Danakil aux Francos: le reggae français en toute simplicité

Danakil
Photo: Julie Arnoux Danakil

Ils sont venus à Montréal quatre fois en quatre ans et aimeraient faire une tournée des salles québécoises. Mais ce dimanche, ils se produisent à L’Astral et en sont très heureux, d’autant qu’ils ont un nouveau disque à offrir : Entre les lignes, qui est leur plus abouti, tant au chapitre des textes qu’au chapitre des basses fréquences bien assumées du roots. Avec Dub Inc., ils sont les locomotives du reggae français, un genre qui se porte bien en dépit d’une sous-diffusion qui paraît chronique dans l’Hexagone.

 

« Il y a un gros contraste entre ce qui se passe live et dans les médias »,estime Mathieu Dassieu, dit Das, saxophoniste, compositeur et gérant de Danakil. « Dans tous les festivals et toutes les salles de concert, c’est l’une des musiques les plus populaires, et rares sont les concerts de reggae où il n’y a pas de public. Pourtant, il n’y a rien pour nous dans le paysage audiovisuel et radiophonique français. »

 

Danakil a commencé en 2000, au moment où des groupes comme Sinsemillia et Babylon Circus tournaient à plein. Puis, ce fut la pénurie pendant cinq ou six ans avant que les choses ne reprennent. Selon Das, on est revenu dans le haut du cycle, mais un nouveau phénomène se fait sentir, celui de l’émergence des groupes de reggae français qui chantent en anglais. On pense à Biga Ranx et à Naâman.

 

Autre signe des temps : le reggae français est surtout associé au roots, alors qu’en Jamaïque, on opte depuis longtemps pour le dancehall plus électro. Comment expliquer ces tendances ? « C’est vrai qu’il y a un gros décalage, répond le musicien. En 2010, on a passé deux mois à écouter du dancehall en Jamaïque. Puis, on est revenus en se disant que c’était consternant et que le roots avait disparu de cette belle île qui en est pourtant emblématique. Mais on constate qu’il y a aujourd’hui un vrai renouveau de la scène jamaïcaine et que des jeunes recommencent à jouer très roots. » Ils s’appellent Protoje, Chronixx et Rootz Underground, entre autres.

 

Et Danakil dans tout cela ? Les critiques s’entendent sur le fait qu’Entre les lignes est son premier vrai bon album. Das commente : « On a commencé de façon amateur et sans aucune prétention. Notre premier album était inécoutable et les deux suivants étaient mieux. Au début, on enregistrait pour avoir un support pour tourner, mais ce qui est marrant, c’est que les gens nous demandent souvent les chansons des deux premiers albums. Comme quoi il n’y a pas de logique à ce niveau-là. »

 

Entre les lignes propose une autre façon de voir la vie, de « voir le jour sous une autre lumière », comme ils le chantent en entrée de jeu. On prône le respect de la terre des ancêtres, on cause de rêve, de dignité et de génération oubliée. On s’inspire beaucoup du Mali, où le chanteur Balik a écrit les textes. « Le disque est moins marqué que le précédent par l’Afrique au niveau des sonorités, mais au niveau des thèmes, on retrouve énormément ce continent », affirme Dassieu.

 

Restent les petits plaisirs, les détours en anglais avec les Twinkle Brothers, le clin d’oeil aux Beatles avec The Fool on the Hill, la biographie imaginée de Gandhi par Balik, cette finale à la guitare sèche comme si on était autour du feu et, pour le concert de dimanche, cette excellente première partie en perspective avec les Montréalais de Deya.