en pizzicato. Ç’a fait un boom épatant dans nos oreilles. C’était là qu’on l’attendait, Koriass orchestral.

 

Radio Radio

 

S’il y avait une foule plutôt discrète au Club Soda pour Koriass, il en était autrement au Métropolis pour les deux gars de Radio Radio, qui comme à leur habitude ont insufflé beaucoup d’énergie dans la salle. Les titres de leur dernier disque Ej Feel Zoo étant plus dansants, plus électroniques peut-être que leurs vieux hits, on se demandait si le Métropolis virerait en «club».

 

Pas tant que ça, en fait, car leur formule sur scène ramène leurs différentes époques à un pied d’égalité. Plus que jamais, on sent que les trames préenregistrées sont discrètes, ce qui est un grand plus pour eux. Et comme les deux rappeurs jouent avec un batteur (Steve Caron), un guitariste (Kim Ho) et une trompettiste (Josianne Rouette), il y a une plus grande cohérence dans le tout.

 

On se rend quand même compte avec les nouvelles chansons que le propos est plus mince et léger que sur d’autres titres, particulièrement ceux de Havre de grâce. Dès leur Beige d’ouverture, ou sur Ça c’est nice, c’était évident. Même musicalement, Ej Feel Zoo perd en richesse ce qu’il gagne en force de frappe.

 

Mais la foule n’a pas chipoté sur les détails, applaudissant chaudement les déhanchements de Jacques Doucet et Gabriel Malenfant, chantant abondamment avec eux. Un agencement de tiges de néon accrochées derrière le groupe formait le titre de leur dernier disque, tandis que l’éclairage mauve et bleu enrobait joliment la scène.

 

Avec quatre albums en poche, Radio Radio doit maintenant faire des choix sur scène. Le groupe n’a pas été chiche, mais a fait quelques pirouettes pour enchaîner des titres en forme de medley, ou même de mashup, ce qu’ils ont fait vers la fin du long rappel qui s’est clôturé en force avec Cargué dans ma chaise. Au grand plaisir des fans de longue date.

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