Qui achète un orgue Casavant de nos jours?

Entrez dans une église québécoise et, si un orgue s’y trouve, il y a de bonnes chances que ce soit un Casavant Frères. Mais de nos jours, qui achète les instruments faits à la main par le facteur québécois ? L’église joue encore un beau rôle dans ce marché, mais l’orgue tend de plus en plus à vivre comme un instrument en soi.

 

« L’orgue ne sort pas nécessairement de l’église, mais l’église sort de l’orgue », dit Bertin Nadeau, propriétaire de Casavant depuis 1976 ainsi que président du conseil d’administration de l’entreprise fondée en 1879. Et la chose ne semble pas anecdotique, selon lui. « On note le phénomène intéressant qu’il n’y a plus une salle de spectacle qui se construit sans qu’il y ait un orgue dedans. Au Québec, l’an passé, on a construit deux grands Casavant neufs, au Palais Montcalm à Québec et celui de l’OSM. »

 

Environ 80 % de la production du fabricant va à l’international. Beaucoup d’orgues sont commandés par les États-Unis mais, depuis quelques années, Casavant développe le marché chinois, où il a installé des instruments dans des salles de concert à Hefei, et à Ordos, en Mongolie.

 

« En Chine, on a percé d’abord et avant tout dans les salles de spectacle. On a profité de cette manne-là, et tranquillement on essaie de développer les églises comme marché secondaire », raconte le président de Casavant, Jean-Christian Céré.

 

Car c’est bien beau d’équiper les grandes salles, mais pour prendre un exemple bien montréalais, il y a beaucoup plus d’églises que de maisons symphoniques sur l’île. Les lieux de culte restent le plus gros client de Casavant, qui a récemment obtenu une commande pour la cathédrale St. Michaels à Toronto.

 

Autre marché que Casavant tentera de défricher : la Corée du Sud. « On y a fait une percée intéressante récemment, dit M. Céré. C’est un marché prometteur, car ils vont négocier le Free Trade Agreement, donc ça va nous ouvrir des portes. Nos compétiteurs américains et européens, eux, n’avaient pas de barrières à l’entrée. »

 

Casavant, une entreprise syndiquée, compte en ce moment 80 employés, dont une soixantaine dans les ateliers.