Chaleur humaine contre froidure

C’est sous un ciel maussade que se sont ouvertes jeudi soir les 26es FrancoFolies de Montréal. Armés de parapluies et d’une bonne dose d’enthousiasme, les irréductibles étaient toutefois nombreux à assister au spectacle d’ouverture mettant en vedette Louis-Jean Cormier, qui a su réchauffer les plus transis.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir C’est sous un ciel maussade que se sont ouvertes jeudi soir les 26es FrancoFolies de Montréal. Armés de parapluies et d’une bonne dose d’enthousiasme, les irréductibles étaient toutefois nombreux à assister au spectacle d’ouverture mettant en vedette Louis-Jean Cormier, qui a su réchauffer les plus transis.

« Il ne pleut plus, ça c’est fait », décrète Laurent Saulnier, programmateur des Francos. « Là, c’est le temps d’avoir de la musique… » Section de cordes en spectres, chanteuse en chandail-pantalon à motif de squelette, Klô Pelgag s’amène et fait ce qu’elle fait à chaque fois que je la vois : cultiver son étrangeté.

 

Dommage, je trouve, ces sparages. Pas nécessaires. Les chansons, intelligentes en soi, joliment baroques sans aide extérieure, tiennent debout toutes seules : ce petit théâtre cabotin de la fêlure exacerbée détourne l’attention des tournures fines des Maladies, Corbeaux et autres Pégase. Du talent en masse, de l’habillage en trop.

 

Doublement dommage. Déjà que j’ai raté Bertrand Belin, premier sur scène en ce jeudi soir moyennement clément d’« événement d’ouverture » de ces 26es FrancoFolies. On le rattrapera ce vendredi à 20h, angle de Montigny et Clark.

 

Jimmy Hunt, l’heure du réchauffement

 

Louis-Jean Cormier, à qui l’on doit le choix des artistes de « sa » soirée, vient présenter Jimmy Hunt : manière de dire que ça y est, que ça va chauffer un peu, enfin. Ce qui n’est pas rien : partout, la brave foule souffle sur les extrémités bleuies de ce soir de novembre en juin.

 

Pas le plus mobile des hommes, Jimmy Hunt : tout est dans le groove, la voix lancinante, la base blues-rock calorifère, à laquelle du funk bienvenu vient se greffer. Le mouvement provient du claviériste possédé à ses côtés, nul autre que Frank Lafontaine, frère d’armes de Louis-Jean Cormier dans Karkwa. Forte présence : tout peut arriver avec lui et, en effet, tout arrive, il repeint de mille couleurs le son plutôt monochrome de Jimmy Hunt.

 

Arrivés à Ça va de soi, je constate : le sang circule à nouveau partout. Nous survivrons à cette soirée. La foule est plus compacte, ça contribue. Plus ça va, plus Lafontaine en prend large : il enveloppe toute la musique, et nous enveloppe en même temps. Faut le laisser-aller, Frank : Hunt a cette modestie.

 

Louis-Jean, le réconfort

 

L’accueil est à la mesure de la vedette grand public que Louis-Jean Cormier est devenu : à grands cris. La stridence est quand même le seul changement notable. Lui, c’est lui. Harangueur du bonheur. « C’est tes Francos à toi, et c’est à soir que ça se passe… » Ça démarre en renouvellement d’histoire d’amour avec Bull’s Eye : « Chaque fois qu’on se croise/Le temps s’arrête, le soleil reprend vie… » Tout est dit. Il faut beau : Louis-Jean le chante.

 

Il y a quelque chose d’impérieux chez cet homme : un désir endémique. Quelque chose de réconfortant aussi, du grand frère, de l’amant tendre, du bon père. Ferveur intacte, qu’importe La Voix et tout ça : quand il chante La cassette et Tout le monde en même temps, on marche avec lui. À son rythme puissamment appuyé.

 

Et la version très violemment rock de Complots d’enfants, la chanson de Félix, rappelle la force d’impact de Karkwa : d’ailleurs, il en parle, du temps de Karkwa et leurs spectacles des Francos. Et il en joue, du Karkwa : L’épaule froide. Il chante aussi du Miron, belle et immense Au long de tes hanches.

 

Le frisson est celui des chansons : la chaleur humaine a vaincu la froidure. La beauté a eu raison du cynisme. La vérité du sentiment l’a emporté sur le vedettariat. Salut Louis-Jean, content de te revoir.